Je ne connaissais pas cette histoire, mais elle est édifiante. Flavius Josèphe rapporte qu’Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée mêlé au procès de Jésus, est, après être tombé en disgrâce, exilé à Lugdunum en Gaule.
Par Nicolas Maury Photo : Jean-Claude Gadmer
Je ne connaissais pas cette histoire, mais elle est édifiante. Flavius Josèphe rapporte qu’Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée mêlé au procès de Jésus, est, après être tombé en disgrâce, exilé à Lugdunum en Gaule.
Cet épisode apparemment secondaire change la carte mentale : la Méditerranée n’est plus un mur mais un couloir. Si un prince judéen peut finir à Lyon, il n’est pas absurde qu’une disciple comme Marie-Madeleine, selon la tradition provençale, puisse accoster en Camargue avant de se retirer à la Sainte-Baume.
En quelque sorte, le terreau était déjà fertile. Ainsi, de même que la Judée et Gaule sont liées géographiquement, entre synagogue et Eglise, ce n’est pas une rupture nette, mais une continuité : le christianisme est un palimpseste. Il réécrit, il interprète, il efface pour mieux affirmer sa nouveauté, mais sous l’encre fraîche demeurent les lettres anciennes.
Le judaïsme est la plus ancienne des trois grandes religions monothéistes. Le christianisme et l’islam, qui lui sont postérieurs, s’y réfèrent partiellement. Ces religions sont dites abrahamiques, car elles trouvent leur origine dans la figure d’Abraham. Juifs, chrétiens et musulmans sont ainsi « frères dans la foi ».
Le judaïsme est la plus ancienne des trois grandes religions monothéistes. Le christianisme et l’islam, qui lui sont postérieurs, s’y réfèrent partiellement. Ces religions sont dites abrahamiques, car elles trouvent leur origine dans la figure d’Abraham. Juifs, chrétiens et musulmans sont ainsi «frères dans la foi».
Par Paul Martone | Photos : DR, Unsplash
L’éthique judéo-chrétienne, fondée sur les Dix Commandements, reste à la base de nombreuses démocraties modernes et le christianisme a adopté maintes pratiques issues du judaïsme. Il est dès lors d’autant plus tragique que les Juifs soient encore persécutés par leurs « frères dans la foi ».
L’histoire compte de nombreux incidents et agressions antisémites, culminant avec la Shoah (la catastrophe), l’assassinat systématique de six millions de Juifs. Aujourd’hui, l’antisémitisme connaît une recrudescence, alimentée notamment par certains milieux musulmans – influencés par les sourates 5 et 6 du Coran présentant les Juifs comme « tombés sous la colère de Dieu » – ou par des chrétiens égarés. En 2024, 221 incidents antisémites ont été recensés en Suisse allemande et italienne.1
L’antisémitisme est un péché
« Il est honteux que des chrétiens n’aient pas voulu reconnaître pendant des siècles le lien étroit avec le judaïsme et aient alimenté, avec des pseudothéologies, une haine des Juifs souvent mortelle. A cet égard, le pape Jean-Paul II a expressément demandé pardon lors de l’Année jubilaire 2000 ».2 Le Concile Vatican II (1962–1965) avait déjà clairement affirmé que les Juifs, en tant que peuple, ne peuvent pas être tenus collectivement responsables de la mort de Jésus sur la croix. L’antisémitisme contredit la foi chrétienne et doit être définitivement surmonté. L’Eglise catholique « rejette toute forme d’antijudaïsme et d’antisémitisme et condamne sans ambiguïté les propos de haine contre les Juifs et le judaïsme comme un péché contre Dieu. » (Pape François)
Jésus n’a pas été le premier catholique de l’histoire, mais est né, a vécu, est mort et est ressuscité en tant que Juif. Les Juifs et les chrétiens sont des frères et sœurs unis dans la foi en un seul Dieu et par un riche héritage spirituel commun.
Des règles et des rites
« On ne peut aimer que ce que l’on connaît » est un proverbe souvent utilisé en allemand pour exprimer que la familiarité et la connaissance d’une personne ou d’une chose constituent une base importante pour l’affection, ou du moins le respect mutuel. Examinons donc de plus près quelques règles et rites de la religion juive.
Illustration d’un dialogue entre Moïse et Pierre, dont les sources de la foi sont communes.
Le Dieu d’Israël
Comme les chrétiens, les Juifs croient en un seul Dieu, appelé Yahvé. Dieu a donné ce nom propre à Moïse, afin que ses enfants puissent l’appeler ainsi pour être sauvés. Ce nom est si grand et si sacré que les Juifs évitent de le prononcer, par respect et révérence. A la place, ils utilisent souvent des termes comme Adonaï (mon Seigneur) ou HaShem (le Nom). Cette pratique trouve ses racines dans le deuxième commandement : « Tu ne prononceras pas le nom de l’Eternel, ton Dieu, en vain. » (Deutéronome 5, 11)
La Torah
La Bible hébraïque, appelée Tanakh, se compose de trois parties principales : la Torah, qui signifie « enseignement » ou « instruction », les Prophètes et les Ecrits.3 La Torah est le livre central et la source religieuse du judaïsme. Selon la tradition, elle a été révélée à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï. Les chrétiens connaissent ces récits à travers l’Ancien Testament. La Torah est si importante pour les Juifs qu’ils la lisent intégralement chaque année lors des offices religieux.
La Torah est le livre central et la source religieuse du judaïsme.
La circoncision
« Tu te circonciras de la chair de ton prépuce. Ce sera le signe de l’alliance entre moi et toi. » (Gn 17, 10) La coutume de la circoncision des garçons (Brit Mila), huit jours après leur naissance, fait référence à cette exigence de Dieu envers Abraham. La personne circoncise porte le signe indélébile d’appartenance à Dieu et à Israël. Même sous le nazisme, des familles ont continué à la pratiquer malgré les risques évidents. Aujourd’hui, elle est réalisée par un mohel, spécialiste formé, dans des conditions médicales. Les filles sont intégrées à la communauté par leur lignée maternelle, leur nom étant annoncé à la synagogue au premier Sabbat suivant leur naissance.
Le Sabbat
Le septième jour de la semaine est considéré comme un jour durant lequel aucune activité ne doit être exercée, car Dieu a créé le monde en six jours et s’est reposé le septième. Dès lors, l’homme doit aussi se reposer ce jour-là et se souvenir de Dieu. Le Sabbat est probablement le plus grand cadeau des Juifs au monde. « Fête de la liberté humaine, le Sabbat permet de respirer, il annule la division du monde en maîtres et serviteurs. » (Youcat no 362) Il existe de nombreuses façons de célébrer le Sabbat comme un symbole de la connexion avec Dieu. Il permet aux croyants de se recentrer sur l’essentiel, laissant de côté le quotidien pour une journée.
Code vestimentaire
Dans le judaïsme, il y a des vêtements typiques pour certaines occasions. Les règles vestimentaires pour la vie quotidienne ne concernent que les Juifs très orthodoxes.
Les hommes juifs portent sur la tête une petite calotte ronde appelée kippa, qui exprime la révérence envers Dieu. Pour les juifs orthodoxes, le port de la kippa est une obligation à vie qui s’applique tout au long de la journée. Beaucoup de Juifs réformés ne la portent que pour la prière ou lors d’occasions spéciales, d’autres pas du tout. Ils la considèrent comme un symbole d’appartenance et de respect, et non comme une obligation.
Les hommes juifs portent sur la tête une petite calotte ronde appelée kippa, qui exprime la révérence envers Dieu.
