Une à une

Par François-Xavier Amherdt | Photo : Pxhere

« Le berger appelle ses brebis une à une et il les mène au dehors. Elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. » (Jean 10, 3-4)

Le discours du « beau » Pasteur, (selon le grec) dans le 4e évangile, constitue le texte de référence lors du 4e dimanche de Pâques chaque année liturgique, où nous prions spécialement pour les « vocations » religieuses, sacerdotales, diaconales et laïques. Jésus berger n’a qu’une préoccupation : celle de toucher le cœur de chaque être humain, car le Père les lui a tous confiés, de nous permettre de déployer nos potentialités dans l’Esprit et ainsi de cheminer à sa suite vers le véritable bonheur. Car mettre nos pas dans les siens nous conduit vers notre épanouissement selon la volonté divine.

Un appel sans exception

Y a-t-il une baisse des vocations, en Europe notamment ? Pas du côté de Dieu en tout cas, qui continue inlassablement d’appeler chacun(e) sans exception, de manière parfois inattendue. Ce qui manque, c’est la possible « re-connaissance » de sa voix : elle est brouillée par les multiples contre-témoignages ecclésiaux, elle est perdue dans le brouhaha de l’indifférence, elle disparaît face aux sirènes technologiques et consuméristes, elle ne trouve plus place au milieu du concert des néo-paganismes de toutes sortes, elle est étouffée par les idéologies et les autocrates, elle paraît trop humble face aux défis postmodernes…

Le loup dans la bergerie

Il revient donc à chaque disciple-missionnaire que nous sommes tous et toutes de la faire retentir. Les mercenaires pullulent. Ils ne chassent pas le loup, mais le laissent entrer dans la bergerie et s’enfuient. Répondre à notre vocation, c’est ainsi nous laisser connaître en profondeur par le Christ, comme il connaît le Père (v. 15) et aller jusqu’à donner comme lui notre vie pour ceux que nous aimons.

Les enclos sont nombreux, les pâturages abondent. Prions donc le Maître du troupeau d’envoyer des gardes pour ses moutons, brebis, agneaux et boucs (Matthieu 9, 37-38), partout à travers le monde, y compris dans nos contrées.

Le droit à l’identité

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, religieux et laïcs de 8 pays se réunissent pour travailler en réseau à la protection des enfants.Ils créent, en 1948, le Bureau international Catholique de l’Enfance (BICE). Il œuvre aujourd’hui à promouvoir et défendre la dignité de chaque enfant, en tant qu’être humain à part entière et sujet de droits.

Par Myriam Bettens | Photo : BICE

L’association, reconnue par le Saint-Siège, œuvre en faveur des enfants en situation de vulnérabilité. Le Bureau international Catholique de l’Enfance (BICE) effectue un travail de recherche, de mise en réseau, de formation, de plaidoyer auprès de l’ONU pour influencer les politiques publiques et met en place des projets de terrain. Alors que l’Assemblée générale des Nations unies adopte en décembre 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme, un groupe de religieux et de laïcs de 8 pays s’unissent pour que le droit des enfants ne soit pas oublié. Ces derniers ne seront entérinés qu’en 1959 par la Déclaration des droits de l’enfant. Le BICE participe activement à l’élaboration de ce texte constituant le socle de ce qui deviendra en 1989 la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).

La CIDE a été signée par 196 Etats, et ratifiée par 195 (à l’exception des Etats-Unis). Un grand nombre de pays possèdent aujourd’hui un code de l’enfant dans leur législation nationale et se sont également dotés d’un défenseur des droits de l’enfant. Bien que les Droits de l’enfant progressent dans le monde, sur le terrain, l’application de ces réglementations n’est pas toujours chose aisée. C’est pourquoi, outre son engagement auprès des instances internationales, le BICE poursuit ses actions de terrain au niveau local pour garantir à tous les enfants le droit à grandir dans la dignité.

Les enfants invisibles

« Soglo a été privée d’école pendant près d’un an. Un an à tourner en rond, livrée à elle-même, ou à aider ses parents dans leurs activités professionnelles. La raison de cette exclusion du système scolaire ? Elle n’a pas été enregistrée à l’état civil à sa naissance ». Sans cette formalité administrative, pas d’existence légale et impossible de continuer les études au-delà d’une scolarisation de base.

Dans la région rurale du sud-est du Togo, cette réalité n’est pas rare. Beaucoup de parents n’ont eux-mêmes pas été scolarisés et ne comprennent pas l’importance d’un acte de naissance. De plus, avant janvier 2022, le coût de cette formalité représentait un frein pour nombre de familles. Le BICE a soutenu entre septembre 2020 et février 2022 le projet d’un de ses partenaires locaux afin d’aider ces enfants dits invisibles à recouvrer leurs droits. 

D’une part, en prenant en charge sur le plan administratif et financier les démarches à réaliser auprès du tribunal puis de la mairie pour obtenir un jugement supplétif d’acte de naissance, afin de les remettre à des enfants jusqu’alors « invisibles », leur permettant notamment de continuer l’école. D’autre part, en menant des actions de sensibilisation auprès des habitants et des chefs communautaires, car la fraude à l’état civil est un autre problème récurrent. 

En effet, certains agents enregistrent les naissances hors délai ou fournissent de faux actes de naissance en échange d’un pot-de-vin. Les parents se retrouvent doublement lésés : ils perdent le peu d’économies qu’ils possèdent en pensant régler le problème et reçoivent en échange un acte qui n’a aucune valeur légale. L’équipe de l’association togolaise sillonne ainsi la campagne pour informer le plus grand nombre que l’inscription à l’Etat civil est désormais gratuite quarante-cinq jours après la naissance et pour redonner aux enfants concernés un jugement supplétif d’acte de naissance. Un soulagement, mais surtout une joie pour ces enfants privés d’identité.

« Contre l’hypocrisie de la médiocrité »

Par Thierry Schelling | Photo : Grégory Roth/cath.ch

« Quand on me dit qu’il y a une congrégation qui attire beaucoup de vocations, je l’avoue, cela me préoccupe », déclarait François au symposium des religieux et religieuses en 2017, car « je m’interroge sur ce qu’il s’y passe ».

De quoi être clair quant à la « crise » des vocations religieuses en Europe notamment : pas le nombre, mais la qualité, condamnant fermement la « traite des novices » : ces congrégations qui, face à la chute des postulants autochtones, partent dans des pays du Sud recruter des jeunes qui n’avaient pas vraiment de vocation religieuse. C’est aussi une forme d’abus !

