
Le chanoine Klaus Sarbach réagit à sa façon au thème du dossier romand, au centre de votre Magazine, et qui traite du patrimoine immobilier de l’Eglise.
PAR KLAUS SARBACH | PHOTO : DANIEL TORNAY
Depuis le début de ma vie religieuse, j’ai vécu, par saccades, durant 21 ans en Octodure. Puis-je pour autant affirmer que, pour les martignerains, je fais partie des « meubles » de la Cité ?
« Meuble ? » – Oui, dans le sens que la parole est « meuble » c’est-à-dire « mobile » ; qu’elle peut bouger, être déplacée, changer, être utilisée pour différents services. Ainsi, en 47 ans de sacerdoce, j’espère avoir été « utile » dans douze paroisses et trois hospices, en deux pays, en trois langues, en plaine et en montagne… et de pouvoir encore être utile comme « vicaire grand-père » !
Partout, j’étais bien dans ma peau parce que partout je me suis senti « chez moi », dans « ma maison », accueilli par des frères et des sœurs, par des amis de Jésus. J’étais dans mes « meubles » que sont les activités sacerdotales différentes, complémentaires et enrichissantes.
« Immeuble ? » – C’est-à-dire que l’on ne peut pas bouger ? Un immeuble est un bâtiment au service de tous qui offre une sécurité, une chaleur, une solidarité, une vie partagée que ce soit en des jours de soleil ou de pluie. L’immeuble « Eglise » a des racines invisibles qui lui fournissent l’eau qui nous nourrit et qui nous purifie ; la sève invisible qui lui apporte les forces de vie qui viennent du Créateur et que nous appelons la foi, l’espérance et la charité.
« Patrimoine ? » – Le patrimoine, ce sont des choses et des valeurs que nous n’avons pas fabriquées nous-mêmes, mais que nous héritons gratuitement de Dieu et de nos « pères » (au sens d’ancêtres) dans la vie et dans la foi. L’immeuble « église » n’est donc pas un « musée mort » mais est le lieu où l’on peut trouver ce qui est nécessaire pour se maintenir en vie et maintenir debout l’Eglise de Jésus, la Maison de toutes les filles et de tous les fils du Père. L’église – immeuble visible – devient donc un « meuble vivant » et nourrissant par l’amour que les habitants accueillent régulièrement du Père et partagent entre eux selon les besoins de chacun. Alors, quand nous disons : « je fréquente l’église », nous faisons davantage que le devoir dominical : nous expérimentons cette phrase d’une personne anonyme : « Le charme d’une maison ce sont les amis qui la fréquentent. »
