Daniel Marguerat, théologien, exégète, professeur honoraire à l’université de Lausanne, a publié en 2015 un ouvrage intitulé « Résurrection, une histoire de vie 1 ». Ce petit ouvrage est une mine d’informations pour qui s’intéresse à une lecture actuelle des Ecritures.Par Françoise Besson
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En ce temps pascal, je me propose d’en partager avec vous quelques réflexions, comme clés de lecture, non pas pour clarifier une fois pour toutes cette affaire, mais peut-être au contraire, pour redonner vie à ce mystère, nous donner envie de nous en approcher.
L’absolue surprise
Parmi les nombreuses découvertes que propose ce texte, une première : la résurrection du Christ n’était pas attendue, c’est même, dit D. Marguerat « une absolue surprise et non l’exaucement d’un long désir » (48) 2. Quelques éléments pour comprendre le caractère inattendu de l’événement :
• De fait, les juifs croyaient à la résurrection des morts mais en d’autres temps et d’une autre façon. Leur espérance, nous dit l’auteur, était comme une réponse face à « l’inquiétude causée par le triomphe du mal et l’apparente passivité de Dieu ». En ressuscitant les morts « justes », Dieu rétablira la justice (16). Mais, et c’est là la nouveauté, cette résurrection était attendu non pas pour aujourd’hui mais pour la fin des temps et elle n’était pas non plus envisagée pour UNE personne, en l’occurrence ce Jésus de Nazareth, mais pour tous les justes (24).
• Au moment de la rédaction du Nouveau Testament, il n’y avait pas de vocable « résurrection » qui corresponde à ce qui est devenu pour nous, chrétiens, un mot presque banal. Trois types de langages expriment cet état de fait : l’éveil (être éveillé, relevé), l’exaltation (être élevé à la droite du Père) et la Vie, ce dernier terme étant surtout utilisé dans l’évangile de Jean (17).
• Enfin, dans chacun des évangiles, on se rend compte de la difficulté qu’ont les disciples à croire ce qui leur est annoncé, c’est « une nouvelle à laquelle personne n’accorde de crédit » (49). L’exemple de Thomas (Jn 20, 25) nous est bien connu et dans l’évangile de Luc, la réaction des apôtres lorsque les femmes transmettent le message reçu est représentative de cette difficulté : « mais ils prirent ce discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes » (Lc 24, 11).
Pas de preuves mais des signes
Il n’est pas possible de prouver la résurrection, « aucun témoin objectif n’a été spectateur de la résurrection » et le Christ ne s’est donné à voir qu’à des croyants… (35) Mais le signe de cette résurrection dit D. Marguerat, n’est pas à chercher dans une réponse à la question : qu’est devenu le corps de Jésus ? Il faut l’apercevoir dans l’efficacité d’une parole, dans l’œuvre de la grâce, dans la contagion du pardon. (36) Ce qui atteste que Paul a vu le ressuscité, c’est l’œuvre de la grâce à travers lui qui était le persécuteur des chrétiens et qui est devenu apôtre de ce Jésus-Christ. Cette rencontre est garante d’une force de vie féconde qui fait surgir la foi. (36)
Quel sens ?
Quel sens attribuer à cet événement qu’il est impossible de prouver et qui a surgi comme l’inattendu dans la vie des amis de Jésus ? Croisant les différents récits au sujet de la présence de Jésus ressuscité, D. Marguerat ouvre de nombreuses pistes de réflexions, en voici quelques-unes :
• C’est Jésus qui se fait voir, c’est lui qui en prend l’initiative. (59) Il vient à la rencontre des disciples d’Emmaüs, il se manifeste à ses disciples et leur annonce la paix, dans cette maison « plus fermée que le sépulcre, où le groupe s’est verrouillé dans sa peur ». (63)
• Sa présence n’est pas un retour en arrière, elle est autre : « Pâques n’annule pas l’effet de la mort, la résurrection ne vient pas rétablir ce que la mort a coupé. Pâques révèle plutôt le mystère de la présence d’un Absent » (63).
• « Ce qui arrive au Christ, montre que d’une vie brisée, de blessures profondes, peut surgir une vie nouvelle et inattendue. Cela ne justifie ni ne glorifie aucune souffrance que ce soit. » Mais croire que même des blessures profondes peuvent se régénérer en une vie nouvelle, peut alléger le poids du passé quand celui-ci semble n’être que pure perte. (66)
• Enfin, la manifestation du ressuscité remet en route les personnes. Dans cet envoi en mission, avec la promesse des dons de l’Esprit, les croyants sont dans un re-départ et prennent le relai du Maître qui s’efface. (59)
Pour conclure
« Croire ne signifie pas avoir foi dans l’histoire, mais croire en un Dieu qui agit dans l’histoire » (70) dit D. Marguerat. J’ai espoir que dans cette période de turbulence, dans nos vies où nous nous sentons parfois si fragiles, nous saurons reconnaître le Dieu de la résurrection, celui qui relève, celui réveille, celui qui nous donne la vie…
1 Daniel Marguerat, « Résurrection, une histoire de vie », Editions Cabédita, Bière, 2015.
2 Les numéros entre parenthèses indiquent la page du passage concerné.

« Dans le monde des religions, le christianisme ne se singularise ni par un type particulier de piété, ni par des rites spécifiques, mais par une conviction fondatrice : il n’est aucun échec, pour l’homme ou pour le monde, que Dieu ne puisse surmonter. » (68)
« Croire en la résurrection nécessite une preuve par l’acte : faire confiance à un Dieu qui relève, qui met debout, même après le plus total échec. » (37)