Qualité !

Il a mis en garde contre « l’hypocrisie de la médiocrité, de ceux qui veulent entrer au séminaire, car ils se sentent incapables de se débrouiller par eux-mêmes dans le monde ». Une hypocrisie qui est « une peste », a-t-il encore asséné.

Réalisme

« Le jour où il n’y aura plus assez de vocations sacerdotales pour tout le monde, le jour où… le jour où ce jour viendra, avons-nous préparé les laïcs, avons-nous préparé les gens à continuer le travail pastoral dans l’Eglise ? », interroge François avec lucidité. D’ailleurs, à prier pour les vocations depuis tant et tant d’années, Dieu a répondu au vu du nombre de femmes et d’hommes qui s’engagent en Eglise, en théologie, en pastorale spécialisée et plus seulement comme catéchistes 1 !

Le pape François élargit la notion de vocation : « Un proverbe de l’Extrême-Orient dit : « l’homme sage regarde l’œuf et voit l’aigle ; il regarde la graine et voit un grand arbre ; il regarde un pécheur et voit un saint ». C’est ainsi que Dieu nous regarde : en chacun de nous, il voit des potentialités, parfois inconnues de nous-mêmes et tout au long de notre vie, il travaille sans relâche pour que nous puissions les mettre au service du bien commun. C’est ainsi que naît la vocation… »

Il y a donc plus que de l’espoir…

1 400 laïcs et 235 prêtres pour le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, à titre d’exemple de la réponse de Dieu à nos prières !

Comment comprendre la baisse des vocations en Europe

Par le Chanoine Philippe Aymon | Photo : Wikimedia Commons

Lors d’une rencontre avec trois pasteurs.es des paroisses réformées de Suisse romande, ces derniers.res partageaient leur souci du manque de relève pour le corps pastoral protestant. J’ai alors fait la proposition suivante : « Il faut peut-être autoriser le mariage des pasteurs.es ? » Mais c’était déjà fait…

J’espère que la question chez nous n’est pas celle du célibat. Dans une société où plus de la moitié des mariages finissent en divorce, sans parler des unions libres qui précèdent le mariage officiel, ne cherche-t-on pas à refiler aux prêtres et religieux « un truc qui ne marche pas » ?

Mais, comme la question est posée, il est possible que le problème ne soit pas les vocations, mais l’Europe. Que reste-t-il de la foi et de l’espérance chrétienne dans ce vieux continent marqué par le confort et la dénatalité ? Dans une société où la spiritualité n’a de valeur que comme quête d’un bien-être supplémentaire, où Dieu est une idée et plus une présence, qui aurait l’idée saugrenue d’embrasser une vocation religieuse ?

De plus, la question des vocations est le « marronnier » de l’Eglise : elle revient régulièrement et lui donne l’occasion de se regarder le nombril, au lieu de regarder la réalité. Elle compte les sorties d’Eglise et refuse de regarder ceux qui y sont sans plus y être. Comment peut-on attraper la vocation quand un enfant arrive à la confirmation, s’il y arrive, en ayant participé à une quinzaine de cours de catéchèse et un peu moins de messes ? La vocation est une rencontre avec le Christ, pas la réception d’un sacrement !

Le problème n’est pas Dieu qui oublie d’appeler ou un manque de générosité du côté de ceux qui devraient répondre. Le problème c’est notre pastorale incohérente, sociologique et vide d’une véritable rencontre avec le Christ.

En quête de sens ?

L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg, à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix.

Michel Racloz, représentant de l’évêque pour la région diocésaine Vaud | Photos : cath.ch, Pixino

Peut-être êtes-vous parmi le grand nombre de personnes en recherche de ce qui peut donner du goût à l’existence et, si possible, une joie profonde. Ou avez-vous des proches, des collègues dans cette situation…

La vie actuelle nous propose à la fois de multiples opportunités, mais également « des pièges ». A mes yeux, un des premiers et des plus redoutables de ceux-ci est la confusion entre ce qui est de l’ordre des besoins et ce qui relève du désir, compris comme élan de vie. Les besoins fondamentaux sont assez vite identifiables : être en bonne santé, avoir un toit, se nourrir, se sentir en sécurité. Malheureusement, un pourcentage important de la population ne peut déjà pas les satisfaire. Etre attentif à autrui et se faire proche de celui qui souffre peut être un chemin d’humanisation mutuelle.

La manière de répondre à ces besoins peut être très variée et relève de sa propre culture. Les multiples messages qui nous parviennent par tous les canaux cherchent à nous influencer et à nous attirer vers certains produits. Nous sommes très, trop sollicités et tout va en s’accélérant. De plus, il y a une tendance à faire croire que des objets et des styles de consommation seront des réponses adéquates aux désirs profonds comme l’amour, l’amitié, la reconnaissance, la réalisation de soi…

Aussi je suggère de prendre du recul, d’être au calme, de ralentir pour s’offrir les conditions d’être à l’écoute de ses aspirations profondes et de ses valeurs essentielles. Le silence, la méditation, le dialogue et la prière sont des atouts essentiels pour « désensabler » notre source intérieure et pour rencontrer Celui qui désire nouer une alliance avec nous. Il nous accompagne dans notre recherche de nos dons propres que nous pouvons partager. Tout en étant attentif aux besoins de base, Jésus nous ouvre un horizon de vie pour combler nos désirs profonds. Nous laisserons-nous bousculer et inspirer par l’Esprit Saint pour vivre chacune et chacun notre vocation spécifique ?

Kairos – le temps favorable

Par Boleslaw Bieniek, curé des paroisses d’Anniviers | Photo : LDD

Aujourd’hui l’Eglise catholique surtout en Europe est confrontée à une grave crise du clergé et à une encore plus grave crise du christianisme. Des études sociologiques nous montrent que de nombreuses raisons ont abouti à ces deux crises. Je suis convaincu que le plus gros problème est l’identité fondamentale de la vocation sacerdotale et par conséquence son rôle dans la société moderne marquée par Chronos et même à l’intérieur de l’Eglise. Le même problème touche nos baptisés, qui sont sacramentalisés mais pas du tout évangélisés. La conséquence est la naissance au centre de l’Eglise d’un groupe appelé par les sociologues NONS. Ce sont des personnes indifférentes, découragées par la religion et en manque de confiance envers l’Eglise institutionnelle. Pour le bien de l’Eglise, je pense qu’il faut réorienter notre modèle pastoral de la paroisse territoriale vers la paroisse personnelle, comme un centre pour la vie spirituelle et sacramentelle où on prie, on cherche et on trouve le sens de la vie. Pour cela, il faudrait adapter la formation des futurs prêtres pour qu’ils deviennent des compagnons de route (à l’image du Christ sur le chemin d’Emmaüs), des conseillers spirituels, des ministres de l’eucharistie, des bergers et des confesseurs. 

