Les idoles: une réalité?

Presque tout le monde, dans sa jeunesse, veut ressembler à un modèle qui rayonne dans le domaine qui lui est cher. Arrive pourtant le jour où un choix doit être posé : Dieu, qui peut donner à la personne humaine un avenir éternel, ou les idoles, qui s’effaceront avec le temps.

Par Calixte Dubosson
Photos : unsplash, flickr, dr

Une idole, nous dit le dictionnaire, est une chose ou une personne qui fait l’objet de vénération ou de culte. Presque tout le monde, dans sa jeunesse voulait ressembler à un modèle qui rayonnait dans le domaine qui lui était cher. Je me suis un temps identifié à la grande vedette de football Johan Cruyff en laissant pousser mes longs cheveux, comme mon idole. De tout temps, la personne humaine a besoin de protection. L’enfant se réfugie dans les bras de ses parents, car il est sûr d’y trouver assistance et protection. Devenu adulte, en prise avec des éléments qu’il ne parvient pas à maîtriser, il se tourne vers des valeurs surnaturelles ou spirituelles.

Un exemple : le veau d’or

C’est dans le livre de l’Exode que nous pouvons trouver un exemple de cette difficulté qu’a la personne humaine de croire à l’invisible. L’homme aime ce qui est concret, qui se laisse toucher. Voilà pourquoi, quand Moïse passe 40 jours et 40 nuits sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi données par Dieu, le peuple perd patience et se fabrique une idole sous la forme d’un veau d’or. Ils lui rendent un culte, ce qui attire la fureur de Moïse. (Ex 32)

Les idoles de ce temps

Si nous replongeons dans l’actualité, il faut admettre que c’est l’argent et tout ce qu’il représente qui est le nouveau veau d’or. Saint Paul, à la suite de Jésus, ne dit-il pas que « la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6, 10) ? Le prestige, la volonté de domination trouvent des adeptes un peu partout dans le monde. Les guerres sont là pour le justifier. Certains prétendent que ce sont les religions qui sont à la base des conflits. C’est plutôt la religion qui est utilisée comme prétexte pour encourager les conflits qui ne visent que la victoire sur l’adversaire en faisant des milliers de victimes.

Nous pouvons aussi relever, dans un contexte moins dramatique, la puissance d’attraction des masses par un chanteur, une chanteuse, des comédiens. En son temps, Johnny Hallyday était surnommé l’idole des jeunes. Les sportifs de haut niveau sont adulés et l’exploit est de pouvoir s’en approcher et de recevoir un autographe. Ce phénomène est assez significatif pour expliquer la volonté de pouvoir qui se cache derrière ces manifestations. Si j’ai touché la main de Ronaldo, je serai un jour comme lui, ce qui arrive rarement ou pour ainsi dire jamais.

La mort de Maradona ne provoque pas la fin du culte de sa personne, bien au contraire.

Maradona

Restons dans le monde sportif pour évoquer un exemple unique au monde. Nous le devons à Diego Maradona. De son vivant, on a fondé ce qu’on appelle l’Eglise maradonienne. Elle a été créée en 1998. Elle possède actuellement entre 80’000 et 100’000 adeptes dans plus de soixante pays. L’Eglise possède son décalogue. Parmi les dix commandements, figurent : 

• « diffuser les miracles de Diego partout dans le monde »

• « ne pas invoquer Diego au nom d’un seul club »

• « porter Diego comme deuxième prénom et le donner à ton fils ».

Le baptême consiste à marquer un but de la main gauche dans une cage fictive, en mémoire « de la main de Dieu » (Maradona a marqué un but de la main contre l’Angleterre), puis en une bénédiction sur la Bible, ici l’autobiographie de Diego Maradona. Diego Maradona décède le 25 novembre 2020 d’un arrêt cardiaque, ce qui modifie l’objet du culte, passant d’une figure d’admiration vivante à une figure morte. Sa mort ne provoque pas la fin du culte de sa personne, au contraire, le nombre de croyants est toujours fort. On a fait de Maradona un dieu avec ses rites et son culte. Arrive pourtant le jour ou un choix doit être posé : Dieu qui peut donner à la personne humaine un avenir éternel ou les idoles qui s’effaceront avec le temps.

En chrétienté

L’idolâtrie existe encore de nos jours. Dans bien des religions, on adore de faux dieux, dont certains se font des images, et d’autres, non. L’idolâtrie est toutefois une question de cœur. Par conséquent, le chrétien peut aussi y céder et pécher. Voilà pourquoi l’apôtre Jean a dit : « Petits enfants, gardez-vous des idoles. » (1 Jean 5.21)

Tout ce que nous aimons plus que Dieu constitue une idole, à un degré ou à un autre. Nous révélons notre attachement à une personne ou à une chose par le temps que nous lui réservons, les sacrifices que nous lui consentons et l’argent que nous lui consacrons. Les idoles nous empêchent de nous vouer entièrement au service de Dieu et nous poussent à croire que nous pouvons trouver la satisfaction et le contentement en elles, plutôt qu’en lui. Il est inutile de tenter de nous sevrer de nos idoles jusqu’à ce que nous priorisions le Seigneur. Si nous nous y essayons, nous découvrirons qu’une nouvelle idole remplace l’ancienne aussitôt que cette dernière est partie. Pour vaincre l’idolâtrie, il faut apprendre à aimer davantage le seul vrai Dieu et sa Parole. Quand il occupe tout notre cœur, il n’y reste plus de place pour les faux dieux.

De l’admiration à l’idolâtrie

Nous ne pouvons pas passer sous silence le phénomène des abus dans l’Eglise pour montrer que l’admiration peut hélas conduire à l’idolâtrie. A tous les abus commis par des personnes sans notoriété majeure s’ajoutent ceux dans lesquels sont impliquées des « figures » que beaucoup de chrétiens, dont les médias catholiques, avaient imprudemment valorisées et investies comme les porteurs d’un nouveau printemps pour l’Eglise : Thomas Philippe et Jean Vanier (l’Arche), père Marie-Dominique Philippe et sœur Alix (la Communauté Saint-Jean), frère Ephraïm (les Béatitudes), Thierry de Roucy (Points-Cœur), Georges Finet (Foyers de charité)…

L’abbé Pierre a généré une forme d’idolâtrie qui rend encore plus incompréhensibles les agissements qui ont été révélés.

C’est maintenant au tour de l’abbé Pierre, qui a été adulé bien au-delà du cercle chrétien. En témoigne son « élection » de nombreuses années comme « personnalité préférée des Français ». Adulé ? Il serait plus juste de parler, pour lui comme pour les autres figures, d’une forme d’idolâtrie qui rend encore plus incompréhensibles les agissements qui sont révélés.

« Moi qui, pourtant, ai toujours eu suffisamment de distance pour ne jamais sombrer dans l’idolâtrie, devant lui j’ai été tenté de m’incliner et de m’agenouiller » ; ainsi parlait un journaliste français après sa
rencontre avec Mandela. 

La nécessaire et saine désillusion

L’idole est la projection de nos aspirations. Elle se portera sur une star, un sportif, une personnalité politique, un parent, mais aussi possiblement sur un désir, une opinion, une idéologie, une mode ou une religion. Et cette tendance est si naturelle que nous n’avons pas toujours conscience d’être engagés dans une relation idolâtrique. Il faut donc désacraliser ce qui n’est qu’un objet ou une personne. C’est une désillusion, mais elle est nécessaire et vitale. En conclusion, je rapporte cette magnifique citation de Jean Guilhem Xerri, médecin et psychanalyste : « Pour ma part, conscient qu’il y a toujours tapi en moi ce besoin d’idolâtrer, et donc de me fourvoyer, je vois deux règles à suivre. D’abord, je privilégie l’estime à la vénération. Ensuite, à l’idole, je préfère l’icône. Si la première sature le manque, fixe le regard et attache à elle-même, la seconde ne fige jamais dans le visible. Elle renvoie à un autre, elle ouvre vers un mystère, elle fait remonter le regard vers le cours infini de l’invisible. »

La foi dans le Dieu vivant

Un extrait du psaume 113 nous invite à mettre notre foi dans le Dieu vivant plutôt que sur des objets : « Notre Dieu, il est au ciel. Les idoles des païens sont or et argent, ouvrages de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas. Leurs mains ne peuvent toucher, leurs pieds ne peuvent marcher, pas un son ne sort de leur gosier ! »

La chapelle de Maradona et les veaux d’or

Pour certains, le but irrégulier de Maradona a vraiment été marqué avec « la main de Dieu ».

