J’ai la joie de participer régulièrement à un atelier d’écriture animé par Marie-Laure Choplin. Les consignes ont souvent un ancrage dans la Bible. Cette fois-là, il s’agissait d’écrire au sujet de notre dernier «éblouissement»: ça tombait bien, car je venais de vivre un de ces moments lumineux, la veille au soir, à l’école…
Par Françoise Besson | Photos : DR, Pexels.com
Une jeune fille en grande hâte monte les escaliers : elle a oublié dans la salle de classe ses airpods (écouteurs). C’est vendredi soir, l’école est déjà silencieuse et la perspective de traverser le week-end sans musique déversée à même l’oreille la met en panique. Elle a 17 ans peut-être et, de tout elle-même, émane un sentiment d’urgence. Elle est très belle dans son essoufflement…
Je vois dans son regard que je fais, sans le vouloir, figure de sauveur, car j’ai la clé – ce précieux sésame qui ouvre toutes les salles ! En chemin vers la classe, nous discutons, je ne la connais pas. Je lui demande ce qu’elle aime faire, et là elle s’arrête et me répond : « Moi, Madame, ce que j’aime, c’est dessiner des couvertures de livre… Alors après, il faut que j’écrive le livre, sinon la couverture reste là, comme une plante verte… »
Jaillissement de poésie pure ! Elle l’a dit avec feu et j’en suis tout éblouie… C’est là ce que l’on pourrait appeler une « transfiguration ». En quelques secondes, je prends en plein visage la vibrante lumière de sa passion, et elle sait que je l’ai reçue…
Nous nous quittons un peu plus tard comme deux sages tibétains, en échangeant un long regard, nous inclinant un peu… Dans mon cœur, je remercie les oublis, les questions anodines, les rencontres inattendues en cette heure où l’école presque vide se fait soudain écrin…
Ces moments où nous sommes témoins de la manifestation de la Vie, sur le visage d’un parent qui regarde son enfant, sur le visage d’un musicien jouant de son instrument ou de quelqu’un qui nous partage ce qui l’anime ; ces moments émouvants, nous devons les garder précieusement dans notre cœur… Sous la fine couverture du quotidien, ils nous révèlent qu’il y a plus que nous-mêmes en nous-mêmes. Et comme les apôtres au Mont Thabor, nous aimerions tellement nous installer là, dans cet instant sacré où l’on effleure du regard la Vie même… Il nous faut reprendre le chemin du quotidien, habités, pleinement, de ce que nous avons vu…
Tout entier *
Ne déchirons pas le texte
Tissé d’une seule pièce
Ne le déchirons pas !
Ta fin lamentable en fait partie
Et notre tendance,
Toujours la même
A chercher un coupable
Calmer l’agitation
Avec un mort de plus
Quelle illusion tenace !
Et dans les franges du texte
Mystérieusement
Retrouver ta présence
En tout lieu
Et ta voix familière
Qui ne cesse de nous dire
Allez, vivez !
Soyez mes témoins…
* Voici encore le « fruit » d’un autre atelier, sensiblement sur le même thème.

