Céline Ruffieux à la barre de l’Eglise fribourgeoise

Céline Ruffieux à la barre de l’Eglise fribourgeoise
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), septembre 2021

Personne ne l’attendait ! C’est pourtant elle, Céline Ruffieux, que Mgr Morerod a choisie pour être, dès cette rentrée pastorale, sa « représentante » pour diriger la partie francophone de l’Eglise fribourgeoise. Une femme pour succéder au vicaire épiscopal Jean Glasson à la tête de l’une des grandes entités du diocèse LGF. Une femme à la barre – deux avec sa collègue pour la partie alémanique : une première historique ! Un challenge qui n’effraie pas cette Gruyérienne habituée à marier psychologie et spiritualité, activité en Eglise et famille nombreuse. Rencontre.

PAR CLAUDE JENNY | PHOTOS : VALENTINE BRODARD

Ecouter,
et non exclure

Sur les questions « chaudes » qui dérangent, la nouvelle représentante de l’évêque ne se prononce pas, hormis sur la pédophilie où elle sera dans la stricte ligne de l’évêque avec zéro tolérance. Sur les couples divorcés-remariés, l’intégration des couples du même sexe, elle s’affiche ouverte à la rencontre et à l’échange – « Je suis contre toute forme d’exclusion ! » – mais sans s’engager davantage. Et si des « affaires » devraient voir le jour, elle prône là aussi le dialogue : « J’écouterai les personnes, pour comprendre ce qu’elles vivent et pourquoi, puis j’en référerai à l’évêque. Mais nous sommes régis par des règles propres à l’Eglise, des dogmes que nous devons respecter. C’est donc en amont qu’il faut agir pour que des situations embarrassantes n’existent plus. »

« J’ai été surprise que l’évêque pense à moi. Même interloquée ! J’ai pris le temps de discerner, de consulter ma famille et j’ai dit « oui », car cette décision de l’évêque de nommer des laïcs à la tête des régions de son diocèse, est une chance pour l’Eglise. Qui plus est en désignant une femme, une mère de famille, ma nomination va donner plus de légitimité à la place des femmes en Eglise. Il ne fallait pas passer à côté de cette opportunité » explique celle dont la nomination a surpris, mais dont beaucoup ont aussitôt dit dans le sérail : « C’est un bon choix ! » « Heureusement, confesse-t-elle, car si j’avais senti un vent de fronde, j’aurais renoncé ! »

Quand le hasard…

C’est un peu par hasard que cette Gruyérienne mère de cinq enfants est devenue « professionnelle en Eglise ». Parce que l’un de ses enfants risquait d’être privé de
préparation à la première communion, elle a d’abord relevé le défi de devenir
catéchiste. Puis de suivre ce que l’on appelait encore l’IFM (Institut de formation aux ministères) et basculer professionnellement dans le chaudron de l’Eglise, d’abord dans son unité pastorale de la région bulloise, puis dans le service de la formation et de l’enseignement au Vicariat cantonal.

Pour un fonctionnement à l’horizontal

« Ce fut un choix que j’ai fait de changer ma vie pour lui donner davantage de sens » dit celle qui, psychologue de formation, a exercé sa profession dans divers cadres avant de bifurquer en Eglise. « J’ai toujours enseigné, toujours eu un pied dans la transmission. Il m’appartiendra désormais de faire que toutes les équipes qui œuvrent à faire souffler le vent de l’Eglise puissent accomplir leur mission en instaurant un fonctionnement aussi humain que possible. Céline Ruffieux entend être davantage une accompagnatrice qu’une cheffe ! Même si, patronne, elle sera prête à relever ce qui s’avérera évidemment un challenge de taille, mais confiante de pouvoir instaurer un fonctionnement aussi horizontal que possible.

Priorité au dialogue

La nouvelle responsable ne se berce pas d’illusions : des conflits, des embrouilles, elle en aura à gérer. Mais forte de son bagage de psychologue, elle espère que le dialogue l’emportera. « L’Eglise, ce sont d’abord des personnes au service d’un idéal de foi. Les structures ne sont qu’un outil au service de la cause. Chacun et chacune a sa place, son rôle à remplir, et nous devons y parvenir sans faire de l’ombre à quiconque. Nous ne sommes pas en concurrence, ni dans un contexte d’entreprise » explique Céline Ruffieux qui dit vouloir accorder une grande place au dialogue.

Si elle n’hésitera pas à consulter l’évêque pour régler des problèmes sensibles, elle entend toutefois bien être la « patronne » de toute l’équipe, prêtres et laïcs, et elle ne voit pas a priori pourquoi elle ne pourrait pas dialoguer avec un prêtre, même si l’évêque auxiliaire s’est vu désigner pour être une voie d’écoute pour le prêtre et religieux qui aurait besoin de s’adresser à l’un de ses semblables. Mais comme au vicaire épiscopal avant, c’est à elle notamment qu’il incombera chaque printemps de faire des propositions de changements dans les équipes (le plus souvent avalisés par l’évêque).

Favoriser la transversalité

Céline Ruffieux en est consciente : elle a un large champ de liberté dans la manière de manœuvrer, de gérer toutes ses équipes, tant dans les UP que dans les services centraux. Mais elle ne va rien brusquer : « Je vais prendre le temps de connaître les personnes et les structures, d’observer, de poser des questions, puis de trouver ensemble, avec les équipes, les bons processus pour faire avancer le train de l’Eglise. En misant sur cette transversalité que l’évêque appelle de ses vœux. Céline Ruffieux l’estime possible : « C’est notre ADN d’évangéliste, dit-elle. Nous devons travailler pour le royaume de Dieu et non pour divers petits royaumes ! Nous devrions donc arriver à dégager des visions communes sur certaines questions et ainsi avoir des approches similaires entre les quatre entités du diocèse, tout en respectant certains particularismes locaux. »

Céline Ruffieux entend travailler sur des axes prioritaires : d’une part, « la force renouvelante de la Parole qui change les cœurs » et, d’autre part, « la force de l’accueil de l’autre et des autres et du travail en équipe ». Beau programme !

Le vicaire est parti à Vevey

L’abbé Jean Glasson, vicaire épiscopal jusqu’à cet été, s’en est retourné en paroisse selon le souhait de son évêque de remplacer les prêtres par des laïcs à la tête des vicariats, devenus « régions diocésaines ». Ainsi, l’abbé Jean a pris la route de la Riviera vaudoise où il fera désormais le bonheur des milliers de paroissiens de la grande UP de Vevey qui regroupe, outre la ville de Vevey, les communautés de La Tour-de-Peilz, Corsier, Corseaux, Blonay, Saint-Légier.

Des femmes oui, mais pas que…

Que les hommes se rassurent, Céline Ruffieux n’entend pas féminiser outre mesure les services de l’Eglise ! « Je suis féministe dans le sens que je défends la place des femmes dans la société et notamment des mères qui, comme moi, ont toujours mené de front vie familiale et vie professionnelle. Mais ceci ne signifie pas que je sélectionnerai en priorité une femme lorsqu’un poste sera vacant ! L’important est de mettre la bonne personne, la plus compétente, à la bonne place. »

Wordpress Social Share Plugin powered by Ultimatelysocial
LinkedIn
Share
WhatsApp