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Il n’y a pas besoin de chercher très loin dans notre société contemporaine pour y découvrir des idoles érigées en espèces de divinités : pensons à la chapelle élevée en Argentine en l’honneur de Diego Maradona, comme si son fameux but irrégulier avait été vraiment marqué avec la « main de Dieu », quand nous voyons dans quelle déchéance il a fini sa vie. Il en va de même pour les stars de la pop musique, tels Michael Jackson, Prince ou tant d’autres, dont les fans ne peuvent qu’être déçus de l’aboutissement de la trajectoire. 

Le veau d’or

Le phénomène de l’idolâtrie, exemplifié dans les Ecritures par l’épisode du veau d’or fondu par le peuple d’Israël et fêté à la place du Seigneur libérateur d’Egypte (Exode 32), était si présent chez les membres de la nation élue que le premier commandement du Décalogue lui est dédié : « Israël, tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne te feras aucune image sculptée. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas. » (Exode 20, 3-5a) C’est pourtant ce que fait la nation sainte : la tentation est tellement grande de pouvoir disposer de divinités à notre image, de réussir ainsi à mettre la main sur elles afin de recevoir leurs bonnes grâces, à coup de sacrifices destinés à les amadouer ! 

Idoles d’hier et d’aujourd’hui

Avec certains dictateurs actuels, on a l’impression qu’il convient de trouver le moyen d’abord de flatter leur ego, de telle sorte qu’on puisse ensuite tout obtenir d’eux… Israël était entouré de tribus pratiquant des cultes aux faux dieux que la Bible appelle les « baals » (terme qui signifie « maître » en hébreu) et dont elles pensaient gagner les faveurs de façon à bénéficier de la fécondité de la terre.

Ce qui caractérise les idoles d’autrefois comme d’aujourd’hui, c’est qu’elles exigent de notre part un total attachement à elles, si bien que ce n’est qu’en acceptant une pareille aliénation que nous croyons parvenir à nos fins. Avant de nous rendre compte que tout cela n’était que du vent. Seul le Dieu Père de Jésus-Christ mérite d’être « adoré ». Pour le reste, si nous allons au-delà de l’estime raisonnable, nous risquons de nous retrouver « Gros-Jean comme devant ».


A bas l’idole!

Par Thierry Schelling | Photo : unsplash

C’était en 2018, lorsque le pape François a décortiqué le thème de l’idolâtrie en commentant le Premier commandement du Décalogue. Stimulant de le relire.

« Un Dieu, c’est ce qui est au centre de sa vie, dont dépend ce que l’on fait et ce que l’on pense ; une idole, en revanche, est une « divinisation de ce qui n’est pas Dieu », une « vision » qui confine à l’obsession, une « projection de soi-même dans des objets ou des projets ». Voilà en substance une définition claire. Pour la paraphraser, l’idolâtrie, c’est une vie faussée à côté de la vraie vie : « Les idoles promettent la vie, mais en réalité, elles l’enlèvent. Le véritable Dieu ne demande pas la vie, mais la donne, l’offre. » »

La prière contre le tarot !

Et de lister des exemples : la carrière au prix d’une vie de famille épanouie ; le culte outrancier de la beauté du corps qui réclame des sacrifices inouïs – de beaux ongles plutôt que d’acheter des fruits – ; la renommée enflée par les réseaux sociaux qui n’ont ni foi ni loi en l’humain, mais uniquement aux nombres de like ; la cartomancie dans un parc de Buenos Aires (où il était évêque) et les lignes de la main lues par des charlatans (François ne mâche pas ses mots !), sans parler de l’argent, du profit ou de la drogue.

Qui est mon Dieu ?

François continuait : « Qui est ton dieu, dans le fond ? » Et de ne proposer qu’une alternative : « Est-ce l’amour Un et Trine, ou mon image, mon succès personnel ? » L’opposé de l’idolâtrie, c’est l’amour : de Dieu, du prochain et de soi. A ne pas confondre avec l’idolâtrie de Dieu, de l’autre et de soi ! Et il continuait : « L’attachement à une idée ou à un objet nous rend aveugles à l’amour, nous pousse à renier ceux qui nous sont chers. » 

Qui est mon idole ?

Et le Pape de renchérir encore une fois : « Quelle est mon idole ? » Il faut donc reconnaître qu’une part d’« attachement désordonné » habite chaque humain qui vit et se construit. Ce n’est pas utile de se morfondre en regrets, mais bien plus utile de mettre un nom sur « notre » idole et de s’en débarrasser. Comment ? « Attrape-la, et jette-la par la fenêtre », concluait le Pape !


Une Eglise de visages qui révèlent le Seigneur

Maria Teresa Gonzàlez-Quevedo a été proclamée vénérable par Jean-Paul II en 1983.

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Mari Carmen Avil, représentante de l’évêque pour la prévention, du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche.

Par Mari Carmen Avila, représentante de l’évêque pour la prévention du diocèse de LGF
Photos  : DR

« Ma Mère, que celui qui me regarde te voie » est une phrase attribuée à María Teresa González-Quevedo, dite Teresita, jeune religieuse espagnole née en 1930 et proclamée vénérable par Jean-Paul II en 1983. Depuis mon plus jeune âge, cette expression m’interpelle profondément. Je l’ai adoptée comme prière, en l’adressant aussi à Jésus, à qui je répète souvent ce désir de mon cœur. Jésus répond à Philippe : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 9) Si Jésus peut dire cela, alors nous aussi, en tant que disciples, sommes appelés à refléter Dieu dans nos vies. Cela change tout dans notre mission pastorale.

Dans mon rôle de représentante de notre évêque pour la prévention, je rencontre de nombreuses personnes. Cette phrase me revient souvent à l’esprit, surtout face à ceux qui vivent le drame de la solitude intérieure, conséquence d’un repli sur soi. Elle me rappelle que nous sommes tous confrontés à une tension fondamentale : appelés à être des icônes, nous risquons de devenir des idoles.

Notre vocation, en tant qu’enfants de Dieu, est d’être des icônes qui ouvrent à la transcendance, qui invitent à regarder plus haut, à découvrir la joie d’être profondément aimés. Mais nous trahissons cette vocation lorsque nos blessures, nos ambitions ou notre histoire prennent le devant de la scène, reléguant Dieu à l’arrière-plan. Cette trahison, parfois subtile, peut conduire à des abus – de pouvoir, de conscience, ou sexuels – qui trouvent souvent leur origine dans une perte de la dimension iconique du ministère.

Notre Eglise est appelée à changer de culture : il n’y a ni supérieurs ni inférieurs, seulement des frères et sœurs en quête de Dieu. Mon plus grand souhait est que ceux qui nous regardent voient une communauté unie autour d’un seul Seigneur, désireuse de le révéler au monde.

Monnayer l’éthique

Thomas Wallimann-Sasaki dirige l’instiut ethik22 et préside la Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques suisses.

Depuis cette année, l’institut d’éthique sociale ethik22 ne touche plus de subventions de l’Eglise. Entre centralisation de la réflexion éthique au sein de commissions ecclésiales et économicité, l’institut zurichois travaille sur un nouveau modèle économique, qui ne trahisse pas ses valeurs. Entretien avec Thomas Wallimann-Sasaki.

Pour le théologien, les gens interprètent trop l’éthique comme une voix moralisatrice.

Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer

Depuis le début de l’année, vous devez vous passer des subventions de l’Eglise. Cela s’apparente-t-il à un désaveu de votre travail ?
Oui et non… Il y a toujours eu le souhait de centraliser le travail d’éthique sociale. Mais en Suisse, l’Eglise, c’est comme en politique, il faut composer avec la pluralité. Or, la population, comme les fidèles, sont toujours sur la réserve lorsqu’il s’agit de trop centraliser. De ce point de vue, je reste convaincu qu’il est bon d’avoir des institutions comme Justice et Paix représentant la voix officielle de l’Eglise, mais aussi des organes indépendants comme le mien, qui portent la voix du peuple et jouent un rôle différent des commissions purement ecclésiales.

Est-ce une manière de sous-entendre que le travail de réflexion éthique ne peut pas être mené à bien par des partenaires laïcs ?
Pas du tout. Je parlerais plutôt d’une tendance de type New Church Management à la mode, qui prône l’optimisation. Derrière cette idée, il y a la compréhension que la centralisation coûte moins cher et demeure plus efficace. Alors qu’objectivement, les postes d’ethik22 « perdus » n’ont pas été remplacés !

Paradoxalement, les gens d’Eglise n’ont apparemment pas idée de la manière dont la doctrine sociale de l’Eglise peut être efficace…
En effet, lorsqu’il s’agit de comprendre la société et le rôle que l’Eglise peut y jouer, nous faisons face à un vrai manque. D’une part, elle ne possède pas les outils pour discuter et analyser les problématiques éthiques et d’autre part, elle se sent pressée de dire quelque chose sans pour autant disposer du langage pour traduire sa pensée. Pourtant, je connais de nombreux prêtres et théologiens formés en éthique, mais leurs compétences ne sont pas exploitées…

A leur décharge, le travail de réflexion éthique, notamment sous l’angle chrétien, est peu perceptible pour le public…
Oui, les gens interprètent malheureusement trop souvent l’éthique comme étant une voix moralisante. Toutefois, ils perçoivent aussi ce sentiment qu’ils ont, surtout dans l’estomac, lorsqu’ils sont face à un dilemme éthique. Les entrailles savent « dire » si ce que l’on s’apprête à faire est en phase avec nos valeurs ou pas. L’éthique en soi, n’est que l’outil servant à mettre en forme le processus de pensée que l’on ressent déjà sans pouvoir l’expliquer.

En même temps, le processus de réflexion éthique est de plus en plus sollicité et souhaité par la société civile. Est-il facile de monnayer des « services éthiques » ?
L’essence de l’éthique sociale chrétienne est d’être critique et toutes les entreprises n’apprécient pas cela, même de manière constructive (rires).En outre, certaines firmes utilisent l’éthique à des fins marketing et préfèrent économiser sur le « non-nécessaire » dans les temps d’insécurité actuels. Toutefois, s’adjoindre un partenaire pour discuter les défis et décisions délicates qu’impliquent le monde du business et le leadership rend les entreprises plus enracinées dans ses valeurs, car l’éthique offre un réel espace pour repenser les structures sur lesquelles on bâtit.

Dilemmes éthiques sous la loupe

ethik22 est un institut d’éthique sociale créé en 2017 sous l’impulsion du Mouvement suisse des travailleurs catholiques (KAB). Les prestations de l’association s’articulent autour de plusieurs axes : les recommandations lors de votations fédérales, la formation avec des conférences et des ateliers, une émission de radio hebdomadaire et un service de consultations. Ce dernier conseille des entités, en majorité non ecclésiastiques, sur la meilleure manière d’intégrer leurs valeurs dans l’élaboration de chartes éthiques. L’institut a notamment collaboré avec le Tribunal fédéral dans ce sens. Plus d’informations : ethik22.ch

Bio express

Thomas Wallimann-Sasaki est théologien. Il a obtenu son doctorat à Lucerne en 1999. Depuis cette même année, il dirige l’Institut social du KAB, devenu ethik22. Il enseigne aussi l’éthique à la Haute école de Lucerne et à la KV Business School de Zurich. En 2014, il a été élu au Conseil cantonal de Nidwald et président de la Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques suisses.

Eglise de Rougemont, Vaud

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

Une fois n’est pas coutume, c’est l’église même que nous considérons comme une œuvre d’art sacré. Bien sûr, comme c’est le cas presque partout au Moyen Age, nous ne savons pas qui étaient le maître d’œuvre et les artisans.

Ce que nous savons, c’est qu’au XIe siècle, Guillaume premier, comte de Gruyère, confie la construction d’un prieuré aux moines de Cluny. L’église est à l’origine consacrée à saint Nicolas de Myre. 

Contrairement à d’autres lieux du réseau clunisien, il n’y a jamais eu que deux à quatre moines à Rougemont (à titre de comparaison, l’abbaye de Cluny en a compté jusqu’à 250).

475 ans plus tard, Michel de Gruyère accumule les dettes et provoque la faillite de sa Maison. En 1555, le Pays-d’Enhaut et le Saanenland deviennent bernois et passent à la Réforme. 

L’église subit quelques modifications. Le toit est repris pour atteindre une inclination plus profonde, permettant l’évacuation de la neige. La tour carrée qui se trouvait à la croisée du transept est remplacée par un clocher de style oberlandais. Mais l’intérieur garde son atmosphère caractéristique.

A un moment de son histoire, comme beaucoup d’autres églises, l’édifice est badigeonné de blanc. Toutefois, une restauration effectuée entre 1919 et 1926 permet de retrouver le style d’origine. Si vous avez en tête les restaurations datant du XIXe siècle et leurs couleurs criardes (on peut citer par exemple la chapelle des Macchabées dans la cathédrale de Genève), vous ne pouvez que noter l’excellent travail effectué par le peintre Correvon. Loin de moi l’idée de critiquer le passé, je suis fascinée par le travail des pionniers comme Eugène Viollet-le-Duc. Mais le résultat de la restauration de l’église de Rougemont montre à quel point les connaissances et les compétences ont évolué en moins d’un siècle. Le visiteur non averti qui pousse aujourd’hui la porte croit pénétrer dans un pur exemple de l’architecture romane clunisienne. Et tant de siècles après sa construction, elle offre toujours une parenthèse de beauté et de paix.

Sources : Pierre-Yves Favez : « Rougemont (prieuré) », in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 21.12.2009.



L’Intelligence Artificielle générative

L’IAG représente une opportunité inédite de repousser les limites de la créativité.

Par Pierre Guillemin | Photo : DR

« N’ayons pas peur ! » (Marc 6-50, Jean Paul II 22.10.1978, Benoît XVI 24.4.2025, François 6.8.2023).

Au début de cette année 2025, le Saint-Siège a publié le document « Antiqua et nova » dont l’objectif est de nous expliquer la position et les préoccupations de l’Eglise sur l’Intelligence Artificielle (Générative en particulier). De quoi parlons-nous ?

L’Intelligence Artificielle générative (IAG) désigne des systèmes capables de produire et de générer du contenu original à partir de données existantes : textes, images, musiques, vidéos ou encore codes informatiques. Elle s’appuie principalement sur des modèles d’apprentissage profond, comme les réseaux de neurones (voir L’Essentiel octobre 2024), qui « apprennent » à imiter les structures et les styles des données qu’ils ont dû utiliser pour générer des réponses appropriées aux questions posées.

Les outils bien connus comme ChatGPT, DALL·E, Midjourney ou encore Gemini sont des exemples concrets et actuels de cette IAG.  Capables de rédiger des articles, créer des illustrations ou même produire des films de manière autonome ou semi-assistée, ces IAG transforment de nombreux secteurs : l’éducation, la publicité, la recherche, la production industrielle, le contrôle qualité, le diagnostic médical, le développement logiciel ou encore la création artistique.

Cependant, cette évolution soulève des questions éthiques, juridiques et sociétales : comment en effet distinguer entre création humaine et production algorithmique, posant la question de la propriété intellectuelle ? Les risques de désinformation, de plagiat ou d’exploitation biaisée des données sont également réels. De plus, comme toute nouvelle technologie, l’automatisation de certaines tâches suscite des inquiétudes quant à l’avenir de nombreux métiers : rappelons-nous de la crise des luddites (ouvriers textiles), au début du XIXe siècle, qui ont cassé les métiers à tisser par peur que ceux-ci n’entrainent la fin du métier de tisserand. Ceux qui ont cassé les métiers à tisser ont perdu leur travail alors que les tisserands indépendants ou les entreprises qui ont commencé à s’en servir, eux, non seulement ont gagné, mais ont gardé leur travail et ont même embauché.

