Celui qui murmurait à l’oreille…

Celui qui murmurait à l’oreille…

Résurgence d’une tradition moyenâgeuse ou réponse à un besoin croissant ? L’abbé Romain Gajo, prêtre exorciste dans le Jura pastoral, a exploré la nature de la libération spirituelle et de l’exorcisme dans le contexte contemporain lors d’une conférence à la paroisse de Corsier, fin janvier.

Texte et photos par Myriam Bettens

« Je ne sais pas si c’est parce que la thématique est revenue au goût du jour… », s’interroge une participante en guettant la réaction de sa voisine. Cette dernière, tout en se retournant pour jeter un regard circulaire à l’église de Corsier, complète l’interrogation restée en suspens : « … en tout cas c’est plein ». Tous attendent la venue de l’abbé Romain Gajo. Exorciste durant huit ans dans le Jura pastoral, il est venu à Genève à l’invitation de l’Unité pastorale Arve-Lac présenter une conférence traitant de « L’exorcisme aujourd’hui ».

Sentant que cet intérêt pourrait avoir une connotation plus personnelle, le président du conseil de paroisse enjoint les participants à ne pas faire état de préoccupations individuelles durant cette conférence. La précaution n’est, semble-t-il, pas inutile, car comme l’indiquera ensuite l’invité, « les demandes d’exorcisme sont partout en augmentation ». Pour étayer son propos, le prêtre se base sur des données « qui circulent en interne de manière confidentielle » et sur sa propre pratique, en l’absence de chiffres publiés par les diocèses. « Je reçois entre trois et quatre demandes par semaine », mais seules un à deux pour cent de celles-ci mènent à un exorcisme. « Ils sont donc rares et c’est rassurant ».

Le conférencier corrèle l’augmentation de cette demande à une croissance des pratiques occultes favorisées par ce qu’il appelle le « tournant Harry Potter » : La sorcière n’effraie plus, elle séduit. S’ajoute à cela un vide spirituel entretenu par le déclin de la pratique religieuse et un commerce explicite des sorts mettant en avant l’efficacité et l’immédiateté. « Aujourd’hui on peut payer quelques centaines de francs pour maudire une personne et le pire, c’est que ça marche ! ». Du moins, en apparence, car « le Mal produit un effet «  boomerang  » encore plus violent pour l’émetteur et le bénéficiaire du sort ». L’Eglise appelle donc à une grande prudence, car toute pratique spirituelle a son envers. Mais pas de pensée binaire dans les affirmations de Romain Gajo. L’important est de toujours discerner l’origine, l’intention et les effets d’une pratique.

Il en va de même pour son mandat de libération spirituelle et d’exorcisme. « On ne s’autoproclame pas exorciste. Le discernement est rigoureux et la collaboration médicale indispensable. » Formé par Don Gabriele Amorth, exorciste en chef au Vatican avec plus de cinquante ans d’expérience, il détaille méthodiquement les « stades de l’influence démoniaque », distingue les types d’exorcismes, puis propose les réponses pastorales que l’Eglise peut donner face à ces réalités spirituelles : Renforcer la vie sacramentelle, clarifier les portes d’entrée du mal et les risques, comprendre ce qui séduit dans l’ésotérisme, promotion des ministères de guérison.  L’ensemble est porté par une forte exigence de discernement, de collaboration avec le corps médical et de prudence face au sensationnel. Il insiste encore : « le Démon n’a pas d’autorité propre, seulement une permission. Dieu demeure souverain en tout temps »

En 2014, l’abbé Gajo a reçu de son évêque le mandat de libération spirituelle et d’exorcisme.

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