Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), novembre 2020
Par Françoise Besson | Photo: DR
«On se demande si on sera vivant après la mort, au lieu de se demander si on sera vivant avant la mort» 1. Cette réflexion de Maurice Zundel signale un danger qui nous guette et nous échappe si souvent, celui de ne pas être vivant et de croire qu’on l’est!Aujourd’hui, la question du Salut n’occupe plus le devant de la scène, mais nous savons tous nous investir dans mille choses très prenantes que nous risquons de prendre pour la vie. Cet appel à être vivant me fait penser à la parabole des talents dans l’évangile de Matthieu (25, 14-30) : dans cette histoire, trois hommes, deux vivants et un mort… Un mort avant la mort, qui a enterré sa vie elle-même sans s’en apercevoir. Que lui est-il arrivé ? Quelque chose de très banal et de très actuel : son talent il l’a tenu serré dans sa main, inemployé pour l’autre, tout préoccupé de lui-même et du retour du Maître. Et celui-là, je crois que c’est ici, dans cette vie à peine vécue, qu’il n’a rien reçu…
Et les deux autres ? Les vivants qui ont consenti au jeu risqué du donner et du recevoir, à l’angoisse de l’incertitude, à la blessure du cœur qui saigne de la peine de l’autre… Eux, je crois aussi que c’est déjà dans ce monde qu’ils ont reçu leur récompense : la vie à pleines brassées qui fait jaillir la louange, le surcroît donné par ce Maître mystérieux, faussement absent, présent en chaque frère… Quelques versets plus loin, ce sera la question des vivants invités à recevoir l’héritage du Royaume : « Quand t’avons-nous rencontré ? »
Au sujet de cette vie pleinement vécue, qui demande tant de vigilance, Zundel, en quelques mots, trace un chemin exigeant : « La seule aventure intéressante, c’est la générosité, se risquer soi-même, sa vie et sa mort risquées pour Dieu » 2
Sur ce chemin-là, les talents se multiplient, la vie abonde…
1 Marc Donzé, / Maurice Zundel, « L’humble Présence », Editions du Jubilé, 2008, p. 47
2 Ibid p. 399, 1949