Au matin, les Juifs, y compris les libéraux, revêtent un tallit (châle de prière) blanc et attachent aux bras ou au front, par des lanières en cuir, les tefillin (phylactères). Ces capsules contiennent des manuscrits tirés de la Torah.
Les femmes des courants très pieux dissimulent leur corps sous une jupe longue et des blouses ou pulls à manches longues et à col haut et elles couvrent leurs cheveux, surtout si elles sont mariées.
Les hommes de la branche orthodoxe stricte se reconnaissent à leurs longues tresses sur les tempes, une longue barbe, des vêtements noirs et un haut chapeau.
Les lois alimentaires
Plusieurs règles alimentaires particulières sont basées sur la Torah. Les aliments doivent être casher (purs, permis). Seuls certains mammifères, qui sont à la fois ruminants et ont des sabots fendus, sont autorisés à la consommation. Toute volaille est casher, sauf les rapaces. Les poissons sont permis s’ils ont des écailles et des nageoires. Les poissons carnivores, fruits de mer et crustacés ne sont pas casher. La consommation de sang est strictement interdite, car selon la conception juive, l’âme de l’animal réside dans le sang. Les animaux doivent ainsi être saignés avant d’être consommés. La méthode juive d’abattage, le shechita, le garantit.
La consommation conjointe de produits laitiers et de viande est interdite.
1 La Suisse romande n’était pas incluse dans cette enquête. 2 Catéchisme de l’Eglise Catholique pour les adolescentes et les jeunes. 3 Recueil varié de livres comprenant des poèmes (psaumes, proverbes), des écrits sapientiaux (Job, Ecclésiaste), des récits historiques (Ruth, Esther) et d’autres textes.
Sans les Ecritures saintes du peuple juif, à savoir notre Ancien Testament, nous, chrétien(ne)s, serions privé(e)s de nos racines. Nous sommes le rameau nouveau greffé sur l’antique olivier (Romains 11, 16-24).
Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR
Sans les Ecritures saintes du peuple juif, à savoir notre Ancien Testament, nous, chrétien(ne)s, serions privé(e)s de nos racines. Nous sommes le rameau nouveau greffé sur l’antique olivier (Romains 11, 16-24).
Comme le dit le document de la Commission biblique pontificale à ce propos, la nation d’Israël est la « cousine » des Eglises chrétiennes. Nous descendons d’Abraham et de Moïse, nos pères dans la foi et dans la loi d’amour. Jésus est le fils de David, le grand roi selon le cœur de Dieu. Elie le prophète préfigure Jean le Baptiste et annonce comme toutes les autres voix prophétiques la venue du Messie.
Plus nous connaissons le Premier Testament, et notamment les figures féminines, Eve, l’épouse d’Adam, Sarah, Rebecca et Rachel, les femmes des patriarches, Anne, la mère du petit Samuel, la veuve de Sarepta à laquelle Elie est envoyé, etc., plus nous nous préparons le cœur à accueillir Marie, la nouvelle Eve, et à la saluer avec Elisabeth et Zacharie comme la « femme bénie entre toutes », la Mère du Sauveur.
A l’heure où, hélas, le pays du Christ est à feu et à sang, de Gaza à Jérusalem, de Cisjordanie au Liban, il est indispensable de nous réapproprier notre trésor commun. C’est pour cette raison que l’ensemble des Facultés de théologie chrétiennes, telle celle bilingue de Fribourg, comportent des chaires d’Ancien Testament et de connaissance du milieu biblique, et offrent des cours d’hébreu (et d’araméen, la langue de Jésus, les deux idiomes dans lesquels le Premier Testament a été rédigé, avec en plus quelques écrits en grec dits « deutérocanoniques », c’est-à-dire appartenant au « deuxième canon »).
L’Université fribourgeoise se targue de compter un prestigieux musée « Bible et Orient », dans lequel sont exposés des objets provenant des civilisations entourant Israël, lesquelles ont profondément marqué la mentalité du peuple élu.
Ainsi, profitons des voyages en « Terre promise » pour nous imprégner des lieux où la sainte Famille a évolué et mieux parvenir par ce biais à nous représenter le cadre des textes scripturaires. Et continuons de travailler ensemble, juifs, chrétiens et musulmans, à ce qu’advienne le shalom, la paix définitive de Jérusalem, la cité de la réconciliation qui n’aura pas de fin.
« Confiant dans l’assistance du Tout-Puissant, je m’engage à poursuivre et à renforcer le dialogue et la coopération de l’Eglise avec le peuple juif dans l’esprit de la déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II », écrit Léon XIV au rabbin Marans, de American Jewish Committee le
8 mai 2025 – le jour de son élection !
Par Thierry Schelling | Photo : Vatican News
« Confiant dans l’assistance du Tout-Puissant, je m’engage à poursuivre et à renforcer le dialogue et la coopération de l’Eglise avec le peuple juif dans l’esprit de la déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II », écrit Léon XIV au rabbin Marans, de American Jewish Committee le 8 mai 2025 – le jour de son élection ! Assez inattendu pour se dire que ce Pape a à cœur le dialogue et spécialement avec le monde juif dans le contexte géopolitique actuel.
Cadrer le dialogue
En tant que Souverain Pontife et évêque de Rome, le Pape – tout pape – doit « jongler » entre, d’une part, l’amitié et le dialogue biblico-théologique avec les Juifs, et de l’autre, avec l’Etat d’Israël. C’est ainsi que le 4 septembre, soit quatre mois après son élection, parmi les premiers chefs d’Etat reçus au Palais apostolique, Isaac Herzog, d’Israël, est accueilli comme il se doit. La tragédie de Gaza était au cœur des échanges du côté du Pape et la solution à deux Etats répétée du côté de la Curie romaine. Le 29 octobre 2025, dans l’élan de la commémoration de Nostra Aetate (premier document du Magistère sur le dialogue interreligieux, fruit du Concile Vatican II), Léon, sous l’égide de Sant’Egidio 1, participe à une veillée de prière interreligieuse ; de nombreux rabbins sont présents ; et le mercredi 29 octobre, lors de son audience hebdomadaire, il revient sur le dialogue interreligieux et l’antisémitisme : « Je confirme donc moi aussi que l’Eglise ne tolère pas l’antisémitisme et qu’elle le combat, en raison de l’Evangile lui-même. »
Amitié
Léon poursuit : « Aujourd’hui, nous pouvons regarder avec gratitude tout ce qui a été accompli dans le dialogue judéo-catholique au cours de ces six décennies. Cela n’est pas seulement dû à l’effort humain, mais aussi à l’assistance de notre Dieu qui, selon la conviction chrétienne, est lui-même dans le dialogue. Nous ne pouvons nier qu’au cours de cette période, il y a eu des malentendus, des difficultés et des conflits, mais ceux-ci n’ont jamais empêché la poursuite du dialogue. Aujourd’hui encore, nous ne devons pas laisser les circonstances politiques et les injustices de certains nous détourner de l’amitié, d’autant plus que nous avons beaucoup progressé jusqu’à présent. »
Agir ensemble
Léon conclut : « Collaborons, car si nous sommes unis, tout est possible. Veillons à ce que rien ne nous divise. » Pour Roch hachana (Nouvel An juif, en septembre), Léon avait déjà souhaité aux quelque 50’000 membres de la communauté juive de Rome « le don de la paix et le désir infatigable de toujours la promouvoir ».
1 Mouvement laïc catholique international au service de la paix et des pauvres, basé à Rome.
Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Fabienne Gigon, représentante de l’évêque à Genève, est l’auteure de cette carte blanche.
