Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs Monthey et Haut-Lac (VS), mars 2021
Le Mercredi des cendres ce sera l’entrée en Carême, comme chaque année. Les cendres, c’est une mise en évidence de la fragilité humaine et surtout d’une réalité devenue taboue : la mort. On en parle le moins possible et, quand on est endeuillé, tout est fait pour déranger le moins possible les amis et connaissances.
PAR ABBÉ WILLY KENDA | PHOTO : DR
Nous savons – pour peu que nous soyons attentifs aux autres – qu’en plus de nous enlever des êtres chers, la pandémie du Covid-19 a poussé jusqu’à l’extrême la rupture à la fois avec les mourants et avec les morts, et mis à nu de grandes souffrances souvent cachées : « On n’a pas pu l’accompagner, voir ses derniers moments… c’est allé vite… il nous manque un bout de sa vie… il (elle) n’est pas mort (e) du Covid mais en est une victime collatérale à cause du manque de la présence des siens dans ses derniers jours… » Ces souffrances montrent que la mort est censée faire partie de la vie. L’accompagnement est un acte vital et ressourçant, qui nous permet de faire notre deuil et de continuer notre chemin. Il permet de s’abandonner dans la confiance en l’amour divin.
Puisque le Carême est un temps de conversion et de compassion, voici trois pistes pour les 40 jours à venir.
Dans l’appel à la conversion (Mc 1, 15) ce qui est premier ce n’est pas notre effort pour changer mais la proximité de Dieu qui se laisse trouver en premier. Demandons alors à Dieu la grâce de Le rencontrer aussi à travers les épreuves de la vie. Pour cela, pensons à l’expérience mystérieuse de la paix, de la force intérieure, de la joie, etc. témoignée par les malades, les mourants, les démunis, les pauvres face à ce que nous nous appelons un échec, une perte…
Se convertir, c’est changer de mentalité, accepter de rompre avec l’esprit du monde, pour entrer dans le projet de Dieu pour nous et pour le monde. Renonçant à notre existence passée, laissons-nous être renouvelés par la transformation spirituelle de l’intelligence et revêtons l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité (Ep 4, 24).
Ensuite, pour ce qui est de la compassion, pensons à aller visiter les malades et les personnes âgées dans notre environnement proche. La maladie et le grand âge apportent souvent l’isolement, mais nous pouvons le briser par de petits gestes à inventer pour redonner vie et apporter réconfort. Un geste d’attention est toujours porteur du Christ, qui donne vie et fait vivre.
Dans le même sens, et sans oublier les autres éprouvés de la vie, pensons spécialement aux familles endeuillées dont nous pouvons deviner la souffrance, rendue double par l’inattendu de cette pandémie. Elles en sont les victimes vivantes et cachées. Dans un monde blessé par les violences, misères et souffrances, il devient urgent d’allumer une petite chandelle au cœur de la nuit. Comme le dit un vieux dicton français : « Il vaut mieux allumer une petite chandelle dans le noir que de maudire la noirceur. » Concrètement, le combat sera de trouver des moyens de contact tout en respectant le sacro-saint mur de la vie privée.
Enfin, la prière. De tous et pour tous. Pour notre guérison et notre salut. Pourquoi pas le choix d’un psaume à lire à toutes les messes dominicales du Carême, pour demander à Dieu de nous sauver de tous les dangers et en particulier du danger invisible qui nous guette : celui qui coupe de Dieu et donc de la vie et du bonheur éternels. Ainsi la communion retrouvée avec Dieu sera, quoi qu’il arrive, source de paix et de bonheur (Ps 24, Ps 33, Ps 102, etc.).
Bon Carême à tous !
