La compétitivité : un broyeur pour la jeunesse actuelle ?

La compétitivité : un broyeur pour la jeunesse actuelle ?

Dès l’école primaire, les enfants comprennent qu’être performant n’est pas facultatif. Il semble qu’exiger des enfants et des jeunes le meilleur d’eux-mêmes soit insuffisant! A l’image de notre société et du monde économique et professionnel actuels dont les milieux éducatifs sont l’antichambre, la formation serait-elle devenue un lieu de torture? Et au service de qui, de quoi? Les souffrances semblent être énormes autant que méconnues. Certains étudiants décident parfois de mettre fin à leurs études et à changer complètement de voie.

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY
PHOTO : PIXABAY

Leonora a 20 ans. Elle vit à Martigny. Elle témoigne de ce que nombre de jeunes gens vivent au quotidien… Elle suit actuellement sa première année à la HES-SO Valais à Sion en filière soins infirmiers. Elle est de nature joviale et essaie de toujours être de bonne humeur même dans ses mauvais jours, précise-t-elle. Elle dit aussi être très à l’écoute des autres et empathique.

Leonora, quelles sont ces pressions et comment vivez-vous cela ?

En dernière année du Cycle d’orientation, la pression principale pour un jeune ado est de devoir choisir la voie ou le métier vers lequel il veut se tourner après le Cycle (C.O). Cette décision doit se prendre vers l’âge de 15 ans. Je trouve que c’est très tôt et surtout c’est un choix qui est posé pour une vie entière. Dans mon cas, j’ai toujours su que je voulais devenir infirmière et j’ai donc choisi de me tourner vers l’Ecole de culture générale (ECG). Pour pouvoir intégrer l’ECG, il fallait avoir un certain niveau sans lequel l’admission était impossible. C’est une pression énorme sur toute une année scolaire pour atteindre les notes requises. Parfois, lorsque j’avais de mauvaises notes, je me décourageais et je perdais confiance en moi. Je me disais que je n’allais pas y arriver et que je ne pourrais jamais devenir infirmière.

Quelles conséquences ont ces pressions dans votre vie ?

Malheureusement, je n’ai pas obtenu les notes requises pour être admise à l’ECG. J’ai donc dû aller à l’Ecole Préprofessionnelle (EPP). C’est une école qui se déroule sur une année et qui soutient les jeunes qui n’ont pas trouvé d’apprentissage après le C.O. Elle permet aussi de donner une seconde chance à ceux qui, comme moi, n’ont pas eu le niveau nécessaire pour intégrer l’ECG. C’est une année de pression car il faut atteindre un certain quota de points pour pouvoir avoir une autre chance d’intégrer l’ECG. Il faut savoir qu’à ce moment-là, c’était ma dernière chance d’accéder à l’école que je voulais. Dans cette école, on nous mettait beaucoup de pression en nous menaçant sur le fait que si on échouait, on ne trouverait pas de place d’apprentissage.

Ensuite à l’ECG, je ressentais une grosse pression au niveau des mauvaises notes. Il y avait beaucoup de matières dans chacune des branches et je ressentais beaucoup de pression et de stress lors des périodes d’examens : jusqu’à 7 ou 8 examens par semaine, c’est énorme ! A la suite de l’ECG, je suis allée en Maturité spécialisée santé, cette année était la moins stressante depuis le C.O. mais il y avait tout de même une certaine pression car c’est une année passerelle qui permet d’intégrer le niveau tertiaire (HES). Il faut donc absolument réussir sans quoi l’admission au niveau tertiaire est impossible. Redoubler l’année n’est pas autorisé, mais on peut refaire l’examen raté. En revanche, on ne peut pas le rater deux fois.

A l’heure actuelle, je suis à la HES et la pression est différente, les semaines sont très intenses avec beaucoup de matières à assimiler, mais j’apprécie ce que j’apprends contrairement aux écoles précédentes, j’apprends le métier que j’ai choisi !

Selon vous, y a-t-il une aggravation depuis quelques années ?

Effectivement, je pense qu’il y a une aggravation depuis quelques années et que ça ne va pas aller en s’arrangeant !

A votre avis, qu’est-ce qui pousse le corps enseignant à augmenter toujours plus les exigences ?

Je ne pense pas que le corps enseignant souhaite cette sélection ou ce rythme
aigu, mais il est très certainement lui-même mis sous pression pour donner telles ou telles matières en un laps de temps aussi court et à telle période de l’année scolaire.

Existe-t-il des accompagnements, des lieux de parole à ce sujet ?

A ma connaissance, il n’existe aujourd’hui aucun groupe de parole ou de soutien psychologique mis en place dans les établissements scolaires.

Quelles leçons de vie tirez-vous pour vous-mêmes ?

C’est qu’il faut sans cesse se battre pour ce que l’on désire le plus. Ne jamais baisser les bras… Il faut demander de l’aide lorsqu’on en a besoin et ne surtout pas avoir honte d’avoir des difficultés !

Comment voyez-vous votre avenir professionnel ? Quels sont vos désirs ?

Aujourd’hui, je vois mon avenir professionnel de manière sereine. Au fur et à mesure, je gagne en confiance en moi et je souhaite devenir la meilleure infirmière possible pour pouvoir aider mon prochain et sauver des vies !

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