Dans la prière, accueillir d’une autre manière…

Dans la prière, accueillir d’une autre manière…
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), juin-juillet-août 2020

Propos recueillis par Françoise Besson | Photos: Congrégation GSB

Dans nos villes et nos villages l’activité humaine est ralentie en cette période de confinement. Mais qu’en est-il pour les chanoines qui, tout au long de l’année, accueillent les pèlerins, les touristes ou les sportifs dans les hospices ? François Lamon, prieur de l’hospice du Simplon, nous partage ici son quotidien et ses réflexions.La Présence dans le silence. – Sans hôtes, c’est vraiment étrange et cela ne correspond pas du tout à la mission même de l’hospice, mais cette absence d’hôtes a suscité ma présence comme moine, en vivant le moment présent, en étant présent au présent, en rencontrant Jésus dans ma solitude, dans mes petits travaux ici, dans mes balades… Et je le rencontre beaucoup plus qu’avant, car le silence et la solitude me ramènent à cette Présence de manière beaucoup plus forte qu’avant parce que je n’ai plus d’autres activités, plus d’autres préoccupations… 

Je me sens particulièrement appelé à vivre la communion des saints, à développer ce sens de la présence à l’autre à travers le Christ ressuscité et à porter au Seigneur, dans cette prière, toutes les personnes qui auraient aimé venir ici et qui ne le peuvent pas… Dans cette communion des saints, dans cette compassion, je peux prendre la « passion » des gens, leurs souffrances, leurs difficultés pour les présenter au Seigneur… Cela ouvre mon cœur à plus d’attention quand ils seront là à nouveau. C’est pour moi prioritaire et je me sens totalement investi dans cette mission d’intercesseur… 

Les journées ne sont pas plus courtes. – Je ne m’ennuie pas une minute et n’ai pas non plus envie de me trouver ailleurs. Les journées ne sont pas plus courtes que d’habitude, elles commencent à 6h du matin et elles se terminent à 22h30. C’est un temps pour faire ce qui reste en souffrance ici : du tri, de petites réparations… Nous avons aussi des travaux en cours comme la réfection du sol du réfectoire. Nous nous retrouvons avec mes confrères quatre fois par jour pour prier ensemble et je peux prendre plus de temps pour la prière personnelle, l’adoration, les lectures, la méditation. Il y a aussi les rencontres d’été à préparer sans être pressé par l’échéance.

Le sens de cette pandémie. – Je mets aussi à profit ce temps pour me demander : « Finalement, qu’est-ce qui doit changer ? Qu’est-ce que cette pandémie peut nous dire ? » Curieusement, j’ai l’impression que, par certains côtés, cela rejoint un peu la mission de l’hospice, c’est-à-dire permettre aux gens de s’arrêter, de faire une pause, de prendre du temps pour faire silence intérieurement… 

Cette période de confinement impose une sorte de silence, parce que nous ne sommes plus dans ce brouhaha qui nous empêche d’entendre nos aspirations profondes et, peut-être aussi, la voix de Dieu qui appelle, comme au jardin d’Eden, et qui dit « où es-tu ? ». Ceux qui font cette expérience peuvent en sortir grandis, trouver un sens profond à la vie… 

Comme nous ne sommes plus physiquement les uns à côté des autres, nous pouvons sentir dans cette intériorité vécue que les autres nous sont nécessaires, que nous en sommes dépendants et cela nous permet d’être en communion avec eux. 

Se rejoindre dans la prière. – Ces temps nous permettent d’être en communion les uns avec les autres, de prier pour la fin de la pandémie, mais aussi pour la conversion du monde, pour les malades, ceux qui les soignent, pour les politiques, tous ceux qui vivent des situations difficiles… Dans le Christ ressuscité, on est proche de tous ceux pour qui l’on prie et de tous nos frères et sœurs défunts qui sont vivants en Lui… 

Savoir fleurir. – La maxime de mon patron saint François de Sales m’enchante : « Il faut savoir fleurir là où Dieu nous a semés. » Je suis semé ici, à 2000 mètre et je peux fleurir comme une petite gentiane bleue… Donc surtout ne pas me plaindre et désespérer mais tirer le meilleur profit de cette situation en étant une vivante offrande au Seigneur pour toutes les personnes avec qui je suis en lien et toutes celles qui sont dans la peine…

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