Voilà quelque temps déjà, je m’étais arrêtée, un peu par hasard, sur cette réflexion d’Alexandre Jollien (ci-dessous). Elle m’avait en effet fortement interpellée tandis qu’une série de questions venaient tarauder mon esprit: «Ai-je fait le bon choix? Qu’est-ce qui m’a pris de…! Où en suis-je dans cet engagement? Ceci ou cela en vaut-il la peine? etc. J’imagine que ces crises de questions vous prennent aussi…
PAR VALÉRIE PIANTA
PHOTOS : DR, PIXABAY

Difficile d’éviter des questions aussi essentielles qui touchent notre identité, nos aspirations, ces lieux intérieurs où la confiance en soi est en jeu ? Ces lieux où l’on se dévoile, ou alors où l’on cache ses failles ? C’est selon la confiance que l’on s’accorde et que l’on accorde à celles et ceux avec qui on est en interaction, selon nos capacités de résilience aussi face à nos échecs, nos faux pas ou nos trahisons que l’on va pouvoir y répondre.
Nous vivons dans un système qui réclame sans cesse qu’on fasse ses preuves ; qu’on se conforme à des moules et qu’on soit à la hauteur. Se conformer à des schémas « politiquement corrects » passe encore, mais n’y perd-on pas aussi son âme, son énergie, sa créativité et finalement sa résilience ? Comme le dit notre philosophe, « la vie est bien trop courte » pour s’acharner jour après jour à demeurer à la mauvaise place, à croire les fausses idées qu’on inculque sur soi.
« Seigneur, je te rends grâce d’avoir mis
Mgr Desmond Tutu
en mon cœur ce fort désir de paix pour éclairer
les jours de ma vie. »
Cesser de faire, pour être soi-même, humblement mais en s’adossant aux talents reçus du Seigneur ! En effet, combien de choses ignore-t-on sur soi-même, aveuglé et assourdi par les jugements colportés par la société ambiante ? Oser marcher à son rythme sans courir après le pouvoir, la gloire, la reconnaissance sociale, en croyant de tout son cœur que nous recevons du Seigneur assez de souffle pour croître au bon endroit, même si le chemin est tortueux !
Et dans ces temps si tourmentés, quoi qu’il puisse arriver de juste ou d’injuste, parvenir à faire la paix avec soi-même dans ce lieu secret, au centre de soi, là où Dieu se tient comme un veilleur, là où son ADN est inscrit en nous est un véritable défi. N’est-ce pas d’abord à soi-même qu’il faut « prouver » que l’on est riche, capable de fleurir et refleurir, d’aimer à bras et cœur ouverts malgré nos poings parfois serrés, de grandir et de donner du fruit dans la terre où nous avons été semés ?
Sur ce bout de jardin, pourvu que la vie l’emporte. Le seul combat utile consiste à en prendre soin quitte à devoir arracher les mauvaises herbes de la médisance et de la fatuité afin de laisser la place à tout ce qui peut s’épanouir à la lumière, au grand jour. Et qu’ainsi tout ce qui est de l’ordre de l’élan, de l’enthousiasme et de la créativité puisse germer quelles que soient les nuances du ciel ou l’intensité du soleil de Dieu.
«La vie est bien trop courte pour perdre son temps à se faire une place là où l’on n’en a pas, pour démontrer qu’on a ses chances quand on porte tout en soi, pour s’encombrer de doutes quand la confiance est là, pour prouver un amour à qui n’ouvre pas les bras, pour performer aux jeux de pouvoir quand on n’a pas le goût à ça, pour s’adapter à ce qui n’épanouit pas.
La vie est bien trop courte pour la perdre à paraître, s’effacer, se plier, dépasser, trop forcer. Quand il nous suffit d’être, et de lâcher tout combat que l’on ne mène bien souvent qu’avec soi, pour enfin faire la paix, être en paix. Et vivre. En faisant ce qu’on aime, auprès de qui nous aime, dans un endroit qu’on aime, en étant qui nous sommes, Vraiment.»
Alexandre Jollien
in Petit traité de l’abandon (2012)
