
Pour Maurice Zundel, la liberté est essentielle et constitutive de l’humain. Il en a d’ailleurs cherché sa vie durant le chemin. A l’occasion des cinquante ans de sa mort, est paru « Devenir libre », un condensé de sa pensée sur la liberté. Un des deux auteurs, Virgile Rochat, était présent au Temple de la Madeleine, lors de la dernière rencontre Un auteur, un livre, pour présenter l’ouvrage.

Par Myriam Bettens
Photos : Myriam Bettens, DR
« Vous voulez entendre la voix de Maurice Zundel ? », lance un homme à l’assemblée tout en tirant de sa poche son téléphone. Micro placé stratégiquement, la voix du prêtre neuchâtelois s’élève alors dans le silence du Temple de la Madeleine. Pendus aux lèvres, numérisées, de Maurice Zundel, l’assistance essaie tant bien que mal de saisir quelques bribes de cette homélie proposée de manière inopinée. « Il était tellement pénétré de sa propre recherche qu’il pouvait parler des heures sans aucunes notes », glisse alors le pasteur Virgile Rochat. Début octobre, il était invité à parler lors de la rencontre Un auteur, un livre, de son dernier ouvrage, Devenir libre, écrit à quatre mains avec l’abbé Marc Donzé. Ce dernier, retenu à la journée annuelle de l’Association Maurice Zundel Suisse (AMZ-Suisse) a laissé à son co-auteur le soin de présenter ce qu’ils considèrent à la fois comme une anthologie et un commentaire de la pensée de Maurice Zundel sur la liberté.
« La pensée de Zundel n’est pas facile d’accès, mais on la redécouvre à l’occasion des cinquante ans de sa mort », avance Blaise Menu, modérateur de la rencontre, à l’attention de l’auteur. « On peut tenter de la vulgariser en l’expliquant, mais on passe alors complètement à côté du sens profond voulu par l’auteur. Maurice Zundel ne voulait pas communiquer un contenu, mais une expérience productrice d’une transformation profonde grâce à la rencontre de Dieu », souligne le pasteur réformé. La forme anthologique, avec un choix de textes organisés et commentés permet donc de fournir une introduction sommaire à la pensée du théologien neuchâtelois. « En mettant le lecteur en contact direct avec le texte, cela devrait lui permettre d’effectuer son propre exercice spirituel », comme l’aurait certainement souhaité Maurice Zundel, qui privilégiait l’expérience aux dogmes.
Le théologien n’a pas seulement pensé la liberté, il a aussi vécu avec passion son aventure personnelle d’homme libre. « Il lui arrivait d’ailleurs souvent de dire : « Ne rien subir, tout tourner vers la lumière » », développe Geneviève de Simone-Cornet, autre modératrice de la matinée. Dans cette optique, toute sa pensée ne cherche pas « à disserter sur la liberté comme un idéal en soi, mais de se mettre en route et de persévérer sur un chemin où celle-ci grandit peu à peu », expose Virgile Rochat. « C’est un peu contre-intuitif, mais Maurice Zundel affirme que l’humain arrive au monde « préfabriqué », avec un héritage personnel et social dont il doit se défaire ». Son itinéraire spirituel consistera donc précisément à s’alléger pour devenir toujours plus lui-même. « Une libération progressive, qui consiste à se désencombrer de tout ce qui nous tient en esclavage », non pas dans un chemin solitaire, mais qui laissera peu à peu place au Dieu intérieur, lui-même don et désappropriation totale.
Or, passer de ce « » moi-résultat », au « moi-origine », ne va pas sans affronter un certain nombre d’obstacles ». Il illustre son propos en reprenant la citation du réformateur : « J’ai voulu noyer le vieil homme, mais le bougre, il savait nager ! ». Alors que l’assemblée rit de ces bons mots, Virgile Rochat enchaîne. « On est ici loin du développement personnel. Ce que propose Maurice Zundel est une sacrée ascèse, et je précise, sacrée dans tous les sens du terme ! », mais « lorsque Dieu nous habite et devient le moteur de l’action, la morale « coule » » et rien n’est plus de l’ordre de l’obligation, mais de l’amour.


















