Dans le milieu du handicap, les concepts cognitifs ne constituent pas le langage principal, la catéchèse doit donc permettre d’expérimenter Dieu par le corps. C’est le défi quotidien de Gaëtan Steiner, responsable de la pastorale spécialisée du diocèse de Sion. Mais il a un allié de taille… le Saint-Esprit !
Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer
N’a-t-on pas trop tendance à intellectualiser la foi et l’expérience de Dieu ?
Oui, je peux souscrire à cela. Dès le moment où il y a du handicap mental, on est obligé de développer un autre langage que celui du concept lié à la parole. Cela signifie un réel travail d’appropriation de la foi à travers les cinq sens, l’expérimentation et l’expérience humaine afin que cela ne soit pas uniquement cérébral. C’est pour moi la grande richesse de la pastorale spécialisée et du monde du handicap.
Peut-on considérer que les personnes en situation de handicap ont une foi innée ?
Je pense qu’elles ont comme un sixième sens, un sens de la foi très fort. Comme partout, il y a des personnes en situation de handicap qui ne sont pas croyantes et ne participent pas à nos activités. Par contre, lorsqu’elle se développe, leur foi devient de l’ordre du normal, car elle se situe moins dans le questionnement théologique ou existentiel et plus dans « l’être avec Dieu ». Dans le monde du handicap on ne joue pas de rôles. Avec ces personnes tu découvres ce qu’est la spontanéité et l’authenticité dans les relations avec tes semblables et Dieu.
Justement, que vous apprennent-elles en tant que croyant ?
Tout ! Lorsque tu as quatre personnes polyhandicapées en chaise roulante en face de toi et que tu es en train de leur faire une théorie sur la confiance… c’est là que « ça fait tilt ». Ils sont entre les mains d’autrui du matin au soir, c’est plutôt eux qui m’apprennent ce qu’est la confiance ! Il faut donc aller à l’essentiel, mais surtout en profondeur en faisant un travail de passage du cognitif à l’expérience. Lorsqu’on vit ce moment, Dieu devient palpable, réel, ancré dans notre vie et on comprend, enfin, ce qu’est le mystère de l’incarnation.
Pour faire « toucher Dieu » aux personnes vivant avec un handicap, vous devez développer des trésors de créativité…
Cette créativité se déploie autour du bricolage, de la peinture. On joue beaucoup avec les cinq sens et la symbolique. Parler de Dieu comme rocher et venir avec un gravier n’a pas de sens ! Mais cela demande un vrai changement de perspective au niveau de la manière d’aborder la foi. On ne peut pas faire cette économie-là avant d’aller rencontrer nos amis en institution. Si je n’ai pas fait personnellement ce chemin d’appropriation, je ne peux rien leur apporter. Et bien souvent, ce bout de chemin me permet d’approfondir ma propre foi.
Est-ce que le handicap pousse à la conversion ?
Côtoyer la vulnérabilité et la fragilité de l’être humain implique un chemin de conversion. Sans quoi, on ne peut pas se reconnaître fragile et en dépendance du Père. Lorsqu’on se suffit à soi-même, on ne peut ni accueillir, ni recevoir des autres. La vulnérabilité ouvre, parce que l’on se découvre en recevant l’autre et plus fondamentalement en dépendance de Dieu.
Le miracle de Lourdes

« On ne rentre pas de Lourdes sans avoir vécu le miracle, glisse Gaëtan Steiner. Lorsqu’on est à Lourdes, le miracle c’est de goûter « le monde à l’endroit », car ici, la mesure de l’espace et du temps est déterminée en fonction du plus fragile et du plus lent. » Ce pèlerinage constitue le point de rencontre entre ses deux ministères et lorsque celui-ci ne peut avoir lieu, les jeunes témoignent d’un « déficit de vie pour toute l’année. Ce qui est de l’ordre du miraculeux pour [lui] ». Il l’affirme sans détours : « Le miracle de Lourdes se prolonge tout le reste de l’année. »
Bio express
Gaëtan Steiner est responsable de la Pastorale spécialisée et du Service Diocésain de la Jeunesse (SDJ) du diocèse de Sion. Né à Sion en 1985, il s’est d’abord formé à l’administration et au commerce de détail. Sentant l’appel à s’engager pour les autres, il part en Argentine comme volontaire dans l’œuvre du Père Gabriel Carron. A son retour en 2010, il effectue des études de théologie et de pastorale à l’IFM (Institut de Formation aux Ministères) à Fribourg. Depuis 2011, il œuvre auprès de la jeunesse, puis de 2013 à 2016 en paroisse au service de ses frères et sœurs en situation de handicap. Gaëtan est marié et a trois filles. Il est actuellement en chemin vers le diaconat permanent.
























