Le Covid et sa cohorte de restrictions me sont apparus comme une expérimentation mondiale d’étude des comportements face à une menace. Cela peut conduire à plus de soumission à une autorité sous le contrôle «scientifique» d’experts ou, au contraire, réorienter notre avenir vers plus d’humanité. Jusqu’où tiendra notre monde?
PAR JEAN-PIERRE DEMURGER
PHOTO : PIXABAY
Une expérience réalisée dans les années 60 et connue sous le nom du psychologue américain Stanley Milgram, avait pour but d’évaluer le degré d’obéissance de sujets devant une autorité qu’ils jugent légitime et d’analyser le processus de soumission à cette autorité, notamment lorsqu’il induit des choix posant des problèmes de conscience 1.
L’expérience. – Un « professeur » inflige des « punitions » à un « élève » sous forme de chocs électriques s’il commet une erreur et ce, sous le contrôle d’une « blouse blanche ». Ces chocs peuvent être mortels. Si le professeur décide d’arrêter, l’autorité scientifique lui demande de continuer, car tout est « sous contrôle ». Lors des premières expériences menées par Stanley Milgram, 62,5 % des sujets menèrent l’expérience à terme en infligeant à trois reprises la punition maximum (mortelle) à son élève. Milgram a qualifié à l’époque ces résultats « d’inattendus et inquiétants ». J’ai longtemps vu cette expérience comme désastreuse. Je suis d’une génération où « le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière de l’Alsace », dixit les scientifiques. Aujourd’hui, j’en comprends le côté positif. Une partie de la population est capable de « résister » et de sortir d’un problème avec des solutions « nouvelles » malgré toutes les contraintes qui peuvent lui être imposées par des autorités et ce, même si le conformisme contraint une majorité de la population. C’est plein d’espérance, car c’est ainsi que, il me semble, le christianisme est né.
Nos libertés. – Pourquoi, à travers cette pandémie, sommes-nous capables d’aliéner nos libertés face à une autorité, sans que cela ne génère davantage de problèmes ? Est-ce un effet de crise ou de masse que l’exécutif décide et que, sous le stress et la contrainte, la réflexion s’efface. Avons-nous encore un libre arbitre ? Sommes-nous capables de l’exercer ? Certes, la liberté est d’abord angoissante. Et l’autorité a ceci de rassurant que nous pouvons agir dans un certain cadre sans nous poser de question mais cela implique la confiance.
Un choix pour l’avenir. – Il n’y a pas de libertés sans choix. Or, nous sommes aujourd’hui devant un choix : continuer comme par le passé ou passer à un autre paradigme respectueux de notre humanité et de notre planète. Quel est le choix pour notre avenir ?
• Exercer notre libre arbitre en faisant des choix pour notre avenir ? Et comme choisir, c’est renoncer, à quoi devons-nous renoncer ?
• Laisser notre avenir en gestion à nos autorités dans des systèmes démocratiques ou non, qui ne pourront que nous contraindre en parant aux crises qui s’enchaîneront de plus en plus vite ? Crises qui appelleront la suspension (ou la suppression) de nos libertés…
Dans son dernier ouvrage, Philippe Guillemant 2 écrit : « Une chose est sûre. Cet ancien futur est le prolongement du monde d’avant, en pire, c’est-à-dire, toujours plus de pollution, de destruction de la nature et du vivant, de surconsommation, de dépense d’énergie et d’information. C’est aussi l’aliénation de l’être humain à travers les technologies liberticides qui veulent s’imposer à nous aujourd’hui : la 5G avec les objets connectés, le traçage de la population, la surveillance par drone et le puçage humain. » Les systèmes (démocratiques, éducationnels, judiciaires, médicaux, etc.) craquent en général à la marge comme les vieilles outres avec du vin nouveau. Il y a toujours des moyens d’accélérer leur chute, en poussant les protocoles qui nous gouvernent dans leur retranchement.
Ceci ne nous dit cependant pas comment construire le futur. Dans ce sens, Philippe Guillemant dit aussi : « Si vous ne voulez pas du transhumanisme, soyez lucides et sachez dire non, mais sans vibrer la peur et la violence. Vibrez plutôt la joie et la puissance de l’être souverain et confiant qui sait que ce futur ne passera pas par lui. Vibrez des projets solidaires, autonomes et résilients qui valorisent la nature au lieu de la détruire. Rêvez de rejoindre des initiatives innovantes et créatrices en allant vous installer dans la campagne. Mais n’oubliez jamais qu’on ne crée pas son futur avec son mental, mais avec son cœur. »
Notre futur est-il déjà figé, sans que nous puissions le modifier ?
1 Source : Wikipédia.
2 Extrait de Philippe Guillemant, « Le grand virage de l’humanité : Vers quel nouveau futur nous dirigeons-nous ? », Ed. Guy Trédaniel, 2021.
