Afin de donner la parole à celles et ceux qui vivent ou côtoient le handicap, nous avons recueilli les témoignages de trois paroissiens de Sainte-Thérèse. Ils ont eu la gentillesse de nous accueillir pour ce moment de partage.
Propos recueillis par Ludivine Perret-Gentil et Anne Plagnat | Photos : DR
Charlotte Girard
Charlotte Girard exerce comme rhumatologue aux Hôpitaux Universitaires de Genève, où elle soigne des adultes et des adolescents atteints de maladies rares.
Avez-vous un passage biblique ou une parole spirituelle qui vous accompagne dans votre quotidien avec les patients ?
Peut-être ce verset (41.10), du livre du prophète Isaïe, qui dit : « Ne crains pas : je suis avec toi ; ne sois pas troublé : je suis ton Dieu, je t’affermis ; oui, je t’aide, je te soutiens de ma main victorieuse. » Il nous rappelle la présence de Dieu, sa constance et sa force, qui nous porte dans l’épreuve de la maladie, et nous invite à garder confiance.
Qu’est-ce que votre foi vous apporte dans votre rapport à la maladie / au handicap et avec vos patients ?
D’abord l’importance de l’écoute, qui est déjà en soi une thérapie. Par ailleurs, en dépit de bases de travail cartésiennes, je suis profondément persuadée de l’influence majeure de la confiance et de l’espérance dans l’évolution de la maladie. Je ne cache jamais à mes patients les vérités souvent difficiles à entendre quant aux complications éventuelles de leur maladie ou aux risques inhérents à leur traitement, mais en point de mire je garde l’objectif ultime de la prise en charge, qui sera toujours celui d’une qualité de vie meilleure, et les rassure en leur rappelant qu’ils seront accompagnés dans cette épreuve.
Y a-t-il une rencontre avec un patient ou une famille handicapée qui vous a particulièrement marquée dans votre parcours ?
Peut-être celle de Laure, 23 ans, lourdement atteinte physiquement et psychiquement dans sa santé, qui m’a gratifiée d’une accolade au terme de notre dernière consultation, qui en dit long sur le chemin parcouru ensemble depuis notre première rencontre.
Dans quelle mesure la dimension spirituelle est-elle prise en compte par les soignants ?
Chacun de nous reste globalement assez discret dans sa manière d’appréhender la spiritualité dans sa pratique quotidienne. Il n’est pas rare en revanche que les patients évoquent eux-mêmes leur foi et qu’elle soit reconnue comme une ressource par les soignants.
Virginia Possa
Virginia Possa est ancienne aumônière et auxiliaire bénévole des aumôneries des HUG depuis 2020.
Avez-vous un passage biblique ou une parole spirituelle qui vous accompagne dans votre quotidien / les personnes que vous rencontrez ?
Bien sûr, le passage qui m’accompagne dans ma vocation d’accompagnement spirituel est celui de Matthieu 25, 35-36 et 40. Ces versets reflètent ce que le Christ nous demande ; être et agir auprès des plus faibles en son nom.
Aux HUG, comment accompagnez-vous des personnes handicapées ou malades dans leur chemin de foi ?
J’approche le patient là où il est, dans son handicap, quel qu’il soit. J’accompagne la personne dans ses besoins relationnels et spirituels à travers une présence et une écoute attentive. La prière et la communion, quand c’est possible, sont des temps intenses et profonds.
Comment travaillez-vous avec les équipes médicales pour prendre en compte la dimension spirituelle du patient ?
Le personnel soignant est très attentif aux besoins spirituels de chaque patient. Il nous transmet la demande du patient ou de sa famille afin que nous puissions répondre au mieux à chaque situation.
Avez-vous un souvenir d’une expérience de foi vécue avec une personne handicapée qui vous a particulièrement marquée ?
J’ai accompagné un patient handicapé pendant de longs mois. Au début, seule la langue espagnole nous reliait. C’était de l’écoute et de la présence car il n’avait ni famille, ni amis. Au fil du temps et des visites, la dimension spirituelle est devenue de plus en plus présente. Nous avons commencé à prier ensemble et à partager la parole de Dieu. Plus tard, il a demandé à recevoir la communion et le sacrement des malades. Un jour il m’a confié : « La foi m’a redonné ma dignité d’être humain. »
Comme croyante, tous les échanges et les récits de vie que j’ai entendus m’aident à grandir dans ma foi, à être plus près de l’être humain en souffrance, au nom du Christ.
M. Cividino
M. Cividino est un paroissien de Sainte–Thérèse, malentendant de naissance et malvoyant depuis l’âge de trente ans, père de deux enfants.
Y a-t-il une personne ou une rencontre spirituelle qui vous a marqué ?
En 1982, avec un groupe de malentendants, j’ai assisté à la messe célébrée par le pape Jean-Paul II à Palexpo lors de son voyage apostolique à Genève. Par un concours de circonstances, il se trouve que c’est le Pape en personne qui m’a donné la communion ! C’est un moment fort dont je me souviens avec émotion.
Quel est votre parcours de croyant ?
Originaire du Jura, toute ma famille était très croyante, aussi l’Eglise a toujours occupé une grande place dans ma vie. Petit, j’étais servant de messe, comme mon père avant moi et mon fils… après moi ! La foi m’a aidé à supporter les épreuves et elle me guide dans mon attitude face à la vie.
Quelle place occupe la communauté chrétienne dans votre vie ?
J’apprécie la communauté chaleureuse et amicale de Sainte-Thérèse, j’y connais des personnes depuis des années. Quand nous sommes arrivés en 2004, les liens se sont noués par le biais de la catéchèse que mes enfants suivaient puis ils se sont renforcés. Ma femme est active dans la paroisse, elle chante dans le Chœur mixte et ma fille à la Maîtrise.