Le bon pasteur, le vrai berger*

Le bon pasteur, le vrai berger*

« Le bon berger », tant de tableaux, de gravures, d’images rassurantes d’un homme portant sur ses épaules un mouton. Dieu est là, on ne se perdra pas… 

Par Françoise Besson 
Photos : DR, Pexels 

Souvent ignorée ou « invisible », cette petite céra­mi­­que est accrochée à une paroi du prieuré de Martigny…

Un berger qui prend soin d’un troupeau : une réalité quotidienne pour des hommes, des familles, qui marchent à longueur de jour, prennent soin, cherchent les points d’eau, la meilleure nourriture et reviennent le soir au village ou bien montent un campement dans lequel leur sommeil sera léger, car pour eux, chaque bête compte… 

 « Compter » : ce mot est bien équivoque ! Il veut en même temps dire « énumérer » : un, deux, trois, quatre… cent brebis ET avoir une valeur qui ne se traduit pas en chiffre : ces brebis comptent pour moi, je les connais, je leur consacre ma vie, mes heures, mes efforts, mon souci, elles ne manqueront de rien, aucune ne se perdra… 

Etre une « brebis » on peut rêver mieux comme idéal de foi, mais compter pour quelqu’un, ça nous parle au cœur ! Et dans le cœur de Jésus, tout le monde comptait et ce troupeau innombrable lui nouait la gorge, comme au jour de la multiplication des pains… Pour tout le monde, sans discrimination, il a donné librement sa vie, son temps, son attention, sa compassion.   

La vie donnée de Jésus, on a pris l’habitude de la voir sur la croix, seulement voilà : la vie donnée de Jésus, elle est aussi dans tout le reste de l’évangile, sur l’ensemble du parcours, dans les partages, les dialogues, les rencontres des « laissés-pour-compte ».  A hauteur de société, c’est sûr, un type comme ça qui ne respecte ni les notables, ni la Loi, ni les rites, il faut l’enfermer, le faire retourner dans sa famille qui arrivera peut-être à en faire façon. Mais à hauteur du Fils de l’homme, la tâche est infinie, personne n’échappe à sa préoccupation, puisque tout le monde compte ! Les malades, les fous, les femmes, les lépreux, les enfants, les « pris en flagrant délit » dont la vie ne tient à plus rien, mais aussi les « normaux » de la société, ceux qui s’intéressent à lui, qui l’invitent en prenant le risque de se faire moucher devant tous les invités, ceux qui sont un peu corrompus, comme Zachée, mais dévorés de curiosité, ceux qui viennent le voir en cachette et bien sûr, tous ceux, innombrables, dont l’évangile n’a pu garder de trace… 

Et voilà que Jésus, revenant du monde obscur, fait cette folle demande à ceux qui le reconnaissent, à ceux qui, aujourd’hui encore, reçoivent la Bonne Nouvelle : sois toi aussi un berger, un bon berger et non un mercenaire : prends soin de mes brebis, de mes agneaux, mets-toi à mon école… 

On est loin de l’image rassurante de la parabole ! L’invitation fait plutôt trembler, tergiverser : on peut se dire que cette demande n’est faite qu’à Pierre et éventuellement à ses successeurs, comme garants des « vérités théologiques »…  On peut se dire…

Mais ici, comme au temps de Jésus, il y a des exclus, les « pas comme nous » qu’on évite, qu’on ne comprend pas, qui nous font peur et nous dérangent… Il y a aussi des gens qui se posent des questions, qui aimeraient bien voir, savoir comment il est possible de croire, de trouver du sens à cette vie… Comme au temps de Jésus, il y a une réalité bien tangible, toujours la même : pour tenir debout, nous avons besoin les uns des autres, nous avons besoin de regards aimants ou du moins aimables, sans hostilité ni indifférence, nous avons besoin d’un mot gentil, d’une attention vraie, d’une parole qui apaise… 

Ailleurs, Jésus parle d’ouvriers, de main d’œuvre et de moisson abondante, le travail ne manque pas et on ne comptera pas nos heures… 

Décourageant d’avance ? Le final du texte de Jean nous sort de l’ornière déjà tracée : cette vie donnée, comme celle du berger, on la reçoit de nouveau, c’est une circulation de vie, comme l’eau dans le bassin d’une fontaine, comme le pain et le poisson quand Jésus a nourri la foule : on donne (le peu qu’on a) et on reçoit… Rien ne nous sera pris, car nous l’aurons donné, dans la grande liberté des enfants de Dieu… 

*Evangile du 4e dimanche de Pâques (Jn 10, 11-18)

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