Les laïcs pourraient réveiller l’Eglise traditionnelle de sa sieste en se voyant confier un plus grand espace dans la pastorale et ainsi devenir le pont solide entre la société moderne et une Eglise vue comme une communauté dans laquelle on peut trouver le ressourcement spirituel et la vie sacramentelle. Pour moi, l’image de l’Eglise comme une maison où tout le monde se sent très en sécurité et où on trouve les réponses aux questions existentielles, morales, théologiques et philosophiques est à mettre en pratique.

La crise actuelle est une sorte de carrefour avec la possibilité d’une grande ouverture qui aboutira sûrement dans la douleur à une nouvelle forme de christianisme mature. Le Christianisme secoué, réveillé, touché par cette mauvaise passe pourra agir comme un médecin blessé, qui guérira le monde dont il fait partie et c’est une chance réelle pour l’avenir avec la forte conviction que : l’amour et la réconciliation sont les seules forces qui unissent sans détruire. La réforme de l’Eglise devrait être basée surtout sur la théologie spirituelle et avoir ses racines dans l’Evangile, où on trouve une proposition de vie en harmonie avec soi-même, avec la nature et avec Dieu. 

Cette crise c’est aussi un Kairos, ce qui signifie la Chance, pour la société moderne marquée par Chronos (le matérialisme) qui cherche un solide point de repère afin de construire un bon avenir. Kairos, c’est aussi la chance pour l’Eglise de semer de bons grains pour transformer la société de consommation en société « Fratelli Tutti » (tous frères). Kairos, c’est enfin la chance pour ceux qui sont appelés à devenir prêtres de soigner dans l’« Hôpital de campagne » tous les blessés quelles que soient leurs blessures en étant des Bons Bergers de l’Evangile. 

Jeux, jeunes et humour – mai 2023

Par Marie-Claude Follonier

Question jeune

Que fête-t-on le 31 mai ?
L’Eglise commémore la Visitation, autrement dit la visite de Marie, enceinte de Jésus, à sa cousine Elisabeth, enceinte de Jean-Baptiste. Les deux femmes et les deux enfants qu’elles portent « tressaillent de joie ». On retrouve déjà là les trois dimensions constitutives de la Bonne Nouvelle annoncée 30 ans plus tard par Jésus : une charité attentive aux besoins des autres, la joie d’un cœur ouvert au projet de Dieu et la reconnaissance de la mission du Christ.

par Pascal Ortelli

Humour

Il est deux heures du matin. La police, qui effectue sa ronde nocturne, aperçoit sur la voie publique un homme titubant. Arrivés à sa hauteur, les policiers lui demandent ce qu’il fait là à cette heure tardive :

– Je vais assister à une conférence sur les méfaits de l’alcoolisme.

– Une conférence ? A deux heures du matin. Qui peut organiser une conférence à une heure pareille ?

– C’est ma femme !

par Calixte Dubosson

Faut-il comprendre la baisse des vocations ?

Par l’abbé Willy Kenda | Photo : Marie-Paule Dénéréaz

Il y a plusieurs vocations : il faut d’abord considérer celle de l’Église (Mt 16, 18) – dont l’étymologie même signifie « appelée » –, puis celle de tout baptisé (1 Co 1, 2 ; Ep 4, 1.4), avant d’envisager sous ce vocable un engagement personnel dans un état de vie particulier (1 Co 12, 4-13).

De ce point de vue, prier pour les vocations, c’est d’abord et avant tout faire confiance à celui qui a dit : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » (Luc 12, 32)

C’est le courage de prier l’Esprit Saint qui sait agir efficacement avec la faiblesse des faibles et la petitesse des petits, afin qu’il renouvelle son Église, sa famille des petits et des humbles ; c’est en même temps le courage de ceux qui acceptent de se laisser bousculer par le Seigneur dont l’Esprit souffle où et quand il veut, le courage de ceux qui refusent de s’enfermer dans un modèle unique d’être Église !

La baisse des vocations est donc très compréhensible, à condition de ne pas restreindre ce mot « vocation » aux seules vocations des prêtres et des religieux, longtemps considérées comme les seules véritablement dignes de ce nom.

C’est certainement le mystère de renaissance de l’Église par son divin époux qui a dit : « C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor (c’est-à-dire « de la Déroute ») la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte. » (Osée 2, 16-17)

Soldat de la paix

Il est des métiers qui sont bien plus que des métiers. Des emplois dont le niveau d’exigence et les contraintes sont tels qu’ils requièrent, chez ceux qui les choisissent, une bonne dose de foi… Nicolas Rey partage son expérience à la SWISSINT, l’Armée suisse engagée pour des missions de maintien de la paix.

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer, DR

« L’ONU est une organisation assez peu versée dans la religion. »

Lorsqu’on parle de vocation, on pense plutôt à la prêtrise. Les métiers de l’armée ont-ils aussi une valeur vocationnelle ?
Pour ma part, cela a d’abord été un sens du devoir et une volonté de pouvoir expérimenter quelque chose de nouveau, mais je n’ai jamais ressenti cela comme une vocation. La question de faire de ma vie une succession de mission pour l’armée s’est posée, mais ce n’était pas une option. De plus, il faut rester humble, car même si à notre échelle nous essayons de rendre le monde un peu meilleur, sur le terrain il n’est pas toujours évident d’y discerner la présence divine. 

On entend souvent que militaire et chrétien sont deux termes (ou deux statuts) inconciliables. Qu’en pensez-vous ?
Le saint patron de l’infanterie est saint Maurice. Plusieurs autres saints sont associés aux métiers militaires, donc je ne crois pas que cela soit incompatible. Il y a toujours eu un lien entre la notion de combat et le christianisme, bien que l’idée même de violence n’entre jamais, à mon sens, en ligne de compte. Elle est en tout cas quelque chose qu’on se refuse.