Ce document « Antiqua et nova » nous dit donc que si l’IAG représente une opportunité inédite de repousser les limites de la créativité et de l’innovation, tout en exigeant de la part de l’utilisateur une expertise profonde du sujet traité afin de garantir une réponse correcte, il précise aussi que cela constitue le grand défi des prochaines années pour ces IAG : citons Mgr Paul Tighe (secrétaire du dicastère pour la Culture et l’Education) : « Il y a une compréhension plus large de l’intelligence, qui concerne notre capacité humaine à trouver un but et un sens à la vie. »


En librairie – octobre 2025

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Lieux de pèlerinage en Suisse
Jacques Rime

Qu’il s’agisse de chapelles isolées de plaine et de montagne, d’ermitages de forêts, de couvents, d’églises villageoises ou encore de sanctuaires au cœur des villes, la Suisse possède de nombreux lieux de pèlerinage souvent empreints d’une grande beauté.
Pour la réalisation de cet ouvrage particulièrement bien documenté, l’auteur, qui en a visité et inventorié plus de cinq cents, convie le lecteur à autant d’itinéraires qui le conduiront de Genève à Saint-Gall et de Bâle à Chiasso en passant par tous les cantons suisses. L’ouvrage se veut avant tout une description succincte des sanctuaires et propose plusieurs parcours pour les rejoindre, les découvrir et pourquoi pas, s’y recueillir.

Editions Cabédita

Acheter pour 39.00 CHF

Sur les chemins de Jérusalem
Philippe Martin 

Que l’on soit croyant ou non, le pèlerinage est un phénomène mondial. A côté de Saint-Jacques-de-Compostelle ou Assise, un sanctuaire demeure essentiel : Jérusalem. En une vingtaine de portraits d’une écriture vivante, Philippe Martin nous emmène à la rencontre de celles et ceux qui, de l’Antiquité à nos jours, ont fait cette expérience. Il nous raconte ce qu’ils vivent : leurs sentiments, leurs prières et le rapport qu’ils entretiennent avec les autres communautés. Depuis des millénaires, Jérusalem, la ville trois fois sainte, ne cesse de fasciner ceux partis à sa découverte pour transformer leur vie.

Editions Tallandier

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Les nouveaux pèlerinages
Valérie Germain

Partir en pèlerinage en ce début de XXIe siècle, quelle idée ! Le mot fleure bon l’époque médiévale ou bien encore une tradition religieuse un peu désuète qui se pratiquait de façon discrète et pieuse, à l’ombre des paroisses. Pour Valérie Germain, l’auteure de cet essai, psychologue clinicienne et passionnée de nature et de développement spirituel, le pèlerinage s’est, en effet, enrichi de vertus nouvelles, plus modernes et plus laïques. Jadis, voyage de dévotion vers un sanctuaire, le pèlerinage correspond aujourd’hui à un besoin nouveau d’accomplissement personnel et spirituel. Vers quoi, vers qui vont ces nouveaux pèlerins ? Que viennent-ils rechercher ? Pourquoi choisissent-ils de marcher en pleine nature, à l’heure des avions et des TGV ?

Editions Larousse

Acheter pour 26.60 CHF

Ce silence entre nous
Alison Gervais

Maya est une battante. Elle a toujours surmonté les épreuves de la vie, même quand elle a perdu l’audition à la suite d’une maladie : Maya est sourde et fière de sa différence ! L’arrivée dans un nouveau lycée, qui plus est un lycée pour entendants, est encore un challenge, mais Maya est prête et déterminée. Son objectif : rester concentrée sur ses études pour intégrer le programme dont elle rêve depuis toujours. Rien ne saura l’en détourner. Pas même les fossettes de Beau Watson, le président du conseil des élèves, qui s’est mis en tête d’apprendre la langue des signes afin de pouvoir lui parler et mieux la connaître. Il est mignon. Il semble sincère, bien qu’un peu maladroit. Mais il est entendant. Jamais Maya ne pourra avoir de sentiments pour un garçon entendant… n’est-ce pas ?

Editions Mame

Acheter pour 26.80 CHF

Pour commander

«Apprendre pour toujours avancer»

Membre du Conseil de paroisse et de l’équipe pastorale de Notre-Dame de Vevey, Catherine Blanchon a une double casquette. « Je voulais vraiment mettre mes compétences professionnelles en matière d’organisation et de prise de décision au service de l’Eglise », souligne cette retraitée hyperactive.

Par Véronique Benz | Photos : DR

« J’ai fait des études passionnantes de pharmacie. J’ai travaillé dans le domaine pharmaceutique, puis dans l’agroalimentaire chez Nestlé », relève Catherine Blanchon. C’est ainsi que cette Française est arrivée en Suisse et qu’elle y est restée. « J’ai eu la chance d’avoir des postes internationaux techniques variés. Je changeais pratiquement d’affectation tous les trois ans. Ce qui m’a toujours fait avancer c’est d’apprendre et de découvrir autre chose. Dans une société telle que Nestlé, il y a des possibilités fabuleuses. »

Catherine Blanchon a fait des audits d’usines dans le monde entier, ce qui lui a donné l’opportunité de rencontrer des collaborateurs sur tous les continents avec lesquels elle a gardé des contacts. « Travailler dans le domaine international est difficile, mais c’est très gratifiant. J’ai découvert la richesse des cultures et des religions. J’ai eu la possibilité de discuter avec des collègues juifs ou musulmans. »

Catherine était déjà investie au service de l’Eglise catholique lorsqu’elle vivait en France. Son engagement dans l’unité pastorale Grand-Vevey a débuté par la chorale la Cécilia. Puis en 2013, Mgr Slawomir Kawecki lui a proposé d’entrer au Conseil de paroisse de Notre-Dame de Vevey, dont elle est la secrétaire. A la retraite, en 2017, l’abbé Bernard Sonney lui demande de faire partie de l’équipe pastorale. « Nous avons mené à bien de gros projets, dont la restauration de la cure. J’étais dans un groupe de travail de recherche de fonds et de financement avec un cabinet de consultants en matière de communication. Nous avons pu accompagner le chantier grâce aux compétences techniques et architecturales que nous avons trouvées parmi les paroissiens. »

Catherine Blanchon est également engagée à la clinique de la Providence. Chaque semaine, il y a une célébration religieuse animée à tour de rôle par un pasteur, un prêtre et un laïc. « C’est en Suisse que j’ai découvert cette pastorale œcuménique présente dans le travail, la santé et la solidarité. Je trouve cela merveilleux. » Elle s’occupe aussi de l’accueil à Notre-Dame. Elle s’étonne du peu d’enfants qui viennent aux messes.

« Les difficultés que je rencontre se situent bien évidemment dans les relations humaines. Malgré tout, nous arrivons à avancer ensemble. Nous dialoguons beaucoup. Autant dans l’équipe pastorale que dans le Conseil de paroisse, il y a une intense richesse dans les échanges. Nous participons aux joies et aux peines des uns et des autres. Je ressens vraiment une grande fraternité. » Elle constate qu’elle reçoit plus qu’elle ne donne.

Base de départ de cette grande voyageuse : Vevey.

Un souvenir marquant de votre enfance
Je n’ai pas de souvenirs marquants. J’avais un père qui dirigeait des usines. Par conséquent, nous déménagions tout le temps. 

Votre moment préféré de la journée ou de la semaine
Je ne peux pas dire que j’ai un moment préféré dans la journée ou la semaine. J’ai beaucoup d’activités. Je bouge tout le temps. Ma vie c’est le mouvement. 

Votre principal trait de caractère
Je dirais impatience, curiosité, hyperactivité.

Un livre que vous avez lu plusieurs fois
Récemment, j’ai lu un livre sur les anges. Il s’agissait d’une enquête sur les histoires des anges. Ce livre m’a tout à fait rassurée par rapport à la mort.

