Berceuse de la Mère de Dieu

En ce numéro de Pâques Spéciale famille, nous vous proposons un poème de Marie Noël, de son vrai nom Marie Rouget. Cette «Berceuse de la Mère de Dieu» exprime tout à la fois l’émerveillement d’une mère, l’humilité, la joie d’avoir donné la vie et la douleur…

Proposé par Yasmina Pot | Photo : Jean-Michel Moix

Poème par Marie Noël (1883-1967)

Mon Dieu qui dormez, faible entre mes bras,
Mon enfant tout chaud sur mon cœur qui bat,
J’adore en mes mains et berce, étonnée,
La merveille, ô Dieu, que m’avez donnée.

De fils, ô mon Dieu, je n’en avais pas. 
Vierge que je suis, en cet humble état
Quelle joie en fleur de moi serait née ?
Mais vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée.

Que rendrai-je à Vous, moi sur qui tombe
Votre grâce ? Ô Dieu, je souris tout bas, 
car j’avais aussi, petite et bornée, 
J’avais une grâce et Vous l’ai donnée.

De bouche, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour parler aux gens perdus d’ici-bas…
Ta bouche de lait vers mon sein tournée, 
Ô mon Fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De main, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las…
Ta main, bouton clos, rose encore gênée,
Ô mon Fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De chair, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour rompre avec eux le pain du repas…
Ta chair au printemps de moi façonnée, 
Ô mon Fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De mort, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas
Pour sauver le monde… ô douleur, là-bas,
Ta mort d’homme, un soir, noire, abandonnée,
Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée.

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