De quelle manière la volonté de Dieu s’accomplit-elle quand on est militaire ?
C’est assez… dichotomique (rires). Si nous faisions sa volonté, il n’y aurait pas besoin de soldats de maintien de la paix. En même temps, on pourrait voir une sorte d’intention divine, de pouvoir participer à notre petite échelle à rendre le monde un peu meilleur.

Le drapeau suisse, sous lequel vous officiiez, est une référence claire à la croix christique. Est-ce que cela a de l’importance pour vous ?
Cela a soulevé quelques interrogations, surtout au Moyen-Orient. Je me suis demandé comment cela allait être reçu auprès de nos partenaires musulmans. J’avais l’inquiétude que ces interlocuteurs nous voient en « croisés », mais cela n’a jamais été le cas. D’une part, parce que nous œuvrions sous la bannière de l’ONU et d’autre part, car les Suisses ont une réputation d’ouverture et d’intérêt pour l’autre, tout en essayant d’éviter le « faux pas culturel ». Même si pour moi la foi reste quelque chose de très personnel, l’importance symbolique est autant de nature historique que religieuse.

Etait-il possible de vivre ou de partager votre foi dans l’exercice de vos fonctions ?
Par principe, nous n’abordions pas tellement les questions de foi. Les gens étaient très pudiques à ce sujet, quand bien même nous y étions continuellement confrontés dans les pays où nous étions missionnés. A dire vrai, l’ONU ne permet pas vraiment de vivre sa foi… c’est une organisation assez peu versée dans la religion pour des raisons évidentes.

Les zones de conflits sont des lieux éprouvants physiquement et moralement. En quoi votre foi était-elle une ressource ?
Les voies du seigneur peuvent parfois sembler difficilement explicables ou justifiables, mais elles m’ont amené à grandir. Lors des missions, il y avait des moments éprouvants et aussi de la solitude, mais sentir que Dieu m’était personnellement présent m’a permis de tenir un peu mieux.

L’armée cherche à augmenter de 40 % les effectifs de l’aumônerie. Pensez-vous que les jeunes recrues sont encore sensibles à la dimension spirituelle ?
La dimension spirituelle décrite comme telle, je pense que non. Par contre, l’utilité de l’aumônerie et du soutien spirituel est indéniable. Même si les recrues ne considèrent que rarement que ce soutien est de l’ordre du spirituel. J’ai payé mes galons de capitaine en pleine crise Covid, avec du service ininterrompu. En d’autres termes, personne ne pouvait quitter la caserne. Durant cette période, l’appui de l’aumônerie a été inestimable. Cette orientation spirituelle permet à l’aumônier un rapport beaucoup plus vrai avec les gens. Un psychologue va s’attacher à l’aspect clinique, alors que l’aumônier travaille avec la pâte humaine…

(Auto) bio express

A 31 ans et après un cursus de latiniste helléniste au Collège Saint-Michel de Fribourg, je me suis installé à Genève depuis une dizaine d’années, où j’ai fait mes études en relations internationales (Bachelor et Master). Au bénéfice d’une formation d’officier (capitaine), j’ai pu prendre part à des missions de promotion de la paix en Bosnie-Herzégovine (EUFOR) et au Moyen-Orient (UNTSO), avant de rentrer pour reprendre le commandement d’une compagnie d’infanterie. Je me tourne maintenant vers les métiers de la police.

Vitrail de Jules Schmid, église catholique de Charmey, Fribourg

La chapelle semble rayonner, peut-être pour symboliser l’influence que Nicolas a exercée.

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

Le verrier fribourgeois Jules Schmid a réalisé plusieurs vitraux pour l’église catholique de Charmey. Une première série date de 1938 et une deuxième de 1960, ce qui peut expliquer les différences de style. 

Le vitrail représentant saint Nicolas de Flüe comporte deux registres. Dans la partie basse, le saint est représenté revêtu d’une robe de pèlerin. Il tient un chapelet dans une main et un bâton dans l’autre. C’est ainsi qu’il se serait présenté devant sa famille au moment de faire ses adieux en 1467 pour devenir ermite.

La Suisse du XVe siècle est incertaine et en proie à de nombreux conflits. Pour Nicolas, Dieu est le Dieu de la paix. C’est cette conviction qui l’anime alors qu’il sert dans l’armée. On raconte qu’il combattait l’épée dans une main et le chapelet dans l’autre. 

Le saint est analphabète, ce qui n’empêche pas les puissances européennes de lui envoyer des émissaires pour bénéficier de ses conseils et de sa sagesse. L’épisode le plus marquant est représenté dans la partie haute du vitrail. Le 21 décembre 1481, après plusieurs années de discussion, la Diète de Stans s’apprête à prendre l’épée pour résoudre une querelle qui dure depuis quatre ans. Un conseiller se rend auprès de Nicolas qui lui remet un message de paix à destination des Confédérés. Le texte est consultable sur internet. Il se conclut ainsi : « Gardez-vous de divisions : elles vous détruiraient. Aimez-vous les uns les autres, Confédérés, et que le Dieu tout-puissant vous garde en sa bonté, comme Il l’a fait jusqu’à aujourd’hui. » Beaucoup sont convaincus que le saint a sauvé la Suisse ce jour-là. 

Dans le haut du vitrail, en arrière-plan des Confédérés se serrant la main, la chapelle semble rayonner, peut-être pour symboliser l’influence que Nicolas a exercée sans jamais quitter son ermitage.

Le visiteur attentif notera que le vitrail comporte la mention Bx Nicolas de Flüe. La raison est extrêmement simple. L’œuvre a été réalisée en 1938 et Nicolas de Flüe a été canonisé en 1947. 