Une personne qui vous inspire
J’ai toujours voulu ressembler à mon père. C’était un ingénieur, un intellectuel avec beaucoup d’autorité. Il m’a énormément appris. Il me disait que la curiosité n’était pas un vilain défaut, mais une grande qualité. 

Votre prière préférée ou une citation biblique qui vous anime
J’aime le « Je vous salue Marie » et le Credo de Nicée. J’apprécie cette prière, car elle contient un grand paragraphe sur l’Esprit Saint.

Catherine Blanchon

• Elle est d’origine française. Elle a 71 ans, mais toujours 20 ans dans sa tête.

• Avec son compagnon français Philippe, elle voyage beaucoup entre la France, la Suisse et la Nouvelle-Zélande.

• Elle est passionnée de botanique.

• Elle suit tous les MOOC (Massive open online course ou cours en ligne ouvert et massif) du collège des Bernardins. Il s’agit de cours de niveau universitaire gratuits et libres d’accès.

Pèlerinages du quotidien

Par Myriam Bettens
Photo : unsplash

Religieux ou profanes, promenades de santé ou chemins de croix, nous accomplissons tous des pèlerinages sous différentes formes. Partout et tout le temps. Pas de coquillages à ma besace, ni de saints enluminés dans mes pérégrinations.

Liste de courses en main – Bible de toute bonne ménagère – j’avale la route pour me rendre en de plus laïques « stations ». Quoique… certains parlent de ces endroits aussi comme de « temples ». Alors que mes pieds me guident pour répondre à l’appel du frigo, je Lui parle et Il m’écoute. Nous échangeons et Il me fait parcourir un chemin autre que celui des roulettes de mon chariot. Il m’accompagne dans ces pèlerinages du quotidien lorsque je prie « avec mes pieds ».

Saisie par l’Esprit Saint au rayon « confitures »… je mets mes écouteurs. Peut-être qu’ainsi, les badauds penseront que je suis en communication avec quelqu’un d’autre que… Dieu.

Une proposition… pour recharger ses batteries sur la pause de midi

Par Myriam Bettens | Photo: ECR

Des moments de recueillement et de prière sont ouverts pour vous permettre de vous ressourcer en toute simplicité sur la pause de midi. Hors vacances scolaires et événements spéciaux (seule la prière de Taizé se poursuit durant l’été), à l’Eglise du Sacré-Cœur, Boulevard Georges-Favon 25bis. 

• Lundi
Quoi ? : Temps de louange. Chants a cappella et lecture de l’Evangile du jour.
Quand ? : 12h15
Contact : Alessandra Macri – alessandra.macri@ecr-ge.ch

• Mardi
Quoi ? : Messes en français. Chaque célébration est conduite par un prêtre différent.
Quand ? : 12h15
Contact : Mercedes Lopez – mercedes.lopez@ecr-ge.ch

• Mercredi
Quoi ? : Prière de Taizé animée par la Pastorale des Jeunes de Genève (PJGE).
Quand ? : 12h30
Contact : Miles Fabius – miles.fabius@ecr-ge.ch

• Jeudi
Quoi ? : Adoration Silencieuse du Saint-Sacrement.
Quand ? : 12h15 à 14h
Lieu : Chapelle de l’église du Sacré-Cœur (entrée Bd Georges Favon)

• Vendredi  
Quoi ? : Prière du milieu du jour accompagnée à la Kora (instrument traditionnel africain). Psaumes chantés selon les mélodies du monastère bénédictin de Keur Moussa et d’autres compositions spirituelles.
Quand ? : 12h15 à 13h
Contact : Armel Ayegnon – ayearmel@yahoo.fr

Pèlerinages: la foi par les pieds

La messe de clôture du Jubilé des Jeunes à Tor Vergata a rassemblé plus d’un million de participants.

L’année du Jubilé est sur le point de prendre fin (14 décembre 2025). Beaucoup auront eu la chance de se rendre en pèlerinage à Rome. C’est l’occasion de nous pencher sur les démarches de pèlerinage à travers leur histoire et l’influence qu’elles ont exercée.

Par Amandine Beffa | Photos : unsplash, DR

A l’heure où j’écris ces lignes, des centaines de milliers de jeunes rentrent chez eux après avoir participé au Jubilé des jeunes, à Rome, à l’occasion de l’Année Sainte1. Plus tôt cette année, le traditionnel pèlerinage de la Pentecôte reliant Paris à Chartres a rencontré un tel engouement que les inscriptions ont dû être clôturées en avance et que des mesures ont dû être prises pour gérer l’affluence2. Monseigneur Emmanuel Gobillard, alors recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay, notait en 2013 : « Il n’y a jamais eu autant de pèlerins de Saint-Jacques qu’aujourd’hui. »3 

Cette recrudescence est confirmée par Isabelle Jonveaux. Elle note « un essor du nombre de pèlerins, mais également une envolée de l’intérêt général pour les pèlerinages »4. Cela concerne le nombre de personnes qui partent, mais aussi une augmentation des livres, témoignages et films sur le sujet.

Pour la sociologue, « le pèlerinage connaît un regain d’attention, car il correspond bien aux nouveaux besoins spirituels, au sens large du terme. Dès lors, il n’est pas nécessairement ancré dans la religion chrétienne. Il s’agit d’un voyage intérieur autant que physique qui attire un public très diversifié, contrairement à d’autres démarches religieuses, et qui répond à plusieurs attentes : quête de spiritualité, de sens et de connexion avec le divin ou avec soi-même. »5

Une expérience universelle

L’historien Dominique Julie va dans le même sens : « On y croise au XXIe siècle des fidèles de toute confession et des athées, voyageant seuls ou en groupe, mû chacun par leurs propres raisons, religieuses, spirituelles ou profanes. »6 

Le pèlerinage n’est ni une expérience proprement chrétienne ni une expérience récente. On retrouve des voyages à caractère religieux dans la majorité des religions. Stonehenge était, au Néolithique déjà, un lieu où l’on se rendait pour vivre une expérience spirituelle. Les Grecs se déplaçaient pour consulter la Pythie ou Esculape. Jusqu’à la chute du Temple de Jérusalem, en 70’ 7 : « […] les grandes fêtes religieuses (juives) sont toutes des fêtes de pèlerinages, à l’occasion desquelles on quitte sa ville ou son village pour se rendre au sanctuaire central. »8 Il est ainsi possible de dire que le pèlerinage est une expérience universelle. 

Le site de Stonehenge était, au néolithique déjà, un lieu où l’on se rendait pour vivre une expérience spirituelle.

La spécificité catholique

La particularité du pèlerinage catholique est qu’il est libre et volontaire. Partir n’est certes pas toujours un choix. Il y a eu à certaines périodes des pèlerinages pénitentiels imposés par les confesseurs ou les tribunaux. Cependant, il n’y a jamais eu d’obligation générale à tous les fidèles, contrairement à certaines époques du Judaïsme ou à l’Islam.

Les motivations des pèlerins sont toujours très diverses.

Volonté de rupture

S’il y a souvent une volonté de rupture avec le quotidien, les raisons poussant à se mettre en route diffèrent : obtenir une grâce ou une guérison, effectuer une pénitence, vénérer des reliques, réaliser une démarche de conversion ou d’ascèse et même être enterré dans un lieu saint. P. Marval souligne que : « Les motivations des fidèles qui se rendent sur ces lieux ont en tout temps été très diverses. Il a toujours existé une spiritualité de l’errance, liée au thème du chrétien « étranger en ce monde » […] Beaucoup de pèlerins sont mus par le désir de toucher le sacré afin d’avoir part à ses vertus. »9

Les motifs sont parfois moins spirituels : « Un traité d’éducation, L’imagination de la vraie noblesse, rédigé au début du XVe siècle à l’intention des jeunes Bourguignons explique encore qu’il est « bienséant que les jeunes de noble lignage fasse les pèlerinages de Jérusalem ou Saint-Jacques et qu’en même temps, ils guerroient contre les Sarrasins et autres mécréants ». »10 

Par procuration

Certaines périodes de l’histoire connaissent des pèlerinages par procuration. Il existe des pèlerinages posthumes. N’ayant pas pu se rendre de son vivant dans un sanctuaire, le défunt lègue à ses proches la somme nécessaire pour qu’ils s’y rendent en son nom afin de lui obtenir une grâce. Il y a aussi les pèlerinages vicaires. Des riches payent un « pèlerin professionnel » pour faire les démarches à leur place. Dans les deux cas, ceux qui partent n’obtiennent rien pour eux-mêmes, si ce n’est un éventuel avantage financier qui poussait sur les routes des personnes des catégories sociales inférieures.

