Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), novembre 2020
Par Jean-Pascal Genoud | Photo: LDD
Il est certain que novembre se revêt volontiers de la couleur du deuil et, en particulier, de la mémoire d’êtres chers qui nous ont quittés. Toutefois, si l’on en croit le philosophe Jean-Michel Longneaux, l’expérience du deuil marque nos vies de façon plus fondamentale et plus permanente. « Nous sommes amenés à vivre un deuil chaque fois que notre vie ne peut plus continuer comme avant, sans possibilité de retour en arrière. »Mais une difficulté survient aussitôt : dans ces nombreuses occasions où la vie nous conduit à des pertes, nous regardons d’abord dehors. Nous nous fixons volontiers sur ce que nous avons perdu : un être aimé, la santé, un travail, un rêve contrecarré, une illusion qui s’effondre. Or c’est dedans que ça se passe. Le deuil touche à notre identité.
« Le deuil est un processus salutaire qui ne nous délivre que de notre ancienne peau, que de ce qui est déjà mort en nous, puisque nous ne le sommes plus, mais que, pourtant, nous refusons obstinément de lâcher. […] »
Ce nécessaire et douloureux travail a été abondamment décrit. Il est bien connu de tous les thérapeutes et accompagnateurs. Il y a pourtant, dans la diversité des réactions qui sont liées à notre personnalité, une constante absolue : nous ne nous en sortons pas sans en parler à quelqu’un ! En ce sens, il semble que, en Eglise, nous devons regretter qu’il n’y ait pas plus de lieux de parole où il soit possible de parler de ce que nous vivons.
Enfin, et là c’est probablement la grande force des célébrations de la Toussaint, à côté du registre de la parole, il y a aussi celui, tout aussi déterminant, du « rite ». Ces gestes que nous vivons ensemble nous pacifient, nous humanisent, efficacement bien qu’humblement : ils nous donnent d’appartenir à cette humanité qui a dépassé les illusions et les faux désirs, pour être ensemble capables d’apprivoiser finitude, solitude et incertitude. Ces trois beaux termes formant le titre même du bel essai de Jean-Michel Longneaux.
