Rencontre avec Pauline Praplan, responsable du Foyer pour candidats réfugiés de Vouvry, au domaine des Barges. Entre ses nombreux rendez-vous, elle m’accorde une heure de son précieux temps, merci !
Par Nicolette Micheli | Photos : Gervaise Imhof
« Il y a du job ! » me dit-elle dans un large sourire et c’est avec dynamisme qu’elle répond à mes questions de manière nette et précise. Le Foyer est situé sur un vaste domaine acheté par l’Etat du Valais en 1999. L’entreprise Sygenta en loue une partie pour conduire des essais sur les arbres et les plantes. Dès août 2011, l’Office Valaisan de l’Asile utilise ce site comme Centre de Formation pour les réfugiés. Marie-Pascale Chambovey se souvient de cette époque où elle a enseigné le français à une trentaine de résidents qui suivaient diverses formations.
Puis la guerre en Ukraine éclate. Il faut augmenter en urgence le nombre de places disponibles. Grâce à des conteneurs-habitations, ce Foyer accueille 200 personnes qui viennent en majorité d’Ukraine, de Turquie, d’Afghanistan et d’Afrique de l’Ouest. Familles, célibataires, jeunes et aînés se côtoient sans grand problème. La mixité de cette population contribue favorablement au « bien vivre-ensemble » du groupe, malgré leurs différences de culture.
Toutes ces personnes sont occupées. De nombreux projets sont mis en place pour répondre à leurs besoins, favoriser leur autonomie et leur intégration. Outre les cours de français, on les rend attentifs au respect de l’égalité entre hommes et femmes, on les renseigne sur les structures et le fonctionnement de la vie en Suisse. Des projets ciblés soutiennent les familles monoparentales et les mineurs non accompagnés. Pauline précise : « Nous avons ici 40 enfants répartis en 4 classes. Ils apprennent à vivre ensemble, à être disciplinés, à communiquer en français et se préparent à l’intégration. En Valais, déjà 700 élèves sont intégrés en classes de scolarité obligatoire. Nous avons aussi 50 jeunes entre 18 et 30 ans qui partent à l’extérieur dans des structures qui leur sont destinées. Ils s’y préparent à entrer dans la vie professionnelle. »
Les adultes restent sur le site et, avec les personnes qui les encadrent, assurent le bon fonctionnement du Foyer. Certains sont en cuisine pour assurer chaque jour les repas de 200 personnes, d’autres entretiennent l’extérieur, participent aux nettoyages, travaillent à la buanderie, à l’intendance ou redonnent vie à des meubles ou des objets récupérés. Beaucoup cultivent l’immense potager et le verger qui leur fournissent légumes et fruits frais.
Quelques bénévoles aident les aînés ayant des difficultés à aborder une nouvelle langue et à s’insérer dans le monde du travail. Les apprentissages visent plutôt les codes sociaux. Pauline va à l’essentiel : « Quand on sait dire : s’il te plait, merci, bonjour… et avec le sourire, c’est le début d’un échange. L’on profite aussi des fêtes pour proposer des animations afin d’apporter une nouvelle dynamique au Foyer. » Avec son équipe, Pauline Praplan a préparé une belle fête de Noël pour la joie des petits et des grands ! Nous souhaitons à chacun que l’année nouvelle s’ouvre sous le signe de l’espoir.

Témoignage d’une bénévole

Propos recueillis par Nicolette Micheli | Photo : Gervaise Imhof
Et voici le témoignage d’une bénévole qui œuvre au domaine des Barges. Enseignante à la retraite, Elfrieda Walter apporte son aide aux réfugiés.
Le domaine des Barges a toujours fait partie de ma vie. J’y suis née, j’y ai passé une partie de mon enfance et toute mon adolescence. Je l’ai quitté en 1975 pour y revenir en 1986 et, depuis, j’y passe des jours paisibles et heureux.
En 2011, lorsque l’Etat par l’Action sociale nous a convoqués pour nous expliquer que la partie du domaine où nous logions aller devenir un foyer de 2e accueil pour requérants d’asile, on nous a donné le choix : partir ou rester. Je suis restée et je ne l’ai jamais regretté.
J’ai ainsi eu la chance de côtoyer de nombreux/ses requérants/es érythréens, sri lankais, afghans, kurdes, syriens, africains, ukrainiens, etc.
C’était l’occasion pour eux de parler un peu français et de participer une fois par mois à une soirée jeux. Que de fous rires partagés autour de nos parties de UNO ou de Rummikub !
Par ma profession d’enseignante, j’ai aussi pu donner bénévolement quelques cours d’appui, puis des cours de français. Ce fut l’occasion de découvrir d’autres écritures : tigrigna, arabe, cyrillique, etc. ; d’autres religions : l’orthodoxie, l’islam et leurs pratiques. On n’imagine pas quel investissement ils font pour apprendre une nouvelle langue si différente de la leur.
Ce fut aussi l’occasion de partager un petit bout de chemin avec eux et de leur offrir un sourire, une écoute et beaucoup d’empathie. Ils en ont énormément besoin.
Après 12 ans de cohabitation, je peux dire que j’ai fait de très belles rencontres aussi bien avec le personnel encadrant qu’avec les requérants eux-mêmes. J’y ai noué des liens d’amitiés indéfectibles. C’est toujours une joie quand au détour du chemin, je suis hélée par un homme, une femme qui me dit merci et qui me raconte leur vie.
