
Dans le credo, nous affirmons notre foi en la communion des saints. Cette expression est difficile. Pourtant c’est un dogme essentiel de notre foi, célébré tout particulièrement le jour de la Toussaint, pour notre réconfort.
Par l’abbé Jérôme Hauswirth | Photo : DR
J’ai été marqué par une veuve de la paroisse que je rencontrais régulièrement. Elle a perdu son mari après 67 ans de mariage. Voici comment elle vivait cette nouvelle réalité. J’ai recueilli son témoignage anonyme que je vous livre ci-dessous :
« Avec mon mari, on s’était fait une promesse : le premier qui partait aurait dû aider l’autre qui restait s’il appelait à l’aide. Par chance c’est lui qui est parti en premier. Je suis mieux qu’un homme pour rester. Sans être prétentieuse. Et je fais l’expérience de son aide. Les ponts ne sont pas coupés, du moins pas tous les jours. Il se témoigne. Il me donne des signes. Il est toujours là. Par exemple, il y a des jours où je ne suis pas 18 carats. Alors je demande de l’aide à mon mari. Je lui parle. Je lui dis les choses, comme de ne pas m’abandonner. Et je lui fais confiance. Il est là. Dans ma tête, on est toujours marié. Maintenant, depuis 68 ans. J’en suis convaincue, ce n’est pas possible après 67 ans que l’un parte et que tout tombe à l’eau. »
Explication du Père Bernard Sesboüé, jésuite, théologien, à la journaliste Sophie Villeneuve dans l’émission de Radio Notre-Dame.
S. V. : Qu’en est-il de la communion avec nos morts ?
B. S. : L’Eglise ancienne se posait la question de la fin des temps, de l’eschatologie et du retour du Christ, mais pas de ce qui arrivait à chacun d’entre nous à sa mort. Quand cette question a commencé à se poser, on a pensé avec justesse qu’il pouvait y avoir une forme de communion entre les vivants et ceux qui sont décédés. Comment se traduit-elle ? Par notre prière. Nous pouvons à la fois prier pour ceux que nous aimons, qui sont décédés, et en même temps, et c’est paradoxal mais très juste, nous recommander à leur intercession.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Que nous ne savons pas exactement quel est le statut dans la gloire de Dieu de tel ou tel de nos défunts. Mais je peux à la fois prier pour lui, pour que le Seigneur lui fasse totalement miséricorde, et je peux me confier à lui en me disant que cette personne a vécu généreusement, courageusement, a donné de bons exemples et un exemple de foi, et je me recommande à son intercession comme je me recommande à l’intercession des saints canonisés.
Et si l’on a eu de mauvais rapports avec quelqu’un ?
On peut prier pour cette personne en réparation. Nous pouvons nous réconcilier avec quelqu’un à l’égard de qui nous avons mauvaise conscience. Je n’ai pas eu avec mon père ou ma mère l’attitude qu’il fallait, j’ai été trop distant, je ne me suis pas suffisamment occupé d’eux… Je peux très bien demander une réconciliation et prier pour eux dans cet esprit de réconciliation, de pacification.
En conclusion, la communion des saints, c’est une solidarité entre le Ciel et la Terre. Je peux aider les défunts que j’aime en priant pour eux, et je leur demande de m’aider en me recommandant à leur prière. Et si la Toussaint était l’occasion concrète de bâtir un pont spirituel entre la rive des morts et la berge des vivants ?