Par Fabienne Gigon, représentante de l’évêque à Genève Photo : DR
Emmener des pèlerins se ressourcer à la Grotte de Lourdes, lieu d’apparitions mariales, de guérisons et de grande piété populaire en France, voilà la vocation des pèlerinages interdiocésains de Suisse romande à Lourdes.
Dévotion désuète, argueront certains ? La spiritualité est une dimension intégrante de la nature humaine reconnue par la communauté académique. Certaines, certains, sont revenus de Lourdes guéris 1. Cependant les miracles sont surtout de l’ordre de la foi, de la réconciliation et du cœur. Ainsi, nos évêques accompagnent en tournus ces pèlerinages où l’on vient de toute l’Europe et du monde entier.
De quoi parle-t-on ici précisément ? Ce sont des bénévoles, des hospitaliers – pour certains des professionnels du corps médical, qui se donnent sans compter durant le séjour pyrénéen, en prenant sur leurs vacances et en payant leur pèlerinage. Au printemps, hormis les malades et les hospitaliers / ières, plus de la moitié sont des pèlerins retraités, en marche dans la foi et la prière. En été, les familles sont également prises en soin par des équipes accompagnantes, ainsi que les jeunes. Solidarité, fraternité, entraide, sont des valeurs fortes vécues au quotidien, accompagnées par des temps de prière et des célébrations.
Pourquoi est-ce que je signe ce mot ? En premier lieu, pour rendre hommage et exprimer ma vive gratitude aux Pèlerinages et Hospitalités et, à travers eux, aux précieux et généreux bénévoles qui mettent leur temps et leurs compétences à disposition, avec une fidélité, une loyauté, un amour qui forcent la reconnaissance.
Aussi, pour nous encourager à nous inscrire aux prochains pèlerinages bien entendu !
En 2026, un thème commun a été choisi : « Je te salue, comblée de grâce, le seigneur est avec toi. » (Lc 1, 28)
Enfin, car j’ai eu la joie d’être déléguée de la COR pour ces pèlerinages durant plus de trois ans. J’y ai rencontré des personnes exceptionnelles, dévouées, organisées, volontaires face aux difficultés et avec un grand cœur au service des pèlerins qui y vivent une semaine de retraite avec Marie comme dans une grande famille !
Depuis novembre dernier, c’est le Prieur de l’Abbaye de Saint-Maurice, Simone Previte, qui est nommé dans cette fonction par la Conférence des ordinaires romands et je lui sou- haite autant de joie que j’en ai eue !
Ceci encore : plusieurs pèlerins de retour du jubilé 2025 à Rome se sont dit enchantés par l’expérience et ont manifesté le désir de vivre d’autres pèlerinages. Ne cherchez plus, Lourdes vous attend !
Présentation de Jésus au temple, page "Jeunes, humour et mot de la Bible" de février 2026 par Marie-Claude Follonier
Par Marie-Claude Follonier
Mot de la Bible
Parler ex-cathedra
Cette locution empruntée au latin est composée de « ex » signifiant depuis, tiré et de « cathedra » pour cathèdre ou siège. Cette expression est employée pour qualifier les actes les plus importants qu’un pape puisse poser. En tant que souverain pontife, il engage sa responsabilité magistérielle devant Dieu et l’Eglise. Il s’agit des moments les plus solennels d’un pontife où est mise en jeu l’infaillibilité de l’évêque de Rome. En usage dérivé, cela signifie que l’on s’exprime avec un ton doctrinal qui ne souffre aucune remise en question.
Par Véronique Benz
Humour
« Dis maman, comment ils sont nés les tout premiers parents ? » « Hé bien, lui répond sa maman, c’est Dieu qui a créé les premiers parents humains, Adam et Eve. Adam et Eve ont eu des enfants qui plus tard sont devenus parents à leur tour et ainsi de suite. C’est ainsi que s’est formée la famille humaine. » Deux jours plus tard, la fillette pose la même question à son père. Celui-ci lui répond : « Tu vois, il y a des millions d’années, les singes ont évolué lentement jusqu’à devenir les êtres humains que nous sommes aujourd’hui. » La petite fille, toute perplexe, retourne aussitôt voir sa mère : « Maman ! Comment c’est possible que tu me dises que les premiers parents ont été créés par Dieu et que papa me dise que c’étaient des singes qui ont évolué ? » La mère lui répond avec un sourire : « C’est très simple ma chérie. Moi, je t’ai parlé de ma famille et ton père te parlait de la sienne. »
Tous les courants du judaïsme traditionnel s’accordent à dire que la foi en Jésus est incompatible avec le judaïsme. Souvent mal aimés, voire considérés comme de « simples chrétiens », les juifs messianiques reconnaissent pourtant Jésus comme le Messie, tout en conservant leur identité juive et certaines de leurs pratiques. Rencontre avec Stephen Pacht, président de la Swiss Messianic Jewish Alliance (SMJA).
Tous les courants du judaïsme traditionnel s’accordent à dire que la foi en Jésus est incompatible avec le judaïsme. Souvent mal aimés, voire considérés comme de « simples chrétiens », les juifs messianiques reconnaissent pourtant Jésus comme le Messie, tout en conservant leur identité juive et certaines de leurs pratiques. Rencontre avec Stephen Pacht, président de la Swiss Messianic Jewish Alliance (SMJA).
Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer
Comment définit-on un juif messianique ? Dans la définition rabbinique traditionnelle, la judéité se transmet par la mère. Dans les milieux libéraux, c’est par la mère ou le père. Les juifs messianiques, quant à eux, prônent la descendance par le père, comme dans la Bible. Ils reconnaissent toutefois la filiation par la mère. A cela s’ajoute la référence à Yechoua [ndlr. Jésus] comme Messie. Certains sont pratiquants Shomer Shabbat [ndlr. observent le shabbat] et d’autres le sont peu ou pas du tout. Ma famille et moi-même célébrons les grandes fêtes et le shabbat plus occasionnellement.
Tous les courants du judaïsme classique s’accordent (au moins !) à dire que la foi en Jésus est incompatible avec le judaïsme… C’est une tradition très ancienne, presque un endoctrinement, qui répète cette idée en boucle. Pour ma part, il n’y a rien de logique là-dedans. Jésus lui-même était juif, ses disciples étaient juifs, les apôtres étaient juifs. De plus, le message du Salut est venu d’Israël, par les Juifs et pour les Juifs, ainsi que pour les goyim [ndlr. les non-juifs ou les gentils].
Certains qualifient le messianisme de tentative détournée de convertir et d’assimiler les juifs au christianisme… C’est là que l’on constate le poids des mots… La question n’est pas de savoir si un juif est devenu chrétien, mais plutôt s’il a reconnu Jésus comme son Sauveur ! Après, il est inévitable que, lorsque des Juifs deviennent croyants en Jésus, ils partagent la même foi que les chrétiens. Cela ne signifie pourtant pas une négation de notre identité. Au contraire, Yechoua l’a dit lui-même, il n’est pas venu pour abolir la Torah, mais pour l’accomplir. Notre identité ne change pas, mais Jésus nous conduit à une véritable rencontre avec Dieu.
D’autres font même état de « l’invention » d’une tradition récente… L’Eglise elle-même a été fondée par des Juifs messianiques qui, d’ailleurs, étaient étonnés que Dieu veuille que la bonne nouvelle du Messie soit aussi annoncée aux goyim ! Dans les siècles suivants, le Judaïsme rabbinique a évolué et, en parallèle, l’Eglise est devenue majoritairement non juive, tout en se distançant progressivement de ses racines juives.
