En février, le temps liturgique dit « ordinaire » propose à travers les textes de l’évangile de Luc de grands renversements, Jésus en est le maître, il renverse l’ordre des choses, en acte et en paroles…
PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : PIXABAY
Et ce premier bouleversement, c’est la pêche miraculeuse (Lc 5, 1-11), qui ne pouvait arriver un jour ordinaire, mais précisément un jour « de rien », un jour de filets vides et d’efforts vains. Car il faut du vide, du rien, pour se rendre compte que le « tout » vient d’ailleurs.
Pour voir la trace de Dieu, ce jour-là, il faut d’abord une barque vide et disponible, celle que Jésus empruntera pour parler à la foule. Aujourd’hui encore, quand on se sent bon à rien, sans confiance, sans élan, ce mal-être même peut devenir l’espace où un Autre embarque pour adresser aux autres une parole vive… Et puis, pour que vraiment on soit sûr que ce qui se joue ne vient pas de nous, il faut le découragement et le courage presque en même temps, celui de dire : « D’accord, encore cette fois… » Et c’est à ce prix-là qu’une présence peut se lire, une présence qui change tout : la barque vide se remplit de la Parole, les filets qui n’avaient rien ramené manquent de se déchirer, enserrant l’abondance d’une vivante récolte.
Dans l’évangile, les renversements ne font que commencer : Simon, dans l’effroi, demande la distance et Jésus lui offre la grande proximité du disciple, celui qui accompagne le maître. Puis il change son nom et lui donne une mission, à lui, cet homme de la mer qui ne connaît rien d’autre. Fin de l’épisode mais non fin des bouleversements, puisque le dimanche suivant nous attendent les Béatitudes qui disent le contraire de tout ce qui est sous nos yeux… Parce que le Royaume, c’est bien cela, aujourd’hui comme hier, le contraire de tout ce qui va de soi et qui paraît logique et réussi.
Alors, dans cette année qui en est encore à ses commencements, aurons-nous l’audace de regarder nos creux, nos passages à vide comme des espaces d’un possible qui ne viendrait pas de nous ? Oserons-nous l’acquiescement, le basculement intime qui nous fait passer de la lassitude au pas suivant ? C’est à cette condition que nous pourrons devenir témoin d’une abondance de vie inattendue, d’un moment de plénitude vécu dans la rencontre, du courage qui relève l’autre et nous remet debout en même temps… Comme Pierre, nous saurons que nous n’étions pas seuls dans cette drôle d’aventure et si l’effroi nous prend, entendons comme lui la parole d’amour qui nous invite à cette invraisemblable intimité…
Jésus,
En ce jour de rien,
Je te prête ma barque pour parler aux autres,
Et si tu as besoin de mes bras
Pour jeter encore une fois ces filets
Eh bien, je te les prête, mes bras fatigués…
Mais si tu me le demandes,
Viens aussi me donner l’élan de dire « oui ».
