Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs Monthey et Haut-Lac (VS), juin 2020
Par Nicolette Micheli et Sandrine Mayoraz | Photo: François-Xavier Mayoraz, Nicolette Micheli
A l’heure où les autorités fédérales annoncent les phases de déconfinement, deux rédactrices du magazine paroissial vous partagent un bout de leur vie spirituelle. Découvrons d’abord le témoignage de Nicolette Micheli puis celui de Sandrine Mayoraz, qui évoquent leurs manques, leur « perle » et leur défi pour demain.Nicolette Micheli
Les médias ne cessent de déverser leur flot de mauvaises nouvelles et on nous annonce que le pire est à venir. Pourtant, aujourd’hui, l’horizon s’éclaire : les grands-parents peuvent ouvrir leurs bras à leurs petits-enfants. Ces retrouvailles, quelle joie ! Ce manque de liens sociaux en vrai fut une épreuve. Plus de fête de famille, plus de contact entre amis, plus de visite à l’EMS, plus question d’entourer un proche à l’hôpital. Plus tragique encore : interdiction d’accompagner son cousin à sa dernière demeure.
A l’intérieur de nous, pas de confinement
Malgré tout je mesure ma chance : ma voisine fait mes courses, je cuisine pour elle et pour d’autres, je m’occupe de mon jardin, je me balade le long du Rhône ou en montagne et je m’émerveille devant cette nature qui renaît chaque printemps.
Oui, nos libertés sont limitées, mais, à l’intérieur de nous, pas de confinement. Le silence retrouvé m’ouvre à l’intériorité. Je lis dans le calme, je goûte à la musique, je prie pour les autres. Surtout pour ceux dont ce virus rend leur quotidien encore plus difficile. Oubliés des médias, ils existent toujours ces réfugiés entassés dans les camps, ces victimes de guerres interminables et ces pauvres en quête du strict nécessaire.
Elargir la prière
Chaque matin le pape François nous invite à élargir notre prière au monde entier et renforce notre confiance en Dieu. Chaque dimanche, notre évêque nous rassemble pour partager la même espérance. Ses homélies nous apportent lumière et réconfort. Mais j’attends avec impatience une messe et une communion « pour de vrai ».
Mon défi pour demain : ne pas oublier Dieu quand tout va bien et « ne pas lui laisser qu’un rôle de paratonnerre utilitariste » comme nous l’a dit notre évêque. Demain, saurons-nous vivre plus sages et plus solidaires sur cette terre onnée en partage ? Si demain les humains continuent à déployer tous les trésors de solidarité, de dévouement et de courage qui se sont manifestés autour de nous, alors nous serons sauvés.
Sandrine Mayoraz
La foi et le rassemblement
Dans mon agenda tout s’annule et je mesure à quel point ma vie de foi passe par le fait de se rassembler ! Certains groupes de jeunes, comme la Montée vers Pâques ou le Relais, ont pu continuer sous forme de vidéoconférence pour prendre des nouvelles. C’est mieux que rien, mais génère une grande insatisfaction et impatience de ne pas être en « vrai », de ne pas rire, manger ensemble. Je constate à quel point notre foi s’appuie sur la relation amicale, sensorielle et sociale. Et on se réjouit profondément de pouvoir vivre en communauté.
De nouvelles habitudes
En famille, suivre la messe en direct à la télévision dans notre salon avec deux enfants en bas âge, c’est le même défi qu’à l’église paroissiale. Et même plus difficile. Par contre, nous prenons de nouvelles habitudes. Souvent, nos promenades nous ont conduits à l’église. Nous entrons, nous allumons une bougie et nous récitons une courte prière à Marie. Nous lui confions ceux qui prennent soin de nous. Ce petit rituel à l’église révèle combien les gestes sont porteurs de sens. Même si nous, parents, nous oublierons cette habitude après le confinement, nos enfants garderont ce réflexe et nous le rappelleront chaque fois que nous passerons devant une église, un lieu qui leur est devenu si familier.
Ce qui m’a marquée aussi, c’est que nous n’étions jamais les premiers à allumer une bougie. D’autres paroissiens sont passés dans la journée. J’ai toujours une pensée pour ceux qui ont allumé leur lumignon avant nous. Une communion de prière.
Comment partager sa foi
Difficile de participer à la messe, mais possible de lire la Bible. J’ai participé à un groupe biblique virtuel. Lire, tous, le même passage, échanger juste un petit verset par message, me rappelle combien le partage de la foi est essentiel pour moi. Le regard de l’autre m’ouvre à des perspectives inattendues, qui font écho à la Parole de Dieu. Cela a eu un sens spirituel fort car ce groupe s’est constitué par « hasard » avec des amis, et des inconnus que je ne rencontrerai probablement jamais. De beaux textes découverts m’ont enracinée en Dieu et donné confiance pour un présent incertain.
Mon défi pour demain : garder des petites fidélités quotidiennes qui enracinent doucement mais fermement ma foi.
(7 mai 2020)
