Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), novembre 2021
Un de mes amis m’a dit qu’avec la pandémie actuelle, nous entrions dans une période d’épreuves similaire à celle des dix plaies d’Egypte (Exode 8-12). J’ai constaté qu’il existait assez peu d’informations sur cet épisode de la Bible sur internet. Pourquoi le coronavirus est-il apparu sur terre ? Et pourquoi tant de gens nous prédisent avec tant de certitude son éradication ?
PAR JEAN-PIERRE DEMURGER
PHOTO : PIXABAY
Pour certains, il transforme la vie quotidienne en enfer. Une des choses dont je suis sûr, c’est que je ne suis pas né pour vivre avec un masque sur le nez ! Peut-être un nez rouge pour faire rire, mais pas un masque d’une telle sorte ! Pourquoi faut-il gagner son paradis sur terre ? S’en aller au ciel pour le rejoindre ? et pourquoi la terre ne serait-elle pas notre paradis ?
Cette idée que la mort nous sépare du paradis nous permet tous les excès, en différant toute action : les baleines ne sont pas nos aspirateurs à sacs plastiques que nous n’arrivons pas à recycler. Nous jetons ces sacs par-dessus bord, en espérant les faire disparaître de notre vue : plus de symptômes, plus de problèmes !
Les smartphones – qui servent à rassurer les mères sur le parcours de leurs charmants bambins depuis l’école – emploient des matières rares que d’autres bambins extrayent au péril de leur vie qui n’est déjà pas bien longue.
Nous utilisons ces mêmes smartphones…
• pour payer avec des monnaies qui ne sont liées qu’à des électrons (bitcoin),
• pour être plus intelligents sans réfléchir avec l’Intelligence Artificielle ;
• pour acheter sans limite de valeur ou de distance ;
• ou encore pour connaître le temps qu’il fait ou qu’il fera (info essentielle) pour s’habiller en conséquence ;
• ou encore pour connaître enfin notre propre valeur, c’est-à-dire à travers le contenu de notre compte en banque.
C’est un mini-paradis en soi ! Le paradis ne serait-il donc pas sur terre ? Et ne serait-ce pas une firme appelée « pomme » (Apple !) qui l’a bien inventé ?
Alors, si les baleines crèvent d’avoir ingurgité nos sacs plastiques usagés, il y a bien des cachalots qui les remplaceront. Si des bambins crèvent d’avoir travaillé comme des forçats, il y en aura d’autres (nous sommes déjà trop nombreux !). Si nous abîmons nos chaussures à la pluie, nous en achèterons de plus belles et de moins chères encore ! Nous n’allons tout de même pas retourner au Moyen Age !
Combien de nouvelles épreuves allons-nous subir pour apprendre des dérèglements qui sont notre lot quotidien ? J’entends monter ce sourd murmure : « Mais la science – elle qui a réponse à tout – est là pour nous sauver, cher monsieur ! » Aujourd’hui, chacun fait « sa » science : pour un les masques sont essentiels, pour l’autre ils ne servent strictement à rien. Le maïs OGM est la réponse à la faim dans le monde. Le vaccin éradiquera le virus… Vivent les scientifiques ! Cependant, les baleines mangent de plus en plus de sacs plastiques, et les enfants meurent !
Alors pourquoi ne pas renverser la vision qui fait du paradis sur terre un « après », en en faisant un « ici et maintenant » ? Qui est prêt à sortir d’Egypte pour construire, non pas ce que Houellebecq dit du monde d’après : « Le même, en un peu pire », mais déjà un début de paradis…
