La seule force ascendante, c’est Dieu…

La seule force ascendante, c’est Dieu…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), juin-juillet-août 2021

Simone Weil est une philosophe humaniste, née à Paris en 1909 et morte à Ashford, en Angleterre en 1943. Née dans une famille alsacienne d’origine juive et agnostique, elle se convertit à partir de 1936 à ce qu’elle nomme l’« amour du Christ », et ne cesse d’approfondir sa quête de la spiritualité chrétienne. Bien qu’elle n’ait jamais adhéré par le baptême au catholicisme, elle se considérait, et est aujourd’hui reconnue comme une mystique chrétienne.

PAR FRANÇOISE BESSON

PHOTOS : DR

Dans le texte « Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu » *, la vision théologique de Simone Weil surprend par une approche inhabituelle de la vie spirituelle et de notre rapport à Dieu. Si beaucoup de points restent obscurs, certaines réflexions sont comme d’intenses sources de lumière : elles éblouissent… A l’aveuglement qui fait ciller les yeux, suit la découverte d’une autre manière d’envisager le cheminement spirituel.

Etre vrai avec soi. – En premier, une condition est posée : accepter que rien de ce qui se trouve ici-bas ne peut nous satisfaire entièrement, « ne pas croire que l’avenir soit le lieu du bien capable de combler » (11). Croire cela serait se mentir et cette exigence est celle de la vérité envers nous-même. Chaque fois que nous croyons que tout ira bien quand nous aurons un autre travail, une autre maison, un autre patron, la retraite, la santé, ou tout cela pour les personnes qu’on aime, nous nous mentons, car, dit la philosophe, personne n’est satisfait longtemps de vivre purement et simplement. On veut toujours autre chose… (12) Donc, à chaque fois que ce mirage se présente à nous, et cela ne manque pas d’arriver, il nous faut revenir à cette vérité envers soi et reconnaître que nous avons en nous un désir qui dépasse la réalité concrète car « on veut vivre pour quelque chose ». (12)

Le regard tourné vers Dieu. – Ensuite, nous avons à tourner constamment notre regard vers Dieu, à nous détourner de tout ce qui n’est pas Lui, « ne pas accorder notre amour à de faux dieux » (11) « refuser notre amour à tout ce qui est autre que Dieu » (32). Ce refus nous est difficile, car il implique, entre autres, de renoncer à la part de nous-même qui dit « Je »… Etre tourné vers Dieu pour recevoir sa lumière, c’est, nous dit Simone Weil, la manière de le faire venir à nous. Regarder Dieu, cela veut dire l’aimer… Ce regard, dit-elle, fait descendre Dieu. Et lorsque Dieu est venu jusqu’à nous, Il nous soulève et Il nous met des ailes… (31).

Zachée. – Etre tourné vers Dieu, entièrement, toute affaire cessante, cela me rappelle Zachée… Lui qui avait tout ce que l’on peut vouloir ici-bas, il voulait voir Jésus, non pas lui parler, obtenir un pardon ou un conseil, un avancement sur le chemin du salut, mais seulement le voir… Et Jésus lui a « mis des ailes » en s’invitant chez lui, en faisant tout le chemin qu’il restait à faire pour que la rencontre ait lieu. Zachée a été comblé au point qu’il n’avait plus besoin de tout ce qu’il avait réussi à amasser au cours des ans.

Une mise en garde. – C’est ainsi que je reçois ce texte qu’une personne bienveillante a mis sur ma route : attention ne vous trompez pas, ni dans vos attentes, ni dans vos efforts ! Tout ce que l’on peut souhaiter ici sur cette terre ne suffit pas à notre épanouissement total, car une autre faim, un autre désir est inscrit en nous. Et, ne nous épuisons pas en de vains efforts : on ne va pas à Dieu en maîtrisant nos faiblesses, en multipliant les sacrifices, ce serait sauter à pieds joints pour atteindre le ciel… Le chemin de notre rencontre avec Dieu c’est notre vie entière tournée vers Lui et Lui, Il fera le chemin pour nous rejoindre…

* Simone Weil, « Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu », Editions Folio Sagesse, 2017. Les numéros entre parenthèses correspondent aux pages.

 
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