Gardien du bisse

Gardien du bisse

Les bisses sont des canaux d’irrigation conçus le long du coteau pour amener de l’eau dans les pentes arides, afin d’arroser prés et cultures. Et si la métaphore du bisse était une invitation pour ma vie ?

TEXTE ET PHOTOS PAR OLIVIER TARAMARCAZ

Le bisse de Saxon, le plus long du Valais, s’étend sur 32 kilomètres. Il a fonctionné de 1876 à 1966. La nécessité de résoudre le problème de l’aridité des terres de montagne a amené les populations à se concerter, à s’accorder pour garantir l’accès à l’eau sur les coteaux. Des gardiens avaient la responsabilité de prendre soin du bisse.

Promenade au fil de l’eau. Le bisse de Saxon est bordé de conifères : mélèzes, épicéas, pins, arolles. Sur ce sentier balcon à 1700 m d’altitude, le regard surplombe la vallée du Rhône, plonge à même la pente. Ainsi est-il courant d’observer le casse-noix moucheté, de surprendre le troglodyte mignon, d’écouter les battements du pic noir contre les troncs. L’humidité apportée par l’eau glaciaire du bisse, réchauffée par les rayons du soleil, favorise l’émergence d’espèces végétales variées, comme la parnassie, la scabieuse, la pulmonaire, la molène, la pétasite, la prêle. Passant par Balavaud, à mi-parcours, la promenade permet de découvrir 250 mélèzes parmi les plus vieux d’Europe dont le plus âgé aurait près de 1000 ans.

Le marteau du bisse. A proximité des cabanes où logeaient les gardiens du bisse, des roues à aube étaient positionnées à la surface de l’eau. Le mouvement de l’eau actionnait un marteau appelé le marteau du bisse. Il frappait une planche de bois, et indiquait par son tapotement, le rythme de l’eau circulant dans le bisse. Tant que le rythme du marteau était régulier, le gardien savait qu’aucun matériau indésirable n’était tombé dans le bisse. Même la nuit, il était à l’écoute du marteau. S’il ralentissait, ou s’arrêtait, cela signifiait que le bisse était obstrué. Le silence
du marteau résonnait comme une alerte. Le gardien devait alors repérer à quel endroit le bisse était abîmé et réparer les dégâts. Le gardien parcourait chaque jour le bisse, observant son état, le nettoyant systématiquement. Par la constance de ce travail quotidien, la qualité de l’eau et la fluidité du courant étaient préservées.

Faire la netteté. Chaque année, à des moments différents de la saison estivale, je me promène le long du bisse. Sa fréquentation m’a amené à établir un parallèle avec mon identité intérieure. Au rythme du pas, je me laisse interpeller par les aléas de l’histoire du bisse qui se donne à lire à ciel ouvert. Un bisse sans eau ne sert à rien ! Sa fonction première est d’arroser la terre qui, recevant l’eau, verra ses pentes fleurir. L’enjeu de maintenir le bisse en bon état a une portée dépassant le fait de nettoyer le bisse pour lui-même. L’eau qui y circule est destinée à se répandre. Quelle est ma conscience de l’état du bisse de ma vie intérieure ? Y a-t-il des signes qui m’incitent à chercher en amont, ce qui pourrait faire obstacle au courant de l’eau vive ? Si le marteau de la Parole éternelle ne bat plus dans mon cœur à un rythme régulier, que le poids du silence s’est installé comme une pierre, de quelle manière je réagis ? Est-ce que je m’arrête pour faire la netteté sur mon territoire intérieur ?

Sortir les pierres du bisse. Comme un bisse ne peut transporter de l’eau s’il est obstrué, il est impossible de marcher avec un sac à dos chargé de pierres. Mais comment sortir les pierres du bisse ? Le Seigneur me répond : « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre […]. Je mettrai mon Esprit en vous. » (Ezéchiel 36, 25-27) Le
Seigneur Jésus-Christ est le gardien du bisse par excellence. Il désire ôter les pierres de mon cœur. Il m’invite en tout premier lieu à me laisser renouveler intérieurement par son Esprit, à le laisser opérer dans mon cœur. Jésus dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » (Evangile de Jean 4, 14)

Se tenir à la brèche. La valeur du travail du gardien se reconnaissait dans le fait que l’eau du bisse était redistribuée sur les terres. Comme le gardien se tenait à la brèche, pour protéger le bisse, le garder en bon état, de même, en marchant dans les pas de Christ, je suis gardien du bisse, responsable de maintenir la Parole vivante en moi, le manifestant par mon amour pour mon Créateur et par des actes orientés vers le service aux autres. Ma part consiste à me tenir à l’écoute des battements de cœur du Ressuscité, à l’instar du marteau actionné par le mouvement de l’eau sur la roue à aube de ma vie. Si la roue à aube de mon âme est en contact étroit avec l’eau vive de la Parole mue par l’Esprit de Vie, alors, sans en mesurer la portée, mettant la Parole en action, la redistribuant dans sa pureté, je puis être assuré que l’eau qui passe par mon canal désaltérera des terres et des cœurs assoiffés.

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