Changement de cap…

Changement de cap…
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Une trajectoire professionnelle a beau être programmée de longue date, il reste que d’étonnants carrefours se présentent parfois au détour d’une rencontre ou d’une expérience. C’est l’occasion d’une remise en cause d’anciennes certitudes. De nouvelles convictions jaillissent ! Cela suffit pour oser prendre une nouvelle direction… C’est ce qui est arrivé à Matthieu Bender, originaire de Fully. Il raconte…

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR, PIXABAY

Comment votre carrière professionnelle a-t-elle débuté ?

J’ai d’abord accompli un apprentissage d’assistant socio-éducatif, car il était clair pour moi que je voulais travailler avec les enfants. Et en effet, après trois ans de formation, j’ai pu exercer dans plusieurs établissements médico-sociaux. Ce fut une expérience très enrichissante tant au niveau professionnel que personnel. Là, j’ai pu développer de nombreuses compétences dans l’animation mais aussi dans le domaine des soins à la personne.

Et comment votre nouveau projet professionnel s’est-il formé ?

Il y a plusieurs facteurs. D’une part, il y a le travail en EMS. La vie en EMS amène forcément à côtoyer des personnes endeuillées. Ces personnes qu’on accueille et avec qui on tisse des liens parfois forts vivent, souvent, dans cet espace, leurs dernières années d’existence. Mon travail était donc principalement de les accompagner dans cette direction, d’être un soutien.

D’autre part, il y a quelques années, mon père est décédé des suites d’une pneumonie. Une épreuve qui m’a alors plongé au cœur même de la violence du deuil, de la souffrance au sein de la famille et du sentiment d’injustice lié à l’incompréhension d’un départ prématuré, soudain et imprévisible.

Enfin, ce qui a joué aussi dans la formation de mon projet, c’est que, à l’occasion du décès de mon père, lors de l’entretien avec les pompes funèbres, je n’ai pas senti que notre volonté, par rapport à sa prise en charge, ait été complètement respectée. En effet, mon père nous avait toujours précisé qu’il voulait une cérémonie laïque 1. La personne qui nous a accompagnés lors de ces démarches ne semblait pas impartiale quant à la forme de la prise en charge. Nous avons dû insister à plusieurs reprises afin de faire respecter les dernières volontés de mon père. Malheureusement, cela a été vain ! Aujourd’hui encore, ce manque d’écoute et d’empathie me pèse car le souhait de mon père – qui était aussi le souhait de ma famille – n’a été ni compris, ni respecté.

A quel moment avez-vous pris la décision de changer de profession ?

Après avoir voyagé quelque temps, je suis revenu en Suisse. J’ai travaillé dans des bars puis de nouveau en EMS. Je me suis finalement rendu compte que ce métier ne me donnait plus autant de satisfactions. En d’autres mots : j’avais besoin de faire autre chose, de me réorienter.

Par le fruit du hasard et… la magie des réseaux sociaux, j’ai répondu à l’annonce de Monsieur Yvan Sierro qui ouvrait son agence funéraire. Après avoir, il est vrai, hésité quelques jours, j’ai décidé de le contacter. Notre entretien a été décisif. En échangeant, j’ai découvert un homme avenant qui partageait ma vision des choses et notamment au sujet de l’importance du respect des souhaits du défunt, de la nécessité d’être très attentif au positionnement des familles en matière de convictions et croyances.

Ce qui m’a plu, c’est son souhait de s’entourer d’une équipe fonctionnant dans une organisation très horizontale. Ses collaborations notamment avec Muriel Voutaz-Duay pour l’accompagnement au deuil et « Les Concerts du Cœur » pour les familles qui désirent une prestation musicale.

Concrètement, quelles tâches assumerez-vous ? Lesquelles suscitent peut-être davantage de craintes en vous ?

Sur le long terme, je devrai assumer toutes les tâches qui incombent à un assistant funéraire, c’est-à-dire les contacts avec les proches de la personne défunte, la levée et la préparation du corps, la gestion des aspects administratifs, l’organisation de la cérémonie, etc.

Je crois que ce qui suscite le plus de crainte pour moi restent les aspects administratifs de tout ça, même si mon patron nous a expliqué les enjeux en détail et qu’il sera présent en soutien jusqu’à ce que nous soyons tous à l’aise avec nos tâches.

Comment voyez-vous votre avenir dans cette profession ?

Je suis très heureux de me lancer dans cette nouvelle profession si particulière. Ce sera probablement riche de sens pour moi. En effet, j’ai toujours eu une certaine curiosité pour ce monde. Pourtant, impossible de dire aujourd’hui si je travaillerai toute ma vie dans une agence funéraire… Pour l’instant je suis dans la découverte, dans l’appréhension de cette nouvelle expérience. Ce dont je suis sûr c’est que les aspects psychologiques et spirituels en relation à la mort et au deuil m’intéressent vraiment.

1 Une cérémonie funéraire laïque est un rite d’adieu qui ne s’appuie ni sur une spiritualité, ni sur des convictions religieuses.

 

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