Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), octobre 2021
J’ai passé mon enfance et mon adolescence à Fully, dans la vigne de mon papa, située à flanc de coteau, surplombant la vallée du Rhône. Là, j’ai goûté à la joie de la contemplation, de l’émerveillement.
PAR OLIVIER TARAMARCAZ | PHOTOS : DR
J’ai appris à écouter le grillon, à faire silence devant le chant de la huppe fasciée, à m’émerveiller assis à côté du lézard vert, à humer les saveurs de la terre, reflet du bon goût de la Parole. J’aime observer tout ce qu’il y a de ciel dans l’herbe. Ce paysage fait partie de ma vie. Un jour, je me suis assis dans la vigne que mon papa a plantée l’année de ma naissance. J’ai commencé à dessiner les vieux ceps, les treilles oubliées, me remémorant des souvenirs d’enfance.
Le bon goût du réel. – J’ai de l’estime pour ce qui n’éblouit pas. Trop de phrases ne volent que dans des ciels bleus. La poésie de la vie se nourrit de réel. Un jour, à la vigne, mon papa m’a dit : « Un coup de pioche produit plus d’effet que beaucoup de paroles. » Les saveurs de la terre portent leur monde, discret, humble, infini. Les équations du temps contemporain épris par la transgression des lois naturelles, des lois éternelles, n’exhalent aucun parfum, aucune saveur. Elles me sont inutiles. Ma vie trouve une tonalité dans le langage de la terre du ciel, la terre que Dieu nous a léguée pour en prendre soin. Ma terre est une terre de prière.
Le rythme des pas. – Je marche au rythme des pas. La raison des pas me préserve du dogme de la vitesse apprise. Je marche dans les pas du Vigneron céleste, du Créateur qui m’invite à le suivre dans le repos, à m’asseoir à la table du partage. Dans sa présence, je fais des travaux d’intérieur dans la vigne de mon cœur. Mon premier souci est de ne pas échapper à l’éternel. Je me questionne : qu’est-ce qu’il me manque pour ne pas manquer à la vie ? Est-ce que ce que je fais, me fait ou me défait ? Quel fruit je porte dans ma vigne ?
Le fruit durable. – Ce qui est pour un temps se trouve dans le temporaire ; ce qui est pour l’éternité se trouve dans le durable. Jésus dit : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit. […] Je vous ai donné mission d’aller, de porter du fruit qui soit durable. » (Jn 15, 5-16) Détaché du Cep, je suis à l’image d’une vigne sauvage, qui croît sans mesure, sans limite, et aussi sans porter de fruit, sinon des semblants de fruits acides. Attaché au Cep, à Jésus-Christ, Il produit en moi le fruit qui demeure, le fruit de l’Esprit qui agit dans ma vie : l’amour, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la maîtrise de soi… La présence du Ressuscité reconfigure le monde sur le fondement biblique de la durabilité. Jésus dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25)