« Méditer sur sa mort»

Par Thierry Schelling | Photo : DR

« Je suis devant la porte obscure de la mort », disait Benoît XVI au début de l’année 2022, qui s’acheva sur son trépas. Réalisme d’un nonagénaire, souligné par son successeur, François, qui présida, fait rarissime, ses obsèques 1

Et d’exposer, selon le rituel prévu, mais allégé (car Benoît n’était plus Pontifex regnans), le corps de Ratzinger au vu et au su des pèlerins venus se recueillir. Ou s’interloquer sur cette « exposition macabre », comme l’a titré un journal. C’est vrai, sous nos occidentales latitudes, on est peu habitué à voir des cadavres, même embellis : des os (ossuaires, etc.), oui ; des corps entiers qui ne sont pas des momies, moins…

De fait, « la culture contemporaine du bien-être semble vouloir évacuer la réalité de la mort et de notre finitude ; notre foi chrétienne ne nous dispense pas de la peur de la mort, mais elle nous aide à l’affronter. Et la vraie lumière qui éclaire le mystère de la mort, c’est la résurrection du Christ. » (février 2022) Tout est dit et François de rajouter : « On n’a jamais vu un camion de déménageurs derrière un corbillard ! […] Accumulons plutôt la charité et le sens du partage. »

« Méditer sur sa mort est un exercice des plus enrichissants », assure-t-il. Un exercice propre (mais pas exclusivement) à la Compagnie de Jésus. S’habituer à l’inéluctable permet de « mourir en paix » selon l’expression. « Quelle sagesse dans cette demande », souligne le Pape. Et de rappeler que le « Je vous salue, Marie » se conclut par « Priez pour nous… aujourd’hui et à l’heure de notre mort. » Ou de se tourner vers saint Joseph appelé jadis « patron d’une bonne mort ». 

En effet, Benoît XV s’y référa dans son motu proprio Bonum sane de juillet 1920. Cherchait-il à panser les incommensurables plaies laissées en Europe (notamment) par la Première Guerre mondiale et ses 40 millions de morts ? Tant faire se peut…

1 Pie VII avait présidé en 1802 les obsèques de son prédécesseur Pie VI, mort en exil, mais certes, pas « pape émérite »…

L’ultime passage

Texte et photo par l’abbé Frédéric Mayoraz

Souvent dans les homélies et les célébrations de funérailles, je parle de la mort comme d’un passage. Un passage qui implique qu’il y ait un avant, un pendant et un après. Ces mots n’ont pas pour but de dédramatiser la mort, même Jésus était triste à la mort de son ami Lazare. D’ailleurs, la mort est un mystère que de simples mots ne peuvent appréhender totalement. Mais pour nous en approcher, nous sommes invités chaque année à suivre le Christ à travers le mystère Pascal et c’est pour nous l’occasion d’essayer de donner un sens à la mort, ou tout du moins, d’avancer dans la compréhension de ce mystère. 

Antoine de Saint-Exupéry écrivait dans « Terre des hommes » que ce qui donne un sens à la vie, donne un sens à la mort. Et la littérature regorge de livres traitant la mort sous cet angle : « Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix. » 

Avant, pendant et après… et sur ce chemin, il ne faut pas se le cacher, il y a la peur, la peur de l’inconnu, la peur de devoir vivre ce passage seul. Mais si nous avons foi en Dieu et en ceux qui nous entourent, et avec qui nous partageons notre vie, nous ne sommes pas seuls pour franchir ce passage vers l’après et rappelons-nous que comme le dit si bien ce chant : « Il restera de nous ce que nous avons donné… » 

En effet, pour ceux qui sont appelés à laisser partir ceux qu’ils ont aimés, ce moment est certes vécu comme une absence, un vide, mais il serait beau de le voir plutôt comme une « différence de présence » qui se vit dans les souvenirs et les valeurs transmises. Alors appliquons-nous à bien vivre ici et maintenant pour qu’au moment de « passer les ravins de la mort », nous soyons heureux et en paix en voyant Celui qui nous guide et nous conduit dans l’avenir qui nous est promis. Bonne montée vers Pâques à tous.

Pâques, fête de la Mort…

La croix n’est plus seulement un instrument de supplice, mais l’arbre de vie qui fleurit encore aujourd’hui.

L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg, à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix.

Par Céline Ruffieux, représentante de l’évêque à Fribourg
Photos : cath.ch, DR

Pâques, fête de la Mort… sans tabou, avec la cruauté, avec la douleur, avec le sang et l’agonie. On ne tait rien de la souffrance de ce Jeune Homme condamné par la vanité de quelques-uns, à un supplice tellement violent que les Romains l’avaient interdit – c’est dire ! Chaque année, à deux reprises au moins, les chrétiens se plongent dans ce récit, mot après mot. Chaque année, on se demande comment on va aborder le sujet avec les enfants. Et alors, quelqu’un propose d’en faire l’impasse – « c’est compliqué quand même, d’en parler aux plus jeunes… Ce n’est pas adapté à leur âge et qu’est-ce que ça apporte vraiment ? Autant se concentrer sur la Résurrection, sur la Vie ! ». Et chaque année, pourtant, ce récit de la Passion prend vie, avec parfois toute une mise en scène, d’une procession avec les Rameaux au dernier souffle conté à plusieurs voix, avec musique de circonstance et vénération de la croix.

Le pape François répète à plusieurs reprises que « la compassion est le langage de Dieu1 ». Osons donc ce vocabulaire tellement riche d’incarnation, tellement plein de ce Dieu qui fit don de son Fils, vrai Homme et vrai Dieu. Compassion, Passion, deux mots qui trouvent leur origine dans le grec pathos : c’était la souffrance physique d’abord, puis le sens a glissé vers la souffrance psychique, celle qui dévore, qui aveugle. Et pourtant, ce « souffrir avec » de la compassion nous permet d’inverser la perspective de la souffrance. « O Crux ave, spes unica, Hoc Passiónis tempore, Auge piis justitiam… » (Salut ô Croix, (notre) unique espérance. En ces temps de Passion, fais grandir l’esprit de justice des gens de bien) nous dit bien que la croix n’est plus seulement un instrument de supplice, mais bien l’arbre de vie qui nous a donné le fruit le plus fécond, d’une fécondité qui fleurit encore aujourd’hui.

1 Par exemple : 17 sept. 2019 – Pape François. Méditation matinale en la chapelle de la maison Sainte-Marthe. La compassion est un acte de justice. Mardi 17 septembre 2019.

De Bramois à Rome

Les pèlerins dans la basilique Saint-Pierre.

Pèlerinage paroissial à Rome de la paroisse de Bramois – Carnet de voyage

Texte et photos par Jean-Paul Micheloud

18.02. Départ de Sion. Tout le monde se retrouve en gare de Sion pour embarquer dans le train en direction de Rome. En tout 33 personnes dont 8 enfants. L’ambiance est bonne et nous faisons connaissance en prenant place dans le train. Tout le monde est présent pour le voyage.