En même temps, c’est une vraie ligne de crête de conserver son identité tout en reconnaissant Jésus comme le messie ? Pour moi, il n’y a aucune dissociation. Je ne suis pas juif parce que je pratique ceci ou cela, que j’observe le shabbat et les fêtes. Cette identité vient de ma filiation et du peuple auquel j’appartiens. C’est le choix de Dieu et cela ne peut pas être remis en question. D’ailleurs, ma rencontre avec Jésus m’a fait ressentir davantage mon identité juive.
Pour Stephen Pacht, sa rencontre avec Jésus lui a fait ressentir davantage son identité juive.
Le choix de Dieu
« J’ai été très touché par son témoignage. Il a lu la Bible en cachette pendant la Guerre. Etant juif, il ne voulait pas lire le Nouveau Testament et a pris la Genèse. En lisant, il n’a pas remarqué la page blanche entre l’Ancien et le Nouveau Testament… D’ailleurs, il se disait juif et chrétien à la fois. » Stephen Pacht évoque la rencontre entre Jésus et celui qui deviendra le cardinal Jean-Marie Aaron Lustiger. Sa biographie, Le choix de Dieu, retrace cet itinéraire spirituel.
Bio express
Stephen Pacht est né en Angleterre en 1957 de parents juifs autrichiens non pratiquants, eux-mêmes réfugiés en Grande-Bretagne. C’est à l’Université de Bristol qu’il rencontre Dieu, intrigué par la foi d’un chrétien nouvellement converti. Expert-comptable de formation, il décide de devenir missionnaire et fonde, en 1992, la branche française de Juifs pour Jésus à Paris, puis l’antenne Suisse en 2010. Il est aujourd’hui président de la Swiss Messianic Jewish Alliance (SMJA). Cette association, membre de la faitière internationale, « cherche à favoriser l’unité et le soutien mutuel entre tous ceux qui partagent la foi enYechoua ».
Grégoire de Narek était un moine mystique et écrivain arménien, qui maîtrisait aussi bien les sciences grecques que la littérature arménienne.
Grégoire de Narek.
Par Paul Martone Photo : DR
Grégoire de Narek était un moine mystique et écrivain arménien, qui maîtrisait aussi bien les sciences grecques que la littérature arménienne.
Il est né vers 951 dans le petit village arménien de Narek, près du lac de Van (aujourd’hui en Turquie), fils de Chosroès Magnus, qui devint plus tard évêque. Très tôt, Grégoire entra au monastère local, où il passa la majeure partie de sa vie. C’est là qu’il fut ordonné prêtre à l’âge de 25 ans et devint peu après abbé de la communauté monastique. Il rédigea d’importants ouvrages sur la théologie, l’astronomie, la géométrie, les mathématiques, la littérature et la musique. Son œuvre théologique majeure, le Livre des lamentations, que les Arméniens appellent simplement « Narek », a été rédigée avec l’aide de son frère peu avant sa mort. Elle s’adresse à Dieu dans 10’000 vers poétiques et méditatifs, très personnels, dont le ton confessionnel souligne que la grâce et la miséricorde divines permettent au poète, conscient de son indignité, de se rapprocher de Dieu. Aujourd’hui encore, le livre de prières de Grégoire, le Narek, est très lu par les Arméniens croyants. Il considérait que le véritable but de la vie était de ne faire qu’un avec Dieu. Ce désir ardent de Grégoire transparaît dans toutes ses œuvres. Il mourut vers 1005 et fut inhumé dans son monastère, qui continua d’exister pendant encore 900 ans. Au cours du génocide arménien de 1915, le monastère abritant la tombe de saint Grégoire, très vénéré par les Arméniens, fut détruit.
En raison de son importance majeure pour le développement de la théologie et de la piété, Grégoire a longtemps été vénéré comme docteur de l’Eglise arménienne. En 2015, à l’occasion du centenaire du génocide arménien, le pape François l’a élevé au rang de premier docteur de l’Eglise catholique qui, de son vivant, n’était pas en communion avec l’Eglise de Rome. Lors de son audience générale du 19 avril 2023, François a déclaré que saint Grégoire de Narek nous enseigne la « solidarité universelle », car celui qui intercède porte les souffrances et les péchés de ses frères, comme le dit la citation d’Isaïe qui a ouvert l’audience.
Sa fête est célébrée le 27 février.
Une prière de saint Grégoire
« Ce n’est pas tant, en effet, par l’attache de l’espérance que par les liens de l’amour que je suis attiré. Ce n’est pas des dons,mais du Donateur que j’ai toujours la nostalgie. Ce n’est pas la gloire à quoi j’aspire, mais c’est le Glorifié que je veux embrasser. »
Depuis l’Antiquité, nous construisons des dômes. Les plus anciens vestiges sont des huttes circulaires en os de mammouth en Ukraine (19000 av. J.-C.) ; viennent ensuite, au Proche-Orient et sur la bassin Méditerranéen, les premières formes massives couvrant des tombes et des huttes.
Par Pierre Guillemin | Photo : Pixabay
Depuis l’Antiquité, nous construisons des dômes. Les plus anciens vestiges sont des huttes circulaires en os de mammouth en Ukraine (19000 av. J.-C.) ; viennent ensuite, au Proche-Orient et sur la bassin Méditerranéen, les premières formes massives couvrant des tombes et des huttes. Puis la Grèce Antique et l’Empire romain parachèvent ce type de construction par l’introduction de temples circulaires et l’utilisation du béton romain pour des structures hémisphériques impressionnantes, comme le Panthéon (126 ap. J.-C.) ; à Byzance, la cathédrale Sainte-Sophie (VIe siècle) est un chef-d’œuvre utilisant des dômes sur pendentifs (les pendentifs permettent de faire reposer une coupole circulaire sur quatre piliers autour d’un espace de plan carré (toujours cette question de la quadrature du cercle et du nombre π – voir L’Essentiel dejanvier 2026) pour passer d’une base carrée à un cercle ; enfin, au Moyen Age et à la Renaissance, les dômes deviennent centraux dans les églises, comme le dôme de Florence (Brunelleschi) et Saint-Pierre de Rome (Michel-Ange).
Un dôme se définit comme une structure hémisphérique ou polygonale reposant sur un plan circulaire ou parfois polygonal, conçue pour couvrir un espace sans appuis intermédiaires. Cette caractéristique en fait un choix privilégié pour les édifices religieux, culturels, scientifiques ou institutionnels.
En construisant un dôme, on cherche à répartir les charges de manière homogène afin d’assurer la stabilité de l’ensemble. La géométrie joue ici un rôle fondamental : la forme courbe permet de transformer les forces verticales en poussées latérales, transférées vers les murs porteurs ou les piliers. La mise en œuvre débute généralement par l’élévation d’un tambour, base cylindrique ou polygonale sur laquelle repose le dôme. Vient ensuite le coffrage ou l’assemblage de la structure porteuse, suivi du remplissage ou du coulage selon le matériau choisi.
Mais en introduisant la notion du cercle et du nombre π, le dôme possède une forte portée symbolique. Il évoque le ciel, l’unité et la perfection géométrique. Sa construction représente ainsi la rencontre entre savoir-faire, innovation et expression artistique, faisant du dôme une forme architecturale intemporelle et fascinante.
Femme engagée et dynamique, Laetitia Willommet est au service de l’Eglise depuis 1993. Officiellement à la retraite, elle a gardé un petit mandat au secteur des Coteaux du Soleil (Chamoson-Ardon-Vétroz-Conthey).
Laetitia Willommet.
Femme engagée et dynamique, Laetitia Willommet est au service de l’Eglise depuis 1993. Officiellement à la retraite, elle a gardé un petit mandat au secteur des Coteaux du Soleil (Chamoson-Ardon-Vétroz-Conthey).
