Sans doute le croiserez-vous dans les rues d’Estavayer : Fernando a été engagé, conjointement par la paroisse et Caritas, pour fonctionner comme aumônier en diaconie, partiellement à Estavayer. Et s’il a un nom bien de chez nous, il a aussi un accent sud-américain bien marqué !
Texte et photo par Claude Jenny
Il a effectivement un nom broyard – Chuard – mais n’a jamais vécu dans la Broye ! Il a débarqué dans le coin, avec femme et enfant, il y a quelques mois seulement et vit désormais à la cure de Font. Mais son passé est argentin. Pays où il est né, a fait ses études, a failli devenir prêtre et a travaillé comme travailleur social, en tant qu’aumônier de prison principalement. Une trajectoire atypique pour cet homme de 39 ans au contact aisé et sympathique et qui va œuvrer désormais à Estavayer, mais aussi à Fribourg et dans une autre localité fribourgeoise.
Engagé par Caritas à 80% et l’Eglise catholique fribourgeoise (20%), il fonctionnera comme aumônier en diaconie, les deux organismes ayant quasiment fusionné voici deux ans. « Nous voulions quitter l’Argentine car nous souhaitons pouvoir nous engager professionnellement en Eglise, ce qui n’était pas possible là-bas. » explique-t-il notamment pour justifier cette arrivée en Suisse, où il était déjà venu une dizaine de fois, mais seulement en vacances !
Dans le giron du Padre Carron
D’une ville de 8 millions d’habitants, Santa Fe de la Vera Cruz, il doit se retrouver dans la tranquille bourgade d’Estavayer ! Ce qui ne le désarçonne aucunement ! « Lorsque j’aurai découvert la région, je suis convaincu qu’il y aura moyen de me rendre utile ici » dit cet homme jovial habité d’une foi qui l’a toujours porté. Rentré au séminaire en Argentine, il se destinait à la prêtrise. Mais renonça au bout d’un an avec l’intention de rejoindre la Compagnie de Jésus. Mais il rencontra surtout Chloé, la Broyarde venue comme d’autres aider le padre Gabriel Carron, prêtre valaisan bien connu qui a mené de multiples actions en faveur des déshérités de la société argentine, et notamment les prisonniers. Chloé et Fernando se sont rencontrés dans la maison de l’abbé Carron et vécurent en Argentine jusqu’à leur décision de venir en Suisse avec leur petit Théo (2 ans). « Nous voulons donner du sens à notre vie en travaillant en Eglise » dit celui qui a épousé une réformée et qui connaît bien les deux Eglises. « Je vais avec la même joie intérieure à la messe et au culte » dit-il en rigolant, mais en ajoutant, très sérieusement, que pour lui « la messe est une nourriture dont il a grandement besoin ».
Vers l’ouverture d’une permanence
« Son rôle est encore à définir dans le détail, mais il œuvrera en diaconie » confie Nicole Monnard, « Mme Diaconie » de la paroisse Saint-Laurent Estavayer. Il fera le lien avec les organismes locaux qui œuvrent contre la précarité, représentera la paroisse au sein du groupe local de l’ACAT, etc. « Nous envisageons aussi, avec la paroisse réformée, d’ouvrir une permanence œcuménique à Estavayer où tout un chacun / e pourrait venir dialoguer en cas de problème » explique Nicole Monnard. Fernando ne s’inquiète pas : il trouvera de quoi s’occuper ! « Ici, la détresse n’est guère matérielle. Tout le monde mange à sa faim. Mais il y a certainement d’autres besoins – notamment spirituels – où l’Eglise peut être active » se réjouit ce désormais Broyard mais dont le joli accent ne cache pas ses origines !
« Fernando Chuard travaillera grosso modo à 40% à Estavayer, autant dans un autre lieu et aussi à 20% en ville de Fribourg » explique Pascal Bregnard, à la fois directeur de Caritas et responsable du pôle Solidarités de l’Eglise fribourgeoise. « La diaconie fait partie de l’ADN de Caritas et ce travail en commun avec l’Eglise fribourgeoise porte ses fruits et nous avons la volonté d’avoir une présence dans toutes les régions du canton, d’où l’engagement d’aumôniers en diaconie » explique le responsable. Ils sont déjà au nombre de sept à œuvrer dans une telle fonction dans l’ensemble du canton. Notamment en ville de Fribourg où ils se chargent notamment de la pastorale de rue ou encore de l’accueil à la maison Sainte Elisabeth.
Le nouvel aumônier va, parallèlement à son travail, entreprendre des études avec une université dominicaine pour suivre une formation plus poussée en théologie.
