L’attente de celui qui attend

L’attente de celui qui attend

L’attente est une perte de temps pour celui qui n’attend rien. Il y a dans la foi en Jésus-Christ une patiente patience qui ne se confond pas avec l’agitation du monde. La durée fait partie de la réalité dans laquelle nous vivons. L’expérience de l’attente forme le cœur et la pensée de celui qui, lové dans la présence de Jésus, s’attend à lui.

Texre et photo par Olivier Taramarcaz

La question du Seigneur – Jésus interroge notre temps : « Quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8) Nous pourrions dire : « Trouvera-t-il encore l’attente sur la terre ? » Le Seigneur nous invite à le chercher ardemment, à désirer sa venue, à l’attendre. La question du Seigneur incite à réfléchir à la manière dont nous nous tenons dans l’attente. Elle laisse entrevoir, que las d’attendre, la plupart des hommes auront laissé s’éteindre en eux la conscience de l’éternité et, abandonné la Parole vivante, préférant se tourner vers la consommation de soi et des autres. L’expression de Mai 68 : « Vivre sans temps mort ; jouir sans entrave », illustre cette réduction de la vie à soi-même, à ses sens. Jésus nous a avertis : « Dans les derniers temps, parce que le mal ne cessera de croître, l’amour du plus grand nombre se refroidira. » (Mt 24, 12) Le relativisme peut s’installer dans le cœur. Les vierges folles se sont assoupies sur leur lampe éteinte (Mt 25, 1-13). Ce drame de l’endormissement spirituel reflète celui de notre temps, hypnotisé par les lampes éteintes de l’ésotérisme, formaté par les illusions des énergies spirituelles occultes.

L’empreinte de sa présence – Le psalmiste parle d’une attente placée en quelqu’un : « En toi est mon espérance ; en toi est mon attente. » (Psaumes 39.7) Il expérimente dans la relation personnelle avec le Seigneur, le bienfait de sa présence : « Puisqu’il est près de moi, […] mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, et mon corps repose dans la paix. » (Psaumes 16. 8-9) La première empreinte de la présence du Ressuscité est intérieure. Elle se manifeste par le repos de l’âme, la paix du cœur et de l’esprit. Jésus désire d’abord nous libérer intérieurement : « Venez à moi, je vous donnerai du repos. » (Mt 11, 28) Lové dans l’intimité d’un cœur à cœur avec le Seigneur, je porte alors du fruit, et c’est lui qui le produit en moi : « L’amour, la joie, la paix, la patience, l’amabilité, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi. » (Ga 5, 22) 

L’espérance éternelle – Dans l’attente d’une espérance aimante, David confie : « Mes destinées sont dans ta main. » (Ps 31, 15-16) Quand je le réalise, je marche autrement, porté par le souffle de mon Créateur. Edmond Jabès se demande : « Il y eut, jadis, une main pour nous conduire à la vie. Un jour y aura-t-il une main pour nous conduire à la mort ? »1 En Suisse, le nombre de suicides assistés a triplé en 10 ans. Plus de 1000 personnes par année trouvent une main leur tendant une solution létale. Voilà la nouvelle forme de « compassion » de notre temps sans espérance. Quelle conception de la vie sous-tend cette pratique ? David, de son côté, se reconnaît dans le dessein de Dieu : « C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. […] Je n’étais qu’une masse informe, mais tu me voyais et, dans ton livre se trouvaient déjà inscrits tous les jours de ma vie, alors qu’aucun d’eux n’existait encore. » (Ps 139, 14-16) 

Le parfum de son amour – David a goûté au fruit de l’attente : « Combien est grande ta bonté […] que tu viens répandre sur ceux qui s’abritent en toi. » (Ps 31, 20-21) La présence du Seigneur exhale un parfum qui pénètre en soi comme le courant de l’air vivifiant. Par son Esprit, Dieu régénère, console, renouvelle celui qui s’attend à lui. L’Esprit de Dieu embrase le disciple qui l’embrasse. L’espérance appelle la pureté de la lumière de Christ : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie. » (1 Jn 3.3) Paul l’exprime par le langage des saveurs : « Nous sommes pour Dieu le parfum de Christ. » (2 Co 2, 15) Le cœur léger, lavé des scories, celui qui se tourne vers Dieu s’élance, porté par le souffle de son Esprit : « Ceux qui s’attendent à l’Eternel renouvellent leur force ; ils prennent leur envol comme des aigles ; ils courent et ne se lassent point, ils marchent et ne se fatiguent point. » (Is 40, 31) Nourri par cette parole, j’ai écrit ce texte : « Etre éclairé par l’aube, me laver le cœur à sa lumière, regarder le chemin. »2

Bibliographie
* Les citations sans numérotation sont tirées de la Bible, avec mention des passages.
1 Edmond Jabès, La mémoire et la main, Paris, Fata Morgana, 2012.
2 Olivier Taramarcaz, Chants de la rivière, Chemin d’en Haut, Art et Foi, 1987,84.

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