Par Véronique Benz | Photos : DR, Laetitia Willommet
« A l’époque, nous allions dans les écoles donner les cours de religion. J’ai vécu le passage de la catéchèse confessionnelle à l’histoire biblique, puis de l’histoire biblique aux cours d’éthique et de culture religieuse. » Laetitia Willommet a été catéchiste, puis responsable du Service diocésain du catéchuménat. En 2010, elle a été engagée sur le secteur des Coteaux du Soleil. Depuis 2021, elle est coordinatrice du secteur. Elle fait partie de l’équipe de rédaction du journal local depuis 2018. « Aujourd’hui, c’est Romaine Carrupt qui est la responsable de notre magazine. Je rédige quelques textes et je fais la coordination du magazine avec l’équipe pastorale et Saint-Augustin. »
Laetitia Willommet avoue se plaire dans son secteur des Coteaux du Soleil. Cependant, les obstacles ne manquent pas. Laetitia cite notamment les différents scandales liés aux abus, la baisse des vocations sacerdotales, l’absence de relève pour les agents pastoraux et les bénévoles. « Des difficultés majeures que nous vivons dans l’espérance. Il y a également la vie d’équipe, avec les bonnes et les mauvaises nouvelles. L’objectif, c’est d’avancer ensemble dans le respect de chacun. »
En ce qui concerne la communication, Laetitia souligne que le problème principal est la diminution du nombre d’abonnés. « Les désabonnements suite à l’entrée au home et aux décès, ne sont pas compensés par des nouveaux venus. Nous travaillons sur le projet de l’application MyChurch. Nous espérons que cela va contrebalancer le manque d’abonnement à L’Essentiel. » Car, bien évidemment, le souci est de rejoindre les gens, afin de pouvoir les informer de la vie de l’Eglise locale.
Laetitia parle de ses collaborateurs avec enthousiasme et bienveillance. « Chaque étape de mon engagement me ramène au Christ. Préparer une réunion, mener une équipe pastorale, écrire pour le magazine paroissial, rencontrer des prêtres ou des collègues. Travailler en Eglise c’est avoir comme « collègue » principal le Christ et comme outil de travail la Bible. C’est à la fois exigeant et vivifiant ! »
Les collègues de rédaction de Laetitia planchent sur une édition de L’Essentiel des Coteaux du Soleil.
Pouvez-vous nous partager un souvenir marquant de votre jeunesse ?
Je me rappelle de la JRC (Jeunesse rurale chrétienne). Dans l’élan de Vatican II, nous animions des messes avec des guitares électriques et des batteries. Nous vivions de belles célébrations.
Quel est votre moment préféré de la journée ou de la semaine ?
Lorsque j’enseignais au CO, mon jour préféré était celui où j’avais les classes les plus faciles à gérer. Maintenant, mon jour préféré, c’est aujourd’hui.
Quel est votre principal trait de caractère ?
Je suis très empathique. J’ai une grande capacité d’écoute et j’ai aussi le souci que les gens se sentent bien quand ils sont ensemble.
Un livre que vous avez particulièrement apprécié ?
J’ai beaucoup aimé les deux livres de Pip Williams, La collectionneuse de mots oubliés et La relieuse d’Oxford qui nous plongent dans l’Angleterre du début du XXe siècle et de la réalisation du premier dictionnaire d’Oxford.
Des personnes qui vous inspirent ?
J’ai toujours été touchée par les personnes qui œuvraient pour la paix et la non-violence comme Gandhi, Mandela, Sœur Emmanuelle. J’ai travaillé avec des chanoines du Grand-Saint-Bernard qui étaient de belles personnes. J’ai appprécié le pape François pour son humilité et ses propos envers toutes les couches de la société.
Une citation biblique qui vous anime ?
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. […] Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1, versets 1 et 14)
Laetitia Willommet
• Laetitia Willommet, 65 ans, est engagée en Eglise depuis 1993, après la formation Fame.
• Elle a aussi un diplôme de consultante en psychoéducation et un brevet fédéral de formatrice d’adultes.
• Divorcée et maman de deux jeunes adultes.
• Elle habite Charrat, petit village proche de Martigny.
• Elle aime la lecture et la musique classique. Elle pratique la peinture méditative abstraite.
Les juifs attendent encore le Messie, les chrétiens l’ont trouvé : c’est Jésus de Nazareth. Mais est-ce si évident ? La Bible évoque en effet la figure du Messie en termes qu’il convient d’éclairer.
Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin
Des livres
Le Messie Marie-Noëlle Thabut
Les juifs attendent encore le Messie, les chrétiens l’ont trouvé : c’est Jésus de Nazareth. Mais est-ce si évident ? La Bible évoque en effet la figure du Messie en termes qu’il convient d’éclairer. Quelles étaient les attentes des hommes de la Bible ? A partir de quand et de quelle manière ont-ils commencé à parler d’un Messie ? Pourquoi les chrétiens ont-ils identifié Jésus de Nazareth avec le Messie qu’ils attendaient ? A partir de sa connaissance des textes bibliques, Marie-Noëlle Thabut répond à toutes ces questions.
Née dans une famille juive en Allemagne, Edith Stein (1891-1942) va faire deux rencontres bouleversantes au cours de sa vie. La philosophie d’une part, à travers une quête de vérité. La foi chrétienne ensuite, qui va l’amener à se convertir après une lecture passionnée de la vie de sainte Thérèse d’Avila. S’ensuit alors un parcours qui va la conduire jusqu’au Carmel, choix vécu comme un drame intérieur et familial, sa mère n’acceptant pas la conversion de sa fille au christianisme. Tout en s’étant convertie au christianisme, elle n’a jamais voulu se désolidariser du peuple juif et a partagé avec lui jusqu’au bout l’expérience tragique de la Shoah.
Connaître et comprendre le judaïsme, le christianisme et l’islam Isabelle Lévy
Pourquoi un juif se couvre-t-il dans une synagogue alors qu’un chrétien se découvre dans une église ? Pourquoi est-il interdit de consommer du porc ? Sur quels principes reposent la circoncision et le baptême ? En répondant à près de 200 questions, Isabelle Lévy explique avec clarté les origines, l’histoire, les dogmes, les croyances, les rites, les pratiques des trois religions monothéistes et en expose avec clarté les convergences et les divergences. Elle aborde également de nombreux thèmes en résonance avec l’actualité, tels l’euthanasie, l’interruption de grossesse ou le don d’organes.
Histoire de Jérusalem Vincent Lemire – Christophe Gaultier
L’histoire de Jérusalem pour la première fois racontée dans une BD exceptionnelle. Il y a 4000 ans, Jérusalem était une petite bourgade isolée, perchée sur une ligne de crête entre la Méditerranée et le désert. Aujourd’hui, c’est une agglomération de presque un million d’habitants, qui focalise les regards et attire les visiteurs du monde entier. Berceau du judaïsme, du christianisme et de l’islam, elle est aujourd’hui une capitale spirituelle pour plus de la moitié de l’humanité.
En 10 chapitres, acteurs et témoins, toutes celles et tous ceux qui ont arpenté Jérusalem au fil des siècles racontent ce mille-feuille d’influences composites. Rien n’est inventé : scènes et dialogues proviennent de plus de 200 sources publiées et d’archives inédites.
Dans l’Evangile, comme second commandement, Jésus nous dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 22, 37-39) Il est donc nécessaire de savoir prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres !
C’est lors de sa discussion avec les pharisiens, ici représentée par Tissot, que Jésus nous donne le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Par Véronique Benz Photo : DR
Dans l’Evangile, comme second commandement, Jésus nous dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 22, 37-39) Il est donc nécessaire de savoir prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres !
