Connaissez-vous le chanoine Benoit Vouilloz? Peut-être l’avez-vous rencontré au Simplon, quand il était prieur de l’hospice, ou au Saint-Bernard, durant les années où il était Prévôt… Ou encore à Orsières, Martigny ou Bagnes, plus récemment… Moi, j’ai eu l’immense plaisir de le rencontrer pour l’Essentiel… Je vous livre ici quelques-unes des réflexions qu’il partage avec nous.Par Françoise Besson
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Avec mes frères et sœurs, nous avons eu beaucoup de chance de vivre une vie de famille très équilibrée, pleine d’amour. Nous étions cinq. Une de mes sœurs était infirme moteur cérébral. Cela nous a marqués… Notre sœur, Eve-Marie, était vraiment quelqu’un ! Aujourd’hui quand on parle de s’arranger pour que les enfants à naître qui sont malformés n’arrivent pas à l’existence, c’est grave… Grave de simplifier la vie comme ça, parce que la vie est vaste ! Ma sœur Eve-Marie a été pour beaucoup dans l’appel que j’ai ressenti. Nous étions là devant un mystère. Cela ne nous a pas du tout révoltés et je pense que cela a été pour moi un approfondissement de la foi.
Jamais nous n’avons obéi à nos parents parce qu’il fallait obéir à ses parents. On obéissait par amour, même si on ne voyait pas toujours ce qu’il y avait derrière la demande ou la proposition. On écoutait : c’est le premier sens du verbe obéir !
J’étais un étranger
Une parole de Jésus qui m’a habité toute ma vie, c’est le texte de l’évangile (Mt 25) où Jésus dit : « J’ai eu faim, vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, vous m’avez donné à boire… » Oui, quand je regarde ma vie, je me dis que c’est ça qui m’a guidé, je crois que j’ai toujours spontanément aimé tout le monde. Je me souviens que, dans mon enfance, les étrangers qu’on rencontrait à l’école étaient des Italiens. On avait un peu tendance à les tenir à l’écart, mais moi j’aimais être avec eux, les inviter à jouer à la maison, parce qu’ils n’étaient pas tout à fait comme nous…
De même aujourd’hui, ce n’est pas pour obéir à Jésus et mettre en pratique cette parole de Matthieu 25, que je suis proche des personnes migrantes, mais c’est spontanément… Comme croyant, je pense que c’est parce que Jésus nous habite…
La foi est le fruit de l’amour
Saint Augustin disait : « Je ne veux pas comprendre pour commencer à croire, mais je veux croire pour commencer à comprendre. » Qu’il me permette de prolonger sa réflexion en disant : « Je ne veux pas croire pour commencer à aimer, mais je veux aimer pour commencer à croire. » C’est l’amour qui soutient la foi, parce que l’amour ouvre des horizons, donne un autre regard… Dans le texte de la pêche miraculeuse (Jn 21), c’est l’élan d’amour et d’amitié qui permet à Jean de reconnaître Jésus, quand il dit : « C’est le Seigneur ! »
L’essentiel de la vie c’est l’amour, la foi en Dieu et en Jésus est l’expression d’un amour qui est en nous. Dans notre relation à Dieu, on ne croit par obligation, mais par amour… L’obligation est un mot qu’il faut rayer du vocabulaire religieux ! La foi est un don de Dieu qui nous aime, qui parle à notre cœur, nous invitant à lui faire confiance, donc à l’aimer.
Croire… c’est difficile…
La foi n’est pas toujours très « ressentie », parfois j’envie un peu ceux qui ont, comme on dit, « la foi à transporter les montages » parce que pour moi, il y a une certaine nuit de la foi… Cela implique une confiance, une confiance à la fois réfléchie et spontanée…
Je dis souvent aux incroyants que je les comprends et ce n’est pas par désir de les « capter » ! Parce que ce n’est pas facile dans le monde d’aujourd’hui, avec les découvertes scientifiques et tout le brassage qu’on connaît, de croire que dans l’histoire humaine, il y a cette présence diffuse et par moments bien manifestée de Dieu, qu’Il a conduit l’humanité, avec le choix d’un peuple (hébreu) et qu’un enfant né dans ce peuple est Dieu, le Verbe fait chair, la Parole…
Dans les textes bibliques, je suis très touché par cette insistance des évangélistes et des apôtres Paul et Pierre à dire « C’est vraiment vrai », car ils sont conscients de la difficulté de croire. De même, on trouve à la fin de l’évangile de Jean : « celui qui témoigne dit vrai et il sait qu’il dit vrai », Jean pressent très bien que ce n’est pas facile de croire.
Vivre la foi
Ce qui compte, c’est de vivre notre foi : c’est l’intuition de Charles de Foucauld ou des sœurs de Calcutta. Les gens savent ce qui les motive sans qu’elles le disent. Leur mission est de consoler, d’être accueillantes, de soigner, de réconforter… Oui, la première mission est là : faire le bien, tout le bien qu’on peut faire, au nom du Christ… Le Christ est la vraie lumière, Il est le sauveur par sa naissance et dans le mystère Pascal… C’est le Christ qui nous garde en communion, pour moi la foi en Jésus est le pilier de toutes nos relations humaines… Dans le fond, ce qui fait l’unité ce serait le désir profond que ceux qui ne partagent pas notre foi aient la joie de connaître le Christ, de savoir qu’ils sont aimés autant que nous…
Et s’il fallait…
Un dernier message, ce serait celui-ci : garder jusqu’à la fin de sa vie un cœur qui aime, c’est le plus important. Un cœur attentif, à tout le monde, et surtout aux plus nécessiteux, aux plus déshérités.
L’important n’est pas de savoir combien il y a de catholiques dans le monde, nous ne sommes pas en compétition… L’important c’est de savoir qu’il y a des frères et sœurs en humanité qui partagent la joie que nous avons !