Cheminement sans souci jusqu’à Milan où le train arrive à l’heure. Un petit miracle… Nous faisons une pause en attendant notre correspondance. La deuxième partie de notre périple se passe bien et notre train fait des pointes de vitesse à presque 300 à l’heure.

Nous arrivons à Rome à 14h50 comme prévu. La température est agréable (environs 15 degrés). Un car nous conduit à notre pension, la casa di Accoglienza Tabor. Nous prenons possession de nos chambres et tout de suite nous partons pour la visite de la caserne des gardes du Pape. Florent et Martin nous accueillent et nous font visiter les lieux. Leurs explications sont précises et passionnées. Après des détails sur les couleurs des uniformes et leur évolution, nous pouvons visiter l’armurerie où d’anciens costumes entourent les armures et les fusils parfaitement entretenus. On a même l’occasion de voir les différentes manières de saluer les autorités religieuses et de tenir une hallebarde entre nos mains. Les gardes suisses bénéficient maintenant d’une cantine pour prendre tous leurs repas durant le service. Rejoints par Baptiste, ils vont enfiler leurs costumes et reviennent vers nous pour quelques photos. Après un apéro offert dans leur cantine nous partons souper à la Casa Bonus Pastor. Fatigués mais heureux, nous rentrons nous reposer. La pension est très sécurisée, signe qu’il peut y avoir des brigandages dans la région. Il est interdit de quitter sa chambre après minuit par exemple et tout le monde doit être rentré à cette heure sous peine de devoir passer la nuit dehors.

19.02. Le dimanche commence par un déjeuner et ensuite nous partons célébrer la messe dans la chapelle des gardes du Pape. Nous sommes droit dessous la fenêtre où le Pape célèbre l’Angélus. Certains partent sur la place Saint-Pierre pour voir le Pape en direct. Après un dîner à la même adresse qu’hier soir, la fin de journée est libre pour tout le monde.

20.02. Après une messe à la chapelle de la pension, nous partons pour Castel Gandolfo. Après environ 50 minutes de car, nous arrivons à la résidence secondaire des papes en exercice, le pape François y va rarement mais ses prédécesseurs venaient régulièrement s’y reposer. Nous avons la chance de pouvoir visiter le palais apostolique, les appartements du Pape et les jardins du domaine. Le bâtiment regorge de portraits de différents papes et un appareil auditif nous permet d’en savoir plus sur certains des 266 papes qui ont gouverné l’église. La surface du domaine est de 50 hectares et bien plus grande que la Cité du Vatican à Rome. Dans les jardins aussi nous bénéficions d’une aide auditive en français. Le mois de février n’est pas le meilleur mois pour profiter des beautés de ces jardins, en effet les rosiers sont taillés et il n’y a que certains arbres qui ont conservé leurs feuilles. On mange dans le village et on déguste diverses sortes de pizzas. 

Après le dîner, nous visitons les catacombes (cimetières communaux) de Saint Calixte, Geoffrey notre guide nous raconte plein d’anecdotes concernant ce site… et qu’il connaissait bien le Cardinal Schwery ! C’était le cimetière officiel de l’église de Rome au IIIe siècle. Un demi-million de chrétiens sont enterrés ici dont des dizaines de martyrs et 16 papes. Les premières inscriptions se faisaient en grec qui était la langue officielle de l’Eglise en ce temps-là. 

Le site est situé sur de la roche de type tuf ce qui permet de creuser plus profond lors d’un nouveau décès. Un trou de la taille du mort était creusé dans la paroi, on enduisait le cadavre de chaux, on l’insérait dans la cavité, on scellait une pierre en marbre avec des inscriptions pour étancher la tombe et on plaçait une lampe à huile pour que les proches puissent se recueillir devant.

21.02. On se lève de bonne heure, après un rapide déjeuner on rassemble nos valises et on part pour la messe à la basilique Saint-Pierre à 7h30. Nous avons la matinée pour visiter plus en détail cette superbe bâtisse et faire les achats qui nous intéressent. Après un pique-nique dans les jardins de la pension, nous prenons le car en direction de la gare Rome Termini. Le départ de Rome est prévu à 13h50, après une rapide escale à Milan (16h58-17h20) nous arrivons à Sion à 19h50.

Ici s’achève notre périple paroissial au Vatican…

Jeux, jeunes et humour – avril 2023

Par Marie-Claude Follonier

Question jeune

Qu’est-ce que l’octave de Pâques ?
Comme dans l’Eglise on aime bien faire la fête, un seul jour pour commémorer l’inouï de la Résurrection du Seigneur est bien trop peu. On prolonge ainsi la fête toute la semaine, appelée « octave », après le dimanche de Pâques et on continue de porter les habits liturgiques blancs durant les 50 jours du Temps pascal jusqu’à la Pentecôte.

par Pascal Ortelli

Humour

Deux grands-mères parlaient ensemble de leurs petits-enfants.

L’une dit : 
– Chaque année, j’envoie à chacun de mes petits-enfants une carte avec un généreux chèque dedans. Pourtant, je n’entends plus parler d’eux, pas même un merci ou une visite.

L’autre dit : 
– Je fais la même chose que toi, mais dès la semaine suivante, ils viennent tous me rendre visite et me remercier.
– Vraiment ? dit la première, comment c’est possible, comment fais-tu ?
– Quand je leur envoie le chèque, je ne le signe pas !

par Calixte Dubosson

Les Vendredis saints de nos vies

Mgr Morerod constate, en examinant la vie des saints, qu’ils ont presque tous eu « des nuits de la foi ».

Lorsqu’il n’y a plus que le vide dans notre existence comme dans le tombeau du matin de Pâques, nous touchons peut-être là le vrai mystère de la Résurrection…celui d’une présence qui pourtant soutient encore et fait avancer. Avec l’humour qui le caractérise, Mgr Charles Morerod nous parle de l’espérance radicale que porte Pâques.

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer

En tant que croyant, que représente Pâques pour vous ?
En tant qu’évêque, je suis aussi croyant (rires). C’est la Résurrection du Christ… qui implique également la nôtre. Il n’est pas venu ni n’est mort pour Lui-même, mais pour que nous puissions vivre et soyons avec Lui éternellement. Cela parce qu’Il nous aime.