Comment prendre soin de moi ? Dois-je me préserver, quitte à ne contempler que mon nombril ? Ou au contraire, dois-je ouvrir mon cœur et ma vie jusqu’à la limite de mes forces ? Entre la société individualiste dans laquelle prendre soin de soi est devenu un dogme et la tradition de l’Eglise nous demandant de nous investir sans compter, quel est le juste milieu ? Comment trouver le bon équilibre entre le temps que je m’accorde et celui que je consacre à Dieu et aux autres ?
La réponse n’est pas simple. Elle est différente pour chacun. Des bénévoles me disaient qu’il ne fallait pas s’engager au service de l’Eglise pour régler ses problèmes. Mais qu’il fallait être bien dans sa tête et dans son corps pour aider son prochain. Et surtout, que pour pouvoir donner, il fallait d’abord recevoir ! Pour recevoir, il est nécessaire d’aller puiser à la source ! Pour nous, chrétiens, la source c’est le Christ, ce Dieu qui s’est incarné pour prendre notre condition d’homme !
Si les monastères et maisons de retraite affichent complet et ce, depuis plusieurs décennies déjà, c’est parce que le jeûne, le silence, le rythme des prières monacales, le lien à la nature environnante, l’apport spirituel de maîtres en la matière, nourrissent une part de l’humain que la vie professionnelle et familiale ne comble pas. Les programmes de « bien-être » chrétien se développent sans complexe, aussi hors couvent. Tour d’horizon.
Si les monastères et maisons de retraite affichent complet et ce, depuis plusieurs décennies déjà, c’est parce que le jeûne, le silence, le rythme des prières monacales, le lien à la nature environnante, l’apport spirituel de maîtres en la matière, nourrissent une part de l’humain que la vie professionnelle et familiale ne comble pas. Les programmes de « bien-être » chrétien se développent sans complexe, aussi hors couvent. Tour d’horizon.
Par Thierry Schelling | Photos : Unsplash, Vatican News, DR
Des siècles de culpabilisation à trop prendre soin de soi, de son corps et de son intérieur (âme-esprit) sont progressivement remplacés par une ère décomplexée du « cocooning personnel » au nom de sa foi chrétienne ! A l’heure du burnout d’agentes et agents pastoraux, d’évêques même, il est plus que conseillé de se concentrer sur le troisième volet du Commandement du Christ, « le seul que je vous laisse : Aime Dieu et ton prochain comme toi-même1 ».
Le complexe « Mère Teresa »
Un interview des années 80 de la Sainte de Calcutta m’avait interpellé. A la question du journaliste : « Quand vous reposez-vous ? », elle avait répondu du tac au tac : « Mais vous n’y pensez pas ! Tout pour Jésus ! Et on aura l’éternité pour se reposer ! »
Peut-être plus poignant dans les Ordres religieux, ce leitmotiv « tout pour Jésus » a souvent entraîné un « déni de soi » au profit des autres, des pauvres surtout, qui réclamaient l’urgence de l’attention caritative. Mais à quel prix ?
Et voilà que le XXIe siècle voit éclater au grand jour la pédophilie et autres abus de la part de consacré.e.s, révélant par là que le « prendre soin de soi » eût été une pas si mauvaise idée dans le fond… Mais devant les dégâts de ce pseudo-altruisme pervers et mortifère se cachait en fait un narcissisme immature qui, pour perdurer, n’avait qu’un refrain : sauvons l’institution coûte que coûte et tant pis pour les ravages à autrui et à soi-même !
Un commandement nouveau
Or, « toute la loi et les prophètes » reposent sur ce commandement du Christ : « Aime Dieu et ton prochain comme toi-même. »
Les deux premiers volets ont été déployés et concrétisés au gré de l’histoire humaine et chrétienne, au détriment du troisième.
En effet, dès l’aube de l’humanité, un dieu créateur de par ses manifestations climatiques (tonnerre, soleil…) pousse l’humain à révérer une force supranaturelle ; la mort des coreligionnaires interroge sur le lien entre cette puissance, la vie et la mort : « Aime Dieu. »
Puis le christianisme officiel (après le IVe siècle) déploie un remarquable essor du soin à l’autre : la personne étrangère, malade, seule, orpheline, illettrée – et avec quelle fierté. D’avoir éduqué des filles là où elles n’étaient que bonnes à marier, doté des langues de signes pour être imprimées et enseignées, construit des asiles pour malades, mourants, pestiférés, lépreux, accueilli des itinérants et voyageurs, mille et une incarnations de cet amour du prochain : « Aime ton prochain. »
« Aime ton prochain », ou le soin à la personne étrangère, malade ou seule. Ici, les Sœurs Hospitalières de Sainte-Marthe.
Et quid du « comme toi-même » ? Anecdotiquement n’est-il pas étrange que l’histoire du costume ecclésiastique, liturgique ou de rue, ait évolué vers une nécessité à cacher les formes, tout en rehaussant par les ors et le chatoiement d’étoffe l’élite ecclésiastique, mais en gardant pour les deux sexes la tunique longue asexuée (aube, soutane) ? Le Concile Vatican II a rendu la liberté aux prêtres, religieux et religieuses, de se vêtir sobrement, mais moins ostensiblement uniforme2… Est-ce à dire que l’apparence corporelle ne dérangerait plus ?
Sain(t) égocentrisme
« Aime Dieu, ton prochain comme toi-même », un commandement désormais décliné en entier dès la moitié du XXe siècle : se multiplient petit à petit des propositions pastorales, et souvent en paroisse, où l’on prône et encourage le bien-être au nom de sa foi : café-deuils, semaines de jeûne, systèmes d’étude de la personnalité3 au sein des lieux de formation pour le travail en Eglise, espaces de prière et de silence ouverts au tout-venant4, cours de zen, de yoga chrétien où les mantras sont remplacés par des psaumes…
La question du discernement pour soi à l’aide d’outils ignatiens revient fort : se marier, déménager, divorcer, avoir un enfant et voilà que Monsieur le curé se retrouve face à toutes sortes de demandes de fidèles lambda pour devenir heureux…
A une catéchèse faite d’enseignements et d’ouvertures sur le monde s’associent désormais des temps où le soi est soigné à commencer : l’art-thérapie, le LandArt5 pour petits et grands permettant une rencontre de Dieu au moyen de la beauté artistique (peinture, sculpture, dessin).
L’art-thérapie, par exemple à travers l’écriture d’une icône, permet de rencontrer Dieu au moyen de la beauté artistique.
Il existe aussi des ateliers de « journal créatif » ou comment écrire son propre (et cinquième) « évangile », c’est-à-dire apprendre à narrer les étapes de son existence en écho à celles du Christ conduisant, souvent, à l’apaisement intérieur.
Pour et contre
Après une visite des églises chrétiennes sur la Rive gauche de Genève, une maman me questionne : « Mais aujourd’hui, ce que vous avez proposé à mon fils, ça compte comme catéchisme ? » La visite avait nécessité de marcher bien 10’000 pas en serpentant dans les ruelles de la Vieille-Ville à partir des contreforts eaux-viviens – un effort physique pour parcourir les distances entre les édifices religieux faisait aussi partie du jeu. « Oui, Madame, si tant est que vous teniez un carnet du lait de sa catéchèse ! »
Offrir, exiger parfois, le silence dans une retraite d’ados est un challenge… qui porte du fruit, parfois à l’étonnement des organisateurs : « J’aimerais bien continuer à m’offrir des plages de silence au quotidien », conclut une confirmande, enthousiaste à ce qu’elle qualifie de « sa vie interne » après cet exercice (évidemment sans téléphone portable !).
