Le passage de la mer Rouge vu par la science

Moïse séparant les eaux, vu par Hollywood, fait appel à la puissance divine et non à un phénomène naturel.

Le passage de la mer Rouge par Moïse constitue l’un des épisodes les plus emblématiques de l’Ancien Testament. Rapporté principalement dans le livre de l’Exode, cet événement marque l’aboutissement de la libération du peuple hébreu, réduit en esclavage en Egypte depuis plusieurs générations. 

Par Pierre Guillemin
Photos : Flickr, DR

L’archéologie biblique étudie les vestiges matériels (inscriptions, ruines, objets divers) au Proche-Orient pour éclairer le contexte historique et culturel de la Bible. Discipline scientifique, elle analyse la Terre sainte, l’Egypte et la Mésopotamie, confirmant ou pas, selon des méthodes scientifiques, le cadre matériel des récits.

Le Passage de la mer Rouge a ainsi suscité de nombreuses interprétations historiques, théologiques et scientifiques. De nombreux chercheurs ont tenté d’identifier le lieu exact de la traversée ou d’expliquer le phénomène par des causes naturelles, comme des vents violents ou des marées exceptionnelles. 

Un premier point essentiel concerne la localisation exacte de la « mer Rouge » mentionnée dans la Bible. Le terme hébreu utilisé, Yam Souph, signifie littéralement « mer des roseaux » et ne correspond pas forcément à la mer Rouge actuelle. L’interprétation scientifique penche alors vers une zone marécageuse ou lagunaire, située dans le delta du Nil ou dans la région des lacs Amers entre Suez et Ismaïlia, composée d’eaux peu profondes. Cette précision géographique ouvre la voie à des explications basées sur des phénomènes hydrologiques. Dans cette hypothèse, l’une des explications scientifiques les plus souvent évoquées est celle du « wind setdown », ou effet d’abaissement du niveau de l’eau par le vent. Ce phénomène, bien documenté, se produit lorsqu’un vent fort et constant souffle pendant plusieurs heures dans une même direction, repoussant l’eau et découvrant temporairement une bande de terre. Des études de modélisation informatique ont montré qu’un vent d’Est soutenu, correspondant à la description biblique, aurait pu dégager un passage praticable dans une zone peu profonde, permettant à un groupe humain de traverser à pied. Selon cette hypothèse, lorsque le vent cesse ou change brusquement de direction, l’eau revient rapidement à son niveau initial. Cela pourrait expliquer la submersion soudaine des troupes égyptiennes poursuivant les Hébreux. Un tel phénomène, observé dans certains estuaires et lagunes, peut être spectaculaire et dangereux, surtout pour des troupes lourdement équipées de chars et d’armes.

D’autres scientifiques ont évoqué des phénomènes liés aux marées ou à des variations saisonnières du niveau de l’eau. Bien que les marées soient faibles dans cette région, leur combinaison avec des vents puissants pourrait avoir amplifié l’effet de retrait des eaux. Certains chercheurs suggèrent également un lien avec des événements sismiques, fréquents dans la région, capables de provoquer des déplacements temporaires de masses d’eau, bien que cette hypothèse soit moins étayée par des données précises.

Erreur géographique ?

L’éruption du Santorin a longtemps été la thèse scientifique retenue. S’il est probable que les cendres de Santorin sont effectivement arrivées en Egypte et peuvent être à l’origine des 7 plaies d’Egypte du moins en partie, il faut se rappeler que l’éruption a eu lieu en Méditerranée et non en mer Rouge ; sauf à considérer que le texte biblique comporte une erreur et fasse la confusion entre les deux mers, il est impossible que le tsunami provoqué par l’explosion du volcan ait atteint l’Egypte en mer Rouge. En effet, le raz de marée déclenché par l’éruption pourrait expliquer parfaitement le retrait puis le retour soudain des eaux de la Méditerranée, voire des eaux du delta du Nil.

L’hypothèse d’une éruption volcanique, celle du Santorin (à droite), n’est plus celle retenue en priorité.
Les fouilles dans la péninsule du Sinaï n’ont pas mis au jour des vestiges attribuables à un grand groupe d’exilés.

Pas de consensus

Le bilan actuel de la recherche scientifique sur cet évènement extraordinaire se résume ainsi : 

• A ce jour, il n’existe aucun consensus scientifique archéologique prouvant directement que l’Exode – y compris le passage de la mer Rouge – s’est produit exactement comme décrit dans la Bible. Les textes égyptiens anciens n’incluent aucune mention claire d’une fuite massive d’esclaves d’Egypte ni d’une armée engloutie dans la mer telle qu’elle est racontée dans l’Exode. Les archéologues professionnels soulignent que l’absence de preuves directes rend difficile toute conclusion affirmative sur l’authenticité historique détaillée du récit biblique. 

• Les fouilles, dans la péninsule du Sinaï, supposée être la route de l’Exode, n’ont pas mis au jour de vestiges attribuables à un grand groupe d’exilés ni à une armée détruite dans un plan d’eau.

• Aucun document égyptien ancien découvert jusqu’ici ne mentionne une catastrophe militaire de ce type ou une disparition massive de soldats.

• Les structures sociales, démographiques et archéologiques de l’Egypte ancienne ne montrent pas de signe d’une perte considérable de main-d’œuvre ou d’une crise catastrophique coïncidant avec la période de l’Exode.

Prudence… et foi !

Certaines affirmations très médiatisées ou populaires sur Internet ou dans des publications non académiques prétendent avoir trouvé des preuves tangibles du passage de la mer Rouge :

• Des sites ou annonces non confirmées parlent d’ossements humains, d’armures ou d’ossements de soldats découverts dans le golfe de Suez ou ailleurs, supposés être des restes de l’armée égyptienne. Toutefois, ces découvertes ne sont pas validées par des publications scientifiques évaluées par les pairs ni par des institutions archéologiques reconnues. 

• Des récits parlent de piliers avec inscriptions paléohébraïques ou autres artefacts marquant un lieu de passage. Là encore, aucune inscription ou artefact acceptés par l’égyptologie académique n’atteste formellement cet événement.

• Des vidéos et chaînes Internet présentent des « preuves archéologiques » (roues de chars, structures, territoires identifiés) mais celles-ci ne reposent pas sur des publications scientifiques ou sur le consensus archéologique. Elles doivent être considérées avec prudence. 

La stèle de Mérenptah mentionne Israël comme groupe ou entité en Canaan.

Même si le passage de la mer Rouge lui-même n’a pas de preuves directes, certains éléments indirects ou contextuels sont étudiés par les spécialistes de l’archéologie biblique :

• La stèle de Mérenptah (~1200 av. J.-C.) est une inscription égyptienne mentionnant Israël comme groupe ou entité en Canaan, ce qui donne une indication que ce nom était connu à l’extérieur de la Bible à cette période – bien que cela n’ait aucun lien direct avec l’Exode ou le passage de la mer Rouge. 

• De nombreuses fouilles en Israël et dans le Levant documentent des sociétés locales et migrations humaines, mais rien ne permet de relier clairement ces traces à l’exode massif d’un peuple depuis l’Egypte tel que décrit dans les récits religieux.

Toutefois, quelle que soit l’approche adoptée, le cœur du récit demeure sa signification religieuse et symbolique : il s’agit d’affirmer que la liberté est un don divin et qu’elle exige confiance, mémoire et engagement.

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