Comment, entre un papa protestant et une maman catholique, se vivaient les fêtes de Pâques de votre enfance ?
Nous n’y mettions pas tellement l’accent. A vrai dire, je n’en ai pas de souvenir particulier. J’allais certainement à la messe le jour de Pâques, mais comme avant d’avoir vingt ans, j’ignorais que la Semaine sainte existait, cela me paraissait un dimanche comme les autres. Si ce n’est que je savais que c’était Pâques.

Nous savons ce que Pâques signifie. Or, la vie comporte aussi son lot de « petites Pâques », entendez par là de « petites morts et de résurrections ». Quelle serait une des Pâques de votre vie ?
Oh… j’espère qu’il y en a plus d’une ! Je reste marqué par ce que je pourrais qualifier de petit Vendredi saint. Je marchais sur un trottoir à Fribourg et j’ai vu que celui-ci se terminait. Je m’apprêtais à en descendre et assez curieusement je me suis dit : « Non pas maintenant. » Une fraction de seconde après, une grosse moto a passé à toute vitesse à côté de moi. Là, j’ai pensé : « Tiens, ma vie continue. »

Et de petites Pâques en tant que telles ?
Vu que c’était une non-mort, on peut la comprendre comme une forme de résurrection… L’expérience d’avoir accepté ma vocation, ça m’a obligé à vivre autrement. J’ai vraiment eu l’impression d’une irruption de Dieu dans ma vie… mais pas de manière telle que j’aurais dû commencer par être « à peu près mort » (rires). J’observe aussi des Pâques chez d’autres. Des personnes dont la vie reprend. Cela arrive par exemple lorsque les gens se confessent. Tout d’un coup, un poids se lève de leurs épaules et c’est très frappant.

En bonne protestante, je ne vais pas très régulièrement me confesser…
Vous le regretterez, certainement plus tard, (ndlr. Mgr Morerod est pris d’un fou rire communicatif). En attendant, profitez bien de la vie ! (rires)

Le tombeau vide du matin de Pâques peut aussi représenter, pour le croyant, cette tension entre présence et absence de Dieu…
Oui, absolument. Il y a des moments où on s’interroge et c’est normal dans le dialogue avec Dieu de lui dire : « Tu respectes notre liberté, c’est très bien, mais est-ce que Tu ne pourrais pas, parfois, la respecter un peu moins ? » (sourires)

Lorsqu’on Le laisse causer, est-Il plus bavard ?
Pas nécessairement. On voit dans la vie des saints qu’ils ont presque tous eu « des nuits de la foi ». Ces périodes parfois très longues marquées par l’impression que Dieu n’existe pas ou en tout cas n’est pas là. Ils interprètent ce silence en termes de : « Il veut voir si c’est Lui que nous aimons ou seulement ce qu’Il nous donne. »

Beaucoup de croyants préféreraient éliminer le Vendredi saint et ne voir que le côté festif et heureux de la Résurrection. D’ailleurs, dans plusieurs cantons, ce n’est pas un jour férié…
Oui, mais ce n’est pas l’Evangile. Il y a aussi des Vendredis saints dans l’existence humaine. Alors, une foi dont on aurait éliminé le Vendredi saint, qu’est-ce qu’elle a à dire à des gens qui se trouvent eux-mêmes dans ce Vendredi saint ? La foi donne une espérance radicale, même si on ne voit pas toujours très bien où on va. Si l’on croit que Dieu est présent, cela change la donne et ça, c’est aussi une expérience de Pâques. Cela ne veut pas dire qu’être croyant rend la vie facile.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Certainement Pâques ça… (rires)

Descente de croix, Collégiale Notre-Dame-de-l’Assomption, Romont

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

Parmi les œuvres extraordinaires de la Collégiale de Romont se trouve un décor peint du XVIIe siècle. Il représente une descente de croix qui nous invite à méditer cet « entre temps » entre la mort et la Résurrection.

La composition de l’œuvre épouse l’architecture. Le mouvement nous entraîne dans la partie haute, sous l’arc brisé, en passant de l’obscurité à la lumière. 

Dans les parties basses, les anges portent les instruments du supplice, ou Arma Christi. A la droite du visiteur, les clous et la lance (Jean 19, 23. 34). A la gauche du visiteur, la colonne sur laquelle Jésus a été attaché et le fouet (Jean 19, 1). Ces objets mettent en évidence deux temps de la Passion : d’un côté la mort et de l’autre les outrages survenus pendant les étapes du procès. 

Le second registre fait place à de nombreux personnages. Tout à droite, sainte Véronique présente le Voile de la Sainte-Face. Elle fait le lien entre la condamnation et la crucifixion. En effet, si l’épisode n’est pas attesté dans la Bible, la tradition tient que Véronique a essuyé le visage du Christ alors qu’Il portait la croix.

Aux pieds de Jésus se trouve Marie-Madeleine. Sa chevelure est particulièrement soignée. Avec elle, plusieurs des femmes représentées tiennent des mouchoirs. Elles rappellent la parole du Seigneur : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur Moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants. »(Luc 23, 28) Laissons-nous interroger par cette interpellation : quelles sont nos émotions devant la croix ? Sommes-nous à la place de Marie-Madeleine qui ne voit que le corps de celui qui n’est plus ? Sommes-nous comme le personnage tout à gauche (probablement le donateur) qui est certes à genoux, mais loin de la scène et loin de la lumière ? Ou sommes-nous comme Marie qui n’a pas peur de s’approcher de la réalité de la Passion. Elle porte le corps de son Fils, ne faisant pas l’économie de la mort. Mais, elle est dans la lumière.

Et là est peut-être l’apport le plus intéressant de l’œuvre. La partie la plus lumineuse est celle où se trouve la croix. L’obscurité qui a recouvert la terre (Matthieu 27, 45) se dissipe pour faire place à la Victoire. Une victoire déjà là et pas encore.

De Prague à Wislikofen

Des jeunes de divers cantons romands profitent de cet espace de liberté pour évoquer un sujet qui les intéresse. Rencontre avec la Vaudoise Malika Schaeffer. 

Malika Schaeffer.

Par Malika Schaeffer
Photos : cath.ch / Bernard Hallet, DR

Depuis près de deux ans, les catholiques du monde entier sont appelés par le pape François à vivre une démarche synodale, c’est-à-dire à cheminer ensemble (le mot « synode » vient du grec synodos signifiant « le chemin commun ») pour découvrir et discerner ce que Dieu attend de l’Eglise du IIIe millénaire. Un projet à la fois ambitieux, stimulant et porteur d’espérance dans une société dans laquelle les questions religieuses suscitent bien souvent des réactions contrastées. 