La relation à Dieu est améliorée lorsqu’on a pris le temps de regarder en soi-même et de relire sa vie.
A tous les cheminants adultes qui demandent les sacrements d’initiation, je les renvoie à eux-mêmes avec l’Evangile de Marc à lire, en suggérant d’écrire à leur tour leur Evangile, puis, plus tard, leur Credo, en prenant soin de relire leur vie en couchant sur papier ses étapes, rencontres, joies et douleurs. Le « produit final » est saisissant d’introspection, de moments de confession, de vérité, d’authenticité.
Et leur relation à Dieu n’en est qu’améliorée, car comme l’a dit une cheminante au groupe de catéchumènes, « une fois que j’ai désencombré mon dedans en posant devant mes yeux ses méandres de croissance, je vois mieux Dieu, je prie mieux Dieu, j’ai de la place pour L’aimer… », des larmes apaisées coulant sur ses joues.
A revers, les critiques ne sont pas légion, mais existent : « Nos jeunes n’apprennent plus rien, ils sont ignares, comment voulez-vous qu’ils pratiquent ? » me lance un octogénaire venu récupérer son (il est vrai un peu trublion de) petit-fils. « Avec vos histoires de prière en groupe dans le silence, quelle perte de temps ! » Oui, prendre soin de soi est la clef pour aimer Dieu et son prochain, malgré tout…
1 Mt 22, 39 ; Mc 12, 30-31 ; Lc 10, 27 (à noter que là, ce n’est pas Jésus mais un docteur de la Loi qui le dit). 2 Un bémol quant aux Ordres fondés après, et souvent en réaction, au Concile Vatican II qui arborent bures, pèlerines, coules effaçant la silhouette… Bis et repetita ? 3 Comme l’Ennéagramme, Myers-Briggs, l’évangélisation des profondeurs, eutonie… 4 Les maisons d’Eglise en France, comme àLa Défense à Paris, l’Espace Maurice-Zundel à Lausanne… 5 Création d’œuvres d’art dans le paysage naturel avec des objets trouvés sur place.
Quand nous peinons et ployons sous le fardeau, Jésus se présente à nous pour nous soulager tout entier, corps, cœur-âme et esprit. Car il est doux et humble de cœur, il déborde de miséricorde envers nous, il rayonne de bienveillance à notre adresse.
Jésus, humble de cœur et rayonnant de bienveillance à notre adresse, nous soulage tout entiers : corps, cœur-âme et esprit.
Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR
Quand nous peinons et ployons sous le fardeau, Jésus se présente à nous pour nous soulager tout entier, corps, cœur-âme et esprit. Car il est doux et humble de cœur, il déborde de miséricorde envers nous, il rayonne de bienveillance à notre adresse.
A son école, le poids du ministère et de l’existence devient léger, car nous pouvons être « attelés » à son joug. Celui-ci est tout à fait acceptable, car il se porte dans la force de l’Esprit Saint. Il ne pèse pas sur nos épaules pour nous écraser : au contraire, il nous entraîne vers l’avant, là où le Seigneur veut nous mener pour faire notre bonheur.
Le Christ nous libère par sa Parole et il nous guérit par son Souffle Saint. Il n’a qu’une attente : que nous nous laissions travailler par son action et nous nous abandonnions à sa grâce, car elle veut pénétrer au plus profond de nous-mêmes.
Pouvons-nous parler de « cocooning » ecclésial et spirituel ? D’une part, un tel retrait dans la confiance nous conduit au repos de l’ensemble de notre être. Il nous coupe de nos faux soucis qui nous étouffent, il nous protège de l’agressivité dont nous sommes si souvent victimes. Il nous retire des mille sollicitations superficielles et éphémères, il installe la sérénité et la paix en profondeur.
Mais d’autre part, il ne nous fait pas oublier les épreuves que nous sommes malgré tout appelés à traverser. Il nous permet de nous ressourcer et ainsi de relever les défis qui nous attendent pour le bien de nos proches et pour notre salut, de telle sorte que nous progressions sur notre voie de sainteté.
Si non, nous nous contenterions de nous extraire de la mêlée, de nous replier sur nous-mêmes en un confortable égoïsme et nous renoncerions à suivre le Christ, chargés de la croix qu’il nous destine. Il y a un temps pour refaire nos forces et laisser le Seigneur prendre soin de nous et il y a un temps où recommencer l’ascension vers les plus hauts sommets de la joie.
Et surtout, il ne s’agit pas, comme dans beaucoup de pratiques de développement personnel, de ne compter que sur nos propres forces. C’est Dieu qui nous console et nous relève, c’est lui qui nous soigne et nous protège. Faisons-lui pleine confiance. Avec lui exultons d’allégresse.
Aimer et se savoir aimé. Lors de l’un des premiers Angélus de son pontificat, Léon XIV a brièvement commenté la magnifique parabole du Bon Samaritain (cf Lc 10, 25-37) esquissée par la question du docteur de la loi à Jésus : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »
Léon a repris l’habitude de séjourner à Castel Gandolfo pour se ressourcer.
Par Thierry Schelling | Photo: Vatican News
Aimer et se savoir aimé
Lors de l’un des premiers Angélus de son pontificat, Léon XIV a brièvement commenté la magnifique parabole du Bon Samaritain (cf Lc 10, 25-37) esquissée par la question du docteur de la loi à Jésus : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »
Léon explique : « Ce que le cœur de l’homme espère est décrit comme un bien à « hériter » : il ne s’agit pas de le conquérir par la force, ni de le quémander comme des esclaves, ni de l’obtenir par contrat. La vie éternelle, que Dieu seul peut donner, est transmise en héritage à l’homme comme d’un père à son fils. C’est pourquoi Jésus répond à notre question : pour recevoir le don de Dieu, il faut accueillir sa volonté. Comme il est écrit dans la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » et « ton prochain comme toi-même ».
Et de donner Jésus comme modèle visible de ce que l’amour signifie puisqu’incarné : « Un amour qui se donne et ne possède pas, un amour qui pardonne et ne prétend rien, un amour qui secourt et n’abandonne jamais. »
« Comme soi-même »
Il se trouve que Léon a repris l’habitude papale de séjourner à Castel Gandolfo ; lui a opté pour le petit palazzo adjacent appelé Villa Barberini – en effet, la résidence en tant que telle a été transformée en musée sous François…
Et depuis septembre, Léon a décidé de s’y rendre le mardi en congé. Tout simplement. Ce religieux habitué à la vie communautaire a recréé un tel environnement dans les appartements pontificaux du Palais Apostolique au Vatican. Pour ne pas être seul ; pour prier en communauté ; pour (probablement) échanger avec des confrères sub segreto Petri (sans qu’ils n’en viennent à révéler quoi que ce soit).
Son propre frère, John Joseph Prevost, s’est même laissé aller à quelques confidences : « Il peut se promener sans la soutane blanche pendant une journée où sport, promenade dans les jardins et loisir allègent son mental. »
En d’autres termes, Léon a instauré un « sabbat » hebdomadaire des plus ressourceful !
Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion, est l’auteur de cette carte blanche.
Cette Année Sainte nous aura rappelé, à Rome, au Saint-Bernard, ou comme ici à Valère, l’essentiel de notre vie chrétienne.
Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion, est l’auteur de cette carte blanche.
Par Pierre-Yves Maillard, vicaire général du diocèse de Sion Photos : cath.ch, DR
A mesure que l’Année Sainte s’est déroulée, son thème aussi, voulu par le pape François, s’est déployé : « Pèlerins d’espérance. » Et chacun de ces deux mots s’est révélé, précisément en lien avec l’autre, comme la parfaite définition de la mission de l’Eglise en ce temps.