Se mettre en route

Le culte des reliques est un des éléments les plus importants de la pratique religieuse au Moyen Age. Mais il serait faux d’imaginer que tous se mettent en route pour de lointaines destinations comme la Terre Sainte. Pour partir, il faut de l’argent et du temps : « Il s’agit d’une aventure très longue, très coûteuse et très périlleuse, si bien que ceux qui la tentent ne sont en fin de compte qu’une minorité. »11 Le peuple ne peut s’absenter pour de longs mois sans générer de revenus. Il existe cependant de nombreux sanctuaires locaux, comme par exemple Bourguillon, dans le canton de Fribourg.

Bourguillon, dans le canton de Fribourg, est un sanctuaire prisé par les pèlerins.

L’espace manque malheureusement pour continuer à conter la riche et passionnante histoire des pèlerinages. Mais que cela ne vous retienne pas de chausser vos meilleurs souliers, la Suisse regorge de lieux magnifiques : Einsiedeln, l’hospice du Grand-Saint-Bernard, l’église de Siviriez, l’ermitage de Longeborgne, le Ranft… n’attendent que vous.

1 Ils étaient environ un million à Tor Vergata pour la veillée et la messe avec le Pape qui ont eu lieu le 2 et le 3 août 2025.
2 Voir par exemple les articles d’Aleteia sur le sujet : Face à l’afflux de fidèles, le pèlerinage de Chartres se réorganise https://fr.aleteia.org/2025/04/28/face-a-lafflux-de-fideles-le-pelerinage-de-chartres-se-reorganise ; Pèlerinage de Chartres : 19’000 inscrits, nouveau record, et le souci d’unité https://fr.aleteia.org/2025/05/15/pelerinage-de-chartres-19-000-inscrits-nouveau-record-daffluence-et-souci-dunite 
3 Ferrarini, H. (2013) Compostelle, un chemin réinventé, Slate, 2 septembre 2013.
4 Eglise catholique romaine, Regard no 21, juillet 2024.
5 Idem.
6 Julia, D. (2001). Le pèlerinage aux temps modernes (XVIe-XVIIIe siècle). Dans Audisio, G.(éd.) Religion et exclusion (pp. 183-195). Presses Universitaires de Provence.
7 Tous les juifs qui le pouvaient étaient tenus de se rendre à Jérusalem à l’occasion de Pessah, Chavouot et Soukkot. 
8 Grappe, C. Marx, A. (2025) Fêtes et pèlerinages dans la Bible, Genève : Labor et Fides, p. 16.
9 Marval, P. (2007) Pèlerinage. Dans Lacoste, J., Y. (éd) Dictionnaire critique de théologie (pp. 1062-1063) PUF.
10 Péricard-Méa, D. (2004) Brève histoire du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, Fragile, p. 17.
11 Barral i Altet, X. (1993). Compostelle, le grand chemin, Découvertes Gallimard Religions, p. 24.

Le pèlerinage de Jésus (Luc 2, 41-52)

Jésus enseignant au Temple.

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

En bons juifs fidèles aux prescriptions de la Loi, Marie et Joseph honorent la tradition du pèlerinage à Jérusalem pour la solennité de la Pâque. Ces pèlerinages annuels étaient au nombre de trois, avec celui de la Pentecôte et celui de la fête des Tentes. Lorsqu’il parvient à l’âge de la « maturité religieuse » pour leur peuple, soit douze ans, ils y emmènent Jésus, afin qu’il s’associe à la caravane des parents et connaissances dans cette démarche de vénération du Très-Haut.

Intelligence stupéfiante

La liberté dont le Christ adolescent bénéficie est pour nous désarçonnante. Il échappe à la garde de sa mère et de son père adoptif qui, pendant une journée, le croient noyé dans la foule des pèlerins.

Ce n’est qu’au troisième jour, indication hautement symbolique, qu’ils le retrouvent, plongé dans des discussions avec les représentants de l’Ancienne Alliance. Il fait preuve alors d’une intelligence stupéfiante, nourrie par l’Esprit de son Père, et il surprend profondément tous ceux qui l’entendent.

Cette escapade et ce déplacement dans le Temple anticipent l’exode du Fils de Dieu vers celui qui l’a envoyé et aux affaires duquel il doit d’ores et déjà s’adonner. Il plante une première écharde dans le cœur de Marie qui lui fait des reproches, remplie d’émotion et d’angoisse. Sa mère sera encore là lorsqu’une nouvelle épée sera enfoncée dans son être, au Golgotha. La mort sur la croix ouvre au voyage définitif vers le Seigneur par la Résurrection d’entre les morts.

Vers la patrie divine

C’est ainsi que l’ensemble de nos pèlerinages signifient notre cheminement vers la maison céleste. Notre demeure ici-bas n’est pas définitive. Nous avons une patrie divine vers laquelle nous passons petit à petit (Hébreux 11, 16). Chaque déplacement en un lieu saint, à Rome, à Saint-Jacques-de-Compostelle ou à Lourdes, préfigure notre route vers la Jérusalem d’en-haut, vers les cieux nouveaux et la terre nouvelle (Apocalypse 21-22). 

Nous y retrouverons dans l’Esprit la Sainte Famille de Nazareth, les saints dans la communion desquels nous nous avançons, nos défunts et nos compagnons actuels de marche. La Trinité nous ouvrira ses bras de tendresse et nous prendra dans sa circulation d’amour.


En chemin

Par Thierry Schelling | Photo : Vatican media

Pèlerinage
Marchant dans les pas de François, Léon a continué l’année jubilaire en présidant les diverses messes de jubilés : des Eglises catholiques orientales, des familles, des mouvements d’Eglise, du Saint-Siège, des sportifs… Reprenant tel quel le programme établi par son prédécesseur et le Dicastère pour l’Evangélisation (première section), Papa Prevost invite à devenir témoins de l’espérance, renforçant l’unité entre croyantes et croyants – un thème propre à ce début de pontificat, l’unité.

Politique
En recevant les ambassadeurs africains venus en pèlerinage à Rome, il a expliqué, sans note et en anglais, que pour lui, un pèlerinage est l’occasion de vivre ensemble un chemin commun et de découvrir que « notre foi ne se célèbre pas seulement le dimanche ou en pèlerinage », mais chaque jour – et qu’une démarche jubilaire doit nourrir ce témoignage du quotidien.

Promesse
Dans le cadre – un peu oublié ! – des 1700 ans du Credo des chrétiens, partagé par toutes les Eglises officielles, un voyage à Nicée envisagé encore sous François est en train de se finaliser, pour que Léon, Bartholomée (patriarche de Constantinople) et les instances des Eglises protestantes et orthodoxes orientales se retrouvent pour célébrer la foi chrétienne – confiance en un Dieu qui se fait pèlerin de paix et d’unité dans ce monde dans chaque cheminante et cheminant, à Rome ou ailleurs…

Lire une monnaie ancienne 

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Mgr Jean-Pierre Voutaz, prévôt du Grand-Saint-Bernard, est l’auteur de cette carte blanche. 