Ce « chemin commun », j’ai eu la chance de l’expérimenter de manière concrète comme déléguée en ligne et en compagnie de dix autres délégués suisses dans un ancien couvent bénédictin à Wislikofen (AG) et dans le cadre de l’étape continentale du Synode. Cette étape a réuni à Prague, du 5 au 9 février dernier, 39 régions d’Europe, 150 participants (dont 3 Suisses !) et plus de 500 délégués en ligne pour échanger et débattre autour de l’avenir de l’Eglise. 

Ce condensé d’expérience synodale s’est révélé être un apprentissage intense d’écoute et de décentrement. Derrière mon écran, je me suis en effet trouvée devant une Europe mosaïque, dans laquelle notre Eglise présente une grande diversité d’idées et de mentalités. Toutes vivent cependant une prise de conscience profonde et bouleversante de leurs fragilités, notamment celles liées aux abus. 

En compagnie des autres participants, je vis chaque jour et en direct un déplacement salutaire, émouvant et parfois révoltant. L’Esprit Saint est invité et plane au centre des réflexions, car un consensus se dégage : il est nécessaire que l’Eglise reconnaisse rapidement la vocation et la dignité de tous les baptisés et de tous les charismes. Sans craindre de se briser, l’Eglise devra désormais avoir le courage de vivre avec une série de tensions nécessaires et inévitables dans notre monde sécularisé pour, telle une fine équilibriste, « être dans le monde sans être du monde ».

Les végétaux connectés

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

Cicéron montre que le terme religio (religion) vient de legere (« cueillir, ramasser ») ou encore religere (« recueillir, récolter »). Nature et religion sont donc liées et ne sont rien sans le vivant : les dernières recherches scientifiques sur les végétaux nous indiquent qu’ils possèdent un langage, une communication, qui en fait des êtres vivants à part entière faisant partie intégrante du monde religieux.

Quels sont les éléments principaux du langage des plantes ?

Les couleurs et les formes

Nous savons que les fleurs violettes ou bleues attirent plus facilement les abeilles, car celles-ci perçoivent très bien les couleurs dans cette partie du « spectre visible ». Les fleurs blanches en revanche sont plus visibles la nuit et attirent les papillons de nuit. 

La chimie

Les plantes envoient et reçoivent des signaux souvent au moyen de composés organiques. Il s’agit d’informations destinées à les protéger, elles ou leurs congénères, ou à permettre leur reproduction. Dans le sol, les poils fins des racines des plantes peuvent par exemple reconnaître les signaux chimiques d’autres plantes. Les racines de certaines plantes cessent de croître dans la direction de leurs congénères. Des arbres et d’autres plantes vivent en symbiose avec les champignons : les champignons rendent les aliments difficilement disponibles dans le sol accessibles pour la plante, qui en retour produit dans ses feuilles des composés organiques qu’elle met à disposition des champignons comme nourriture via ses racines. Ce réseau relie même des plantes entre elles. Par exemple, les haricots peuvent avertir leurs congénères s’ils sont attaqués par des pucerons, via le réseau de racines et de filaments de champignons, afin que les haricots sains puissent produire aussi les substances de défense correspondantes.

Les sons

Les racines font des sons en émettant des bruits dans la fréquence des ultrasons. La question que se posent les scientifiques est de comprendre comment les autres végétaux peuvent capter ces signaux sonores. Une telle découverte nous permettra d’enrichir notre approche de la communication entre les êtres vivants en incluant les végétaux. 

Retrouvons le dialogue avec les végétaux : les végétaux nous donnent une leçon d’humilité, nous rappelant que l’être humain n’est pas le sommet du monde vivant, mais une composante de la vie. Comme saint François d’Assise, nous disons : « Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour sœur, notre mère la Terre, qui nous soutient et nous gouverne et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe. »

Un symbole de réunification

C’est un pays meurtri par près de 60 ans de guerre civile que le pape François a visité lors de son voyage apostolique, en 2017. Lors d’une rencontre de prière, il a exhorté la Colombie à la réconciliation et a honoré la mémoire de Pedro Maria Ramirez Ramos. Ce prêtre, mort à cause de sa foi, fait partie des huit millions de victimes du conflit.

Portrait de Pedro Maria Ramirez Ramos lors de la célébration de béatification.

Par Myriam Bettens | Photo : Citizenship Word

Pedro Maria Ramirez Ramos n’avait que 49 ans. Le 10 avril 1948, il est trainé sur la place centrale de la ville d’Armero, où il dirige une paroisse. Les insultes des insurgés fusent. Ils ne veulent pas seulement tuer le prêtre, mais réclament pour lui une mort douloureuse et spectaculaire. 

Fosse anonyme

Après avoir été lynché, son corps frappé à coups de machette a été laissé sur place jusque tard dans la nuit. Il a ensuite été dépouillé de ses attributs religieux et traîné à l’entrée du cimetière, dans une fosse anonyme : les fidèles ayant été empêchés de lui offrir une sépulture chrétienne.

Le crime du père Ramirez ? Alors que de violents affrontements font rage entre conservateurs et libéraux, déclenchés par la mort du dirigeant libéral Jorge Eliecer Gaitan à Bogota, des émeutes éclatent à Armero. 

Le prêtre est pris à parti par les partisans de Gaitan qui accusent l’Eglise de soutenir les conservateurs aux dépens des libéraux. Le maire de la ville lui avait conseillé de fuir pour préserver sa vie. Pedro Maria Ramirez Ramos refuse d’abandonner ses fidèles et les religieuses d’Armero à leur sort. Il paie ce choix de sa vie et pourtant il pardonne. Avant que ses bourreaux ne l’achèvent, des témoins l’entendent dire : « Père, pardonne-leur… tout pour le Christ. »

Une foi vécue avec « héroïsme »

Les restes de sa dépouille, exhumés un mois plus tard par sa famille, sont aujourd’hui au cimetière de La Plata, son village natal, à environ 400 km d’Armero et devenu un important lieu de pèlerinage. 

En le béatifiant lors de la visite apostolique du pape François, en 2017, l’Eglise a reconnu une foi vécue avec « héroïsme » et une mort en « haine de la foi ». Le pontife a également exhorté à la réconciliation nationale après plus de soixante ans de guerre civile.

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