L’espérance, on l’a dit, se distingue de l’espoir. Elle n’est pas le vague sentiment que « tout ira bien ». Pour Bernanos, elle est « une détermination héroïque de l’âme et sa plus haute forme est le désespoir surmonté… On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance ». Dans le monde tourmenté qui est le nôtre, comment mieux dire la force toujours actuelle du message chrétien ? Le pape Benoît XVI l’avait bien expliqué dans son encyclique « Spe Salvi » : l’espérance n’est pas l’apanage des faibles, ni la qualité de ceux qui fuient la complexité de notre temps pour chercher refuge en l’au-delà. Au contraire : l’espérance est le contraire de la naïveté ; elle est la force de s’engager, ici et maintenant, et malgré toutes les épreuves de notre temps, car elle sait que celui-ci s’inscrit précisément dans une perspective d’éternité qui lui confère déjà un sens infini.
Pour espérer, il faut donc marcher. A la recherche de quelque chose, le pèlerin est toujours en quête de Quelqu’un. Il sait que la bienfaisante démarche du départ lui donnera de remettre à leurs justes distances, certaines par rapprochement, d’autres par éloignement, tous les éléments où risquait de l’installer son existence désespérée. On a besoin des routes de pèlerinages pour nous rappeler que tout chemin peut conduire à Dieu. On a besoin de temps particuliers pour nous souvenir que tout temps peut être consacré. Cette Année Sainte nous aura rappelé, à Rome ou à Valère, au Saint-Bernard ou à Fully, l’essentiel de notre vie chrétienne dans l’extrême concision de cette formule : « Pèlerins d’espérance. » Que cela continue de donner vie à notre chemin.
Bienvenue en cette nouvelle année 2026, page "Jeunes, humour et mot de la Bible" de janvier 2026 par Marie-Claude Follonier
Par Marie-Claude Follonier
Mot de la Bible
Dieu vous le rendra au centuple !
Le centuple est la quantité 100 fois plus grande de ce qui est évoqué. L’expression est traditionnellement employée pour signifier la prodigalité de Dieu, qui n’est pas à la mesure humaine. Jésus lui-même a fait cette promesse : « En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Evangile, qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle (Marc 10, 23-30). Cette expression signifie faire preuve d’une grande générosité.
Par Véronique Benz
Humour
Un jeune homme venait tout juste d’obtenir son permis de conduire. Il demande donc à son père s’ils pouvaient discuter ensemble de l’utilisation de la voiture familiale…
Son père l’amène dans son bureau et lui propose le marché suivant : « Tu améliores ton rendement scolaire, tu étudies la Bible et tu te fais couper les cheveux. Ensuite, nous parlerons de la voiture. » Un mois plus tard, le garçon revient à la charge et, encore, son père l’amène dans son bureau. « Mon fils, je suis très fier de toi. Ça va beaucoup mieux à l’école ; tu t’es concentré sur la Bible plus que je ne l’aurais cru, mais tu ne t’es pas fait couper les cheveux. » Le jeune réplique : « Tu sais, papa, j’ai réfléchi à cela… Samson avait les cheveux longs… Moïse avait les cheveux longs… Noé avait les cheveux longs… et Jésus avait les cheveux longs. » Et du tac au tac, le père réplique : « Et ils se déplaçaient à pied ! »
Mal-aimé en son temps, Maurice Zundel jouit aujourd’hui d’une aura internationale hors des clivages confessionnels. Adeptes des personnages hauts en couleur, l’acteur Jean Winiger nous donne à goûter, le temps d’un « seul en scène », toute la portée de la pensée du prêtre neuchâtelois.
Jean Winiger prépare son spectacle à la paroisse Saint-Joseph à Genève.
Mal-aimé en son temps, Maurice Zundel jouit aujourd’hui d’une aura internationale hors des clivages confessionnels. Adeptes des personnages hauts en couleur, l’acteur Jean Winiger nous donne à goûter, le temps d’un « seul en scène », toute la portée de la pensée du prêtre neuchâtelois.
Par Myriam Bettens | Photo :Jean-Claude Gadmer
Rousseau, de Foucauld et maintenant Zundel : vous avez une inclination pour les personnages hauts en couleur… Hauts en couleur et hauts dans leur spiritualité ! Zundel dit une chose à la fois étrange et très juste : « Le corps ne devient lui-même qu’en déployant la dimension mystique qui le personnifie. » Chez tous les grands, il y a une part de mysticisme, même s’ils ne sont pas croyants ou d’une autre religion. Je m’intéresse à eux, car notre monde va mal et ils ont des réponses pour notre temps.
Justement, cinquante ans après la disparition du théologien neuchâtelois, sa pensée est on ne peut plus actuelle… Oui, parce qu’il n’évacue, en tant que prêtre, théologien et mystique, aucune de nos difficultés. Il parle de l’avortement, des passions, des puissants, des excès du pouvoir. Comment ne pas être « foutu en l’air » par le monde tel qu’il est aujourd’hui, par le mal que l’on subit chaque jour ? Maurice Zundel a des réponses à nos questionnements et inquiétudes. En cela, il est très moderne.
Qui est Maurice Zundel pour vous ? C’est un mystique. Réaliste… réaliste des problèmes du monde et en même temps empathique. Il aime vraiment la nature humaine. Pour moi, c’est celui qui m’a sauvé d’un deuil terrible. J’étais au fond du trou. Lors d’une visite chez un ami, on m’a offert le livre S’émerveiller, dédicacé par Marc Donzé. J’y ai trouvé tout de suite les réponses à tout mon mal. Maurice Zundel est devenu un ami qui me soutient, me sauve et me redonne l’envie d’une foi autre que celle dont j’ai hérité. Une foi que j’expérimente au fur et à mesure de mes actes.
Comment l’avez-vous « rencontré » ? Je ne le connaissais pas il y a une année et demie, avant ce deuil et ce livre. Une amie très chère s’est donné la mort avec Exit. Ça a été affreux, terrible pour moi. Je suis ensuite entré en contact avec Marc Donzé et j’ai commencé à lire, à lire tout ce que je pouvais sur Zundel. Autant vous dire que cela représente une quarantaine d’ouvrages !
Dans cette pièce, vous parlez au nom de Maurice Zundel, mais il y a aussi beaucoup de vous… Si je me contentais de jouer Zundel, cela serait comme s’il prêchait. J’ai voulu atteindre un public qui, comme moi, éprouve le doute dans sa foi. Donc au lieu de faire parler Zundel, je le questionne.
Est-ce que Zundel réconcilie les gens avec Dieu ? Il les bouleverse en tout cas. Il arrive à entrer dans l’univers d’un athée, d’un agnostique et même d’un croyant de la même manière. Il les questionne, mais répond aussi aux interrogations qui surgissent. C’est en cela qu’il est très fort !
Maurice Zundel est-il un « désapprentissage » du Dieu auquel nous avons appris à croire ? Oui ! Il ne nous parle pas seulement de foi, mais d’un Dieu proche de nous, en nous et donc de la possibilité d’un retour à un Dieu possible.
Jean Winiger est né en février 1945, dans le canton de Fribourg. Il est comédien, acteur, écrivain et metteur en scène. Très vite attiré par les planches, il partagera sa vie entre Fribourg et Paris. Bien qu’un temps attiré par la vie religieuse, il se ravisera. L’acteur, comme le prêtre, se fait toujours le porte-voix d’autrui, que cela soit Dieu ou un autre.
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