Par Mgr Jean-Pierre Voutaz, prévôt du Grand-Saint-Bernard
Photos : DR

Il y a une dizaine d’années, à la fin d’une retraite silencieuse, nous nous sommes présentés en spécifiant un engagement. Presque tous les participants ont partagé un bénévolat ecclésial. J’ai signalé faire partie d’une association numismatique, de passionnés de monnaies, étant étonné que peu de personnes parlent d’engagement social ou d’une passion qui fait venir de l’air, de l’équilibre dans sa vie. Une parole de saint Vincent de Lérins, mort vers 450, m’inspire. Il disait que pour lui, chrétien, rien de ce qui concerne l’humanité ne doit lui être étranger (nihil humani a me alienum puto). Cela signifie que dans chaque engagement, chaque passion, nous atteignons quelque chose d’universel, de vrai, qui nous construit, nous réjouit et nous rapproche des autres. Je vous présente la joie que j’ai eue en 2020 d’avoir participé à l’identification précise d’une petite monnaie déposée au col du Grand-Saint-Bernard il y a bien longtemps.

Nous sommes sous l’empereur Anastase qui régnait à Constantinople de 491 à 518. Le tiers de sous en or de 13,3 mm de diamètre lui était attribué parce que son profil et sa légende se voient à l’avers de cette monnaie. L’autre côté de la monnaie, le revers, présente une victoire qui marche à droite et sa légende contient des fautes de latin. Au lieu du traditionnel VICTORIA AUGUSTORUM, signifiant la victoire des augustes, nous lisons VICTORIA ACOSTRUM. Après quelques recherches, il s’avère que cette pièce d’or a été frappée à Lyon, sous Gondebaud, roi des Burgondes, entre 500 et 508. Ce roi est le père de saint Sigismond, fondateur de l’abbaye de Saint-Maurice en 515. Nous sommes à l’époque de l’installation de ces tribus dans nos régions, englobant la Bourgogne, la Savoie et les régions allant de Genève au Bas-Valais. Les Burgondes se mettent au latin et peinent à le prononcer. Pour le mot Augustorum, les augustes, la diphtongue « AU » devient « A », le « G » devient un « C »… Cette petite monnaie nous introduit à l’histoire de nos patois et de notre foi : prodigieux !

Jeunes, humour et mot de la Bible – octobre 2025

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Age canonique

Si aujourd’hui l’expression âge canonique désigne effectivement une personne d’un âge assez avancé, cela n’a pas toujours été le cas. A l’origine, l’âge canonique est en effet l’âge requis par le droit canon pour l’exercice de certaines fonctions et en particulier l’âge minimum à partir duquel une femme peut entrer au service d’un ecclésiastique, à savoir quarante ans. Autrefois, l’espérance de vie était moindre. Quarante ans représentaient un âge déjà respectable et l’on estimait qu’une femme de cet âge offrait moins de tentations et pouvait être digne de confiance. Avec le temps, le sens de l’expression a dépassé le cadre religieux et s’est élargi à toute la société, y compris aux hommes.

Par Véronique Benz

Humour

Un homme accompagné d’un enfant entre chez le coiffeur. L’homme se met en premier sur le fauteuil. Quand c’est terminé, il dit au coiffeur : 
– Pendant que vous coupez les cheveux au petit, j’ai une course à faire. Ensuite je reviens vous payer pour moi et pour lui. 
– C’est d’accord, à tout à l’heure. 

Comme l’homme tarde à revenir, le coiffeur demande à l’enfant : 
– Eh bien, mon petit, quand est-ce que ton père revient te chercher ?

L’enfant répond alors : 
– Ce n’est pas mon père, c’est un Monsieur qui s’est adressé à moi dans la rue et il m’a dit : « Viens avec moi petit, on va se faire couper les cheveux gratuitement ! »

Par Calixte Dubosson

Vitraux d’Albert Chavaz, église Saint-Etienne, Granges (VS)

En 1958, un chemin de croix est réalisé avec une quinzième station : Jésus est ressuscité.

Par Amandine Beffa | Photo : Jean-Claude Gadmer

Ce mois-ci, nous nous arrêtons sur une des stations du chemin de croix en vitrail qu’Albert Chavaz a réalisé pour l’église Saint-Etienne de Granges. 

Traditionnellement, les chemins de croix ornent les murs des édifices. Il fut même une époque où la norme imposait qu’ils soient composés de croix en bois et d’images fixés sur un mur ou un meuble stable. Le choix du vitrail peut donc surprendre. On peut toutefois y voir un sens très fort : la lumière est un symbole de résurrection. En représentant chaque station sur des baies traversées par la lumière, l’artiste fait passer symboliquement la Résurrection à travers la Passion. Notre regard sur la Passion du Christ n’est pas un regard doloriste, Passion et Résurrection sont inséparables. Nous qui vivons en 2025 ne pouvons pas lire la mort du Christ autrement qu’à la lumière de sa Résurrection.

Alors que la quatorzième station est normalement celle de la mise au tombeau, Albert Chavaz a aussi représenté la Résurrection. La partie haute de la baie figure en effet le Christ en gloire. 

En 1958, pour le centenaire des apparitions, un chemin de croix est érigé à Lourdes avec une quinzième station : Jésus est ressuscité. Nous pouvons nous demander si l’artiste s’en inspire lorsqu’il réalise ce vitrail en 1959. Quoi qu’il en soit, nous croyons que la mise au tombeau n’est pas la fin de l’histoire, que la mort n’a pas le dernier mot, que l’amour est plus fort. Et c’est précisément ce que cette œuvre symbolise.

Dans la partie basse de la baie se trouvent deux femmes et un homme. Nous pouvons supposer qu’il s’agit de Joseph d’Arimathie et des deux Marie comme dans l’Evangile selon saint Matthieu (Mt 27, 57-61).

Ce tombeau est celui que Joseph avait fait creuser pour lui-même (Mt 27, 60). Autrement dit, Jésus prend sa place dans la tombe. La symbolique est forte, le Christ prend notre place pour que notre mort ne soit pas définitive.


Johann Gregor Mendel

Johann Gregor Mendel est aujourd’hui considéré comme le fondateur de la génétique.

Par Pierre Guillemin
Photo : DR

La Science fait partie de l’Eglise. Comprendre l’Univers, la Nature sont des recherches acceptées et voulues par l’Eglise. Johann Gregor Mendel (1822-1884) est un très bon exemple de cette quête de la compréhension de la Nature. C’est un moine austro-hongrois dont les travaux sur l’hérédité ont jeté les bases de la génétique moderne. Né dans une famille modeste en Silésie (aujourd’hui en République tchèque), Mendel entre dans les ordres* et poursuit des études en sciences naturelles à l’Université de Vienne. Passionné par la biologie et les mathématiques, il devient enseignant et consacre son temps libre à des expériences minutieuses sur les plantes.

Entre 1856 et 1863, dans le jardin de son monastère à Brno, Mendel cultive des milliers de plants de pois. Il choisit des caractères facilement observables (couleur, forme, hauteur) et contrôle rigoureusement les croisements. A travers ces expériences, il découvre que les traits héréditaires ne se mélangent pas de façon aléatoire, mais obéissent à des lois précises : les gènes se transmettent selon des ratios prévisibles.

En 1866, il publie ses résultats qui passent inaperçus. Son travail ne sera redécouvert qu’au début du XXe siècle, soit plus de trente ans après sa mort. Les biologistes comme de Vries, Correns, Tschermak, Cuenot reconnaîtront alors leur importance fondamentale pour comprendre l’hérédité.

Il se passionne également pour la météorologie qui sera le domaine qu’il aura le plus longtemps étudié, de 1856 jusqu’à sa mort en 1884, faisant des relevés systématiques à partir des résultats des stations météorologiques de son pays. Il sera d’ailleurs plus connu par ses contemporains pour son apport à cette matière que pour sa contribution à la génétique naissante.

Johann Gregor Mendel est aujourd’hui considéré comme le fondateur de la génétique. Ses expériences simples, mais rigoureuses, ont permis de révéler l’existence des gènes bien avant leur identification physique. Son approche scientifique, mêlant observation, expérimentation et analyse mathématique, a marqué un tournant décisif dans l’histoire des sciences du vivant.

* Il devint augustin, comme le pape Léon.


