Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), octobre 2021
« Qu’est-ce que c’est pour toi – pour vous – l’église ? » Voilà la question à laquelle ont été confrontés ceux et celles qui s’expriment ici. A une exception près, ces deux petites filles qui, comme le font souvent les enfants, donnent une réponse à une question qui n’a pas encore été posée…
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : PIXABAY, PASCAL TORNAY
Si on me dit le mot « église », je pense au bâtiment, à ces édifices où je vais retrouver une chaîne humaine qui remonte à des siècles, voire des millénaires… Ces gens s’y retrouvent parce qu’ils
s’interrogent sur leur vie ou qu’ils ont quelque chose à demander, ils se rassemblent pour une
eucharistie ou pour prier vers la croix, ils viennent là… Entrer dans une église, c’est déjà entrer en relation avec tous ces gens venus dans ce lieu depuis des siècles aux moments importants de leur vie… L’église, c’est le lieu habité de leur intention tournée vers le bon et le bien et cette intention m’attire et me plaît. L’église est aussi au croisement de la dimension verticale et horizontale. Le bâtiment lui-même symbolise ce croisement, la lumière qui traverse les vitraux, comme la transcendance, rejoint chaque personne, rejoint toutes ces intentions orientées vers le bien… C’est tout cela qui vient à moi quand j’entre dans une église…
Une personne qui travaille dans le quartier et qui commence ses journées
en passant un moment dans l’église paroissiale de Martigny
L’église… Ce monument ouvert à tous représente un havre de Paix où il fait bon se ressourcer. Il offre, entre autres, la tranquillité nécessaire et si rare pour se «recentrer».
Une habitante, non pratiquante, du quartier (Ville)
Pour moi, l’église, c’est plus la communauté que l’institution, et si je devais la dessiner, ce serait une bulle… Une bulle transparente dans laquelle on se met un peu en retrait, un lieu de ressourcement… Cette bulle te coupe du monde, mais en même temps, quand tu es dedans, tu es au milieu du monde…
Une libre-penseur
Dimanche matin. Je tente de faire mes exercices de flûte traversière mais le son des cloches de l’église remplit la rue et m’empêche de me concentrer. Machinalement, je joue d’oreille les notes du clocher que j’entends depuis bientôt huit mois tous les jours. Je regarde par la fenêtre et l’aperçoit, majestueuse.
Je la connais depuis enfant, ayant fait mon pardon, puis ma communion, et ensuite ma confirmation. C’est toujours la même, mais elle a évolué durant les années, entre les arbres qui ont poussé, les nouveaux locaux qui se sont construits, et les fidèles qu’elle a accueillis. Malgré mon parcours catéchétique exemplaire, je dois reconnaître que je ne suis pas une grande assidue des bancs de l’église. Pas de manière conventionnelle et attendue, je dirais. Mes parents n’étaient pas pratiquants et nous y allions uniquement pour la messe de Noël et de Pâques. Pour les mariages, ou les enterrements. La vie, en somme. J’ai pourtant toujours trouvé réconfort dans les églises. Plutôt dans une approche spirituelle que religieuse. J’y suis allée encore tout dernièrement, seule, profiter du silence et de la sécurité que m’offre le cœur de l’église, notamment en m’agenouillant devant Marie. Je ne sais pas si j’ai prié. Ni si je sais réellement comment faire. J’ai de vagues
souvenirs des prières apprises enfant mais qui, récitées d’un ton monotone, m’apparaissaient vides de sens. Mais je m’adresse souvent à Marie, plus qu’à d’autres personnes de la Bible ou à Dieu. Peut-être que je trouve en elle une présence maternelle et rassurante.
J’entre à l’église toujours avec émotion. Je fais le signe de croix et la génuflexion, avant de m’assoir dans les bancs. J’y ai souvent joué en tant que musicienne, soit pour accompagner le chœur mixte de la paroisse, ou encore avec l’Harmonie, pour la Sainte-Cécile, patronne des musiciens. Jouer dans une église apporte une dimension divine et je suis toujours honorée de pouvoir mêler la musique à la spiritualité. En sortant de l’église et de sa dimension mystique, le choc avec la vie du quartier, bruyant et animé, me surprend à chaque fois. Il y a la bouchère qui fait sa pause, le patron du café sur sa terrasse, des enfants qui jouent près de la fontaine. Et tout cela forme finalement un bien joyeux mélange.
Viktoria Rausis, habitante du quartier (Ville)
Deux petites filles se rendent au Café du Parvis, ce lieu ouvert à tous, tous les lundis soir. Au vol, quelqu’un recueille cette perle de conversation enfantine : « Ça, c’est l’église où on mange la soupe ! »
Eglise ou église ?
Notez qu’en français, l’Eglise avec majuscule désigne la communauté ou l’institution, tandis qu’avec le terme église, on parle du bâtiment.
Quand je rentre dans une église comme celle de Martigny, je sens la dimension spirituelle, quelque chose qui m’élève et qui invite à être meilleure, à se tourner vers les autres, vers soi-même et vers ce que l’on peut appeler « Dieu »… C’est une invitation à sortir de soi-même, vers quelque chose de plus grand, qui nous dépasse… Et paradoxalement, l’Eglise est une source de souffrance, marquée, d’exclusion, de dogmes, de règles… Je peux entrer seule dans une église au moment où il n’y a pas d’office et me sentir vraiment bien, reliée à plus grand que moi, mais quand l’Eglise avec un grand E prend forme, je ne me sens plus du tout à ma place, j’éprouve comme un rejet…
Une croyante sans religion
Voilà l’église… dessinée par quelques personnes qui ne seront pas à côté de nous à la prochaine célébration. Elles retrouvent dans
ces murs, d’air ou de pierre, la présence qui nous dépasse ou le réconfort, le dialogue intérieur et aussi, mystérieusement, la présence des autres… Merci à eux pour le partage de leurs réflexions.