«L’amour de Dieu est premier»

« Je suis heureuse de la fidélité du Seigneur. Il ne promet pas une vie rectiligne et facile, mais que son alliance de paix demeurera toujours. Dans les épreuves, j’ai expérimenté sa présence à mes côtés », souligne Carol Beytrison. Vierge consacrée depuis le 28 juin dernier, elle travaille à 40 % comme coresponsable de l’aumônerie des prisons et à 60 % comme adjointe de la représentante de l’évêque pour la Région diocésaine de Genève.

Par Véronique Benz
Photos: DR

« J’ai vécu des choses fortes avec le Seigneur durant mon enfance, explique Carol Beytrison. A l’âge de neuf ans, j’ai fait la promesse à Jésus de l’aimer pour tous ceux qui ne l’aiment pas. » Tout de suite, Carol pense à la vie religieuse. A l’adolescence, elle rencontre un groupe de jeunes issus du renouveau charismatique. A dix-sept ans, elle participe à un forum des jeunes à Paray-le-Monial. « Lors de l’adoration du Saint Sacrement, j’ai compris que l’amour de Dieu était premier. Chacun répond à sa manière à cet amour. Pour moi, il a été suffisamment fort pour que j’aie envie de lui consacrer ma vie. » 

A vingt ans, Carol tombe amoureuse. « L’amour humain, c’est quelque chose de magnifique, mais, en fréquentant ce garçon, j’ai réalisé que j’étais en train de perdre quelque chose dans ma relation au Christ. Ayant goûté à un autre amour, il y avait une dimension qui allait me manquer. » Elle entre au Verbe de Vie. « J’y suis restée vingt ans, j’y ai été très heureuse. Les cinq dernières années, comme économe général, j’ai pris conscience des dysfonctionnements de la communauté. » Lorsque la communauté s’arrête, elle pense en rejoindre une autre, mais elle comprend qu’elle doit d’abord se confronter à nouveau à la réalité du monde. Carol revient à Genève auprès de sa famille. « Au Verbe de Vie, j’ai vécu une expérience au côté de jeunes en difficulté qui m’avait interpellée. En présentant mes services à l’Eglise, j’ai demandé s’il y avait un poste auprès des populations marginales, mais l’Eglise cherchait quelqu’un pour la pastorale des prisons. J’ai accepté cet engagement, comme une évidence. » 

Une nouvelle forme de vie consacrée

« Le travail dans l’aumônerie de la prison a été un élément déclencheur de ma vocation de vierge consacrée. J’ai gardé mon rythme de prière et j’ai un engagement qui correspond à ce que
je portais en moi depuis des années. » Après deux ans de discernement et de formation, Carol vit une nouvelle forme de vie consacrée en étant membre de l’Ordre des vierges consacrées. « Dans cette consécration, je deviens épouse du Christ, c’est une vraie joie. »

A l’aumônerie, Carol est membre d’une équipe œcuménique de cinq personnes. Elle intervient dans toutes les prisons de Genève, mais principalement à celle de Champ-Dollon. « L’essentiel de notre travail consiste en entretiens individuels avec les personnes. Nous animons des célébrations tous les dimanches. Nous proposons aussi des activités comme des soirées bibliques ou des soirées ciné-débat. »

Carol est heureuse de pouvoir offrir aux détenus un espace où ils peuvent être simplement eux-mêmes et acceptés tel qu’ils sont. « Nous rencontrons des êtres humains au parcours de vie très différent, mais il y a des souffrances qui nous relient. »

Un souvenir marquant de votre enfance
Mes parents n’ont jamais fait de grand discours sur la charité, mais ils la vivaient en actes. J’avais une amie, qui vivait dans le même immeuble que nous, dont la mère était dépressive. Le père avait quitté le foyer. Ma maman, lorsqu’elle préparait les repas, en faisait toujours un peu plus. Puis elle demandait, à mon frère ou à moi, d’aller le porter chez mon amie. 

Votre moment préféré de la journée ou de la semaine
J’aime aller à la messe spécialement en semaine. Lorsque je reviens de la prison, j’ai un bout de chemin que je fais à pied au bord d’une rivière. Je prends ce petit sas dans la nature pour me remémorer les rencontres de la journée.

Maximilien Marie Kolbe.

Votre principal trait de caractère
Je m’émerveille facilement. Je vois le bon côté des choses. 

Un livre qui vous a marqué
Maximilien Kolbe – Le saint d’Auschwitz de Patricia Treece. 

Une personne qui vous inspire
Maximilien Marie Kolbe. J’ai été interpellée par l’histoire de cet homme qui a fait don de sa vie à Auschwitz. 

Votre prière préférée ou une citation biblique qui vous anime
J’aime la prière de saint Nicolas de Flüe. Ma citation biblique préférée est celle que j’ai choisie comme devise pour mes vœux : « Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse. » (Jean 3, 30)

Carol Beytrison

• Elle est née et a grandi à Genève, au sein d’une famille catholique. Elle est originaire du Valais. 

• Elle a fait des études de mathématiques et a enseigné quelques années les maths avant de rentrer au Verbe de Vie.

• Elle a longtemps pratiqué le ski. Elle aime beaucoup le football et supporte le FC Sion.

En librairie – septembre 2025

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Maman, ne me quitte pas !
Bernadette Lemoine

Un grand nombre de difficultés psychologiques, de troubles du comportement ont pour origine une angoisse de séparation, signe d’une souffrance liée à une séparation mal vécue dans la petite enfance. L’événement, souvent banal, qui a conduit l’enfant à se croire abandonné, est mis en lumière, avec le concours des parents et de leur enfant. Bernadette Lemoine, en mettant des mots sur les maux, désamorce l’angoisse qui empêche l’enfant de vivre heureux. Ce livre s’adresse à tous ceux qui souhaitent donner aux enfants qui leur sont confiés l’inestimable cadeau de la confiance en la vie.

Editions Saint Paul

Acheter pour 29.70 CHF

Les blessures d’enfance
Bénédicte Sillon

Nous aimerions que nos vies, et plus encore celles de nos enfants, soient paisibles, sereines, dépourvues d’épreuves ou de blessures… Nous constatons que cela reste une chimère. Nos blessures dessinent aussi des paysages intérieurs, et donc extérieurs, bouleversants de beauté. Le projet de cet ouvrage est donc de comprendre ce qu’est une blessure, de la distinguer d’autres formes de moments douloureux, afin de mieux comprendre comment y faire face. De cheminer, en quelque sorte, le long d’un sentier qui fait passer des limites de la vie à un chemin de Vie.

Editions Mame

Acheter pour 22.20 CHF

Libéré, délivré… de mon smartphone
Tanguy Marie Pouliquen

Vous le sentez vibrer dans votre poche alors que personne ne vous appelle ? Vous êtes à l’affût de notifications en permanence ? Seriez-vous addict, sans le savoir, au smartphone ? Il faut bien se l’avouer : ce faux ami perturbe notre attention, notre concentration, notre bien-être et donc nos relations. Rien n’est perdu ! Il est possible d’entamer la déconnexion pour reprendre le contrôle sur votre portable, et ce, en 10 jours seulement. L’antidote de base : Dieu. A la manière d’un coach, le père Tanguy Marie Pouliquen a bâti un parcours progressif : 15 minutes par jour pour un détachement en douceur. Testée et approuvée, cette désintox intégrale pour vivre une libération numérique et trouver une disponibilité intérieure vous permettra de laisser plus de place à Dieu, mais aussi à ceux qui vous entourent.

Editions Première partie

Acheter pour 23.80 CHF

Abigaëlle
Dominique Perot-Poussielgue, Anastasia Wessex

Il était une fois une charmante petite marmotte nommée Abigaëlle. Qu’elle était drôle, avec ses poils brun-gris, ses yeux noisette roulant vivement de droite à gauche. Qu’elle était forte, avec ses robustes griffes et sa silhouette trapue ! Mais quand il s’agit de préparer le terrier pour l’hiver, Abigaëlle aimerait bien choisir avant ses frères et sœurs… Un conte charmant et profond pour faire réfléchir les plus jeunes aux valeurs de l’Evangile. Dès quatre ans.

Editions Emmanuel Jeunesse

Acheter pour 21.00 CHF

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