Le «fils prodigue» ou «un père a retrouvé»…

Le «fils prodigue» ou «un père a retrouvé»…

La parabole du «fils prodigue», lue en temps de Carême et durant ce mois de septembre est un texte d’une richesse extraordinaire qui vaut la peine d’être regardé dans son contexte: Luc en fait l’aboutissement d’une argumentation de Jésus, face à ceux qui lui reprochent ses mauvaises fréquentations.

PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTO : DR

Les trois paraboles dites de la brebis perdue (Luc, 15, 4-7), de la pièce perdue (Luc, 15, 8-10) et du fils prodigue (Luc, 15, 11-32) ont le même sujet : quelque chose (quelqu’un) de précieux est perdu puis retrouvé et quand ce qui était perdu est retrouvé, la joie du « propriétaire » est grande, si grande qu’elle se doit d’être partagée, les amis sont réunis et la fête commence !

Les différences mettent en évidence la gradation du récit et la place de l’homme dans le cœur de Dieu. Tout d’abord, au ras des chiffres, ce qui est perdu, c’est d’abord le centième, puis le dixième, puis la moitié, donc par rapport à la richesse initiale, on pourrait dire que la partie qui manque est de plus en plus importante. Et si l’on regarde la nature de ce qui est perdu, on se rend compte qu’on passe d’un bien nécessaire au travail quotidien, à la fortune économisée, et à ce qu’il y a de plus précieux en soi : son propre enfant.

Jésus met en scène des pertes que les hommes peuvent subir et, chaque fois, la joie éprouvée est à la hauteur de ce qui avait manqué. Les personnes autour de lui ont vécu des attentes similaires, sans certitude de pouvoir enfin serrer dans leurs bras celle ou celui qui revient sain et sauf : la joie du Père, ils la connaissent… A l’heure où nous pouvons suivre en temps réel le déplacement de chacun autour de cette planète, il nous faut sans doute faire un petit effort d’imagination, et peut-être avons-nous, dans nos souvenirs, un de ces moments de retrouvailles longtemps attendu où, enfin, on est avec ceux qu’on a tant souhaité revoir ? Ce qui est plus difficile, c’est de se représenter que nous pouvons être pour Dieu l’occasion d’une telle joie… C’est déjà tellement difficile de nous représenter Dieu, de le voir comme un père aimant, mais en plus de tout cela, de se dire que, selon les mouvements de notre cœur, nos retours vers la vie, nous pouvons susciter « quelque part » une joie vibrante… C’est vraiment un mystère…

Il est enfin une différence, et non des moindres, qui parle de nous : la brebis et la pièce ont été activement recherchées, mais le fils non… Il aurait pu mal finir et ne pas revenir, il aurait pu épouser la fille d’un autre éleveur (à l’instar de Moïse) et ne jamais revenir et, dans les deux cas, le père, chaque jour, se serait usé les yeux à regarder au loin les premiers signes d’un retour. Il aurait pu… car tout n’est pas joué puisque ce fils est libre… Vaste sujet que la liberté de l’homme, évidence pour certains, mythe ou illusion pour d’autres, cadeau empoisonné pour d’autres encore… Mais dans cette histoire en tout cas, il y a manifestation de liberté : en temps de famine ou d’abondance, le choix de revenir plutôt que d’aller plus loin reste un choix. Le fils est revenu sans escorte des forces de l’ordre ou des serviteurs de son père, c’est un homme libre…

Mystère troublant de la joie de Dieu, aléas de nos vies et de nos choix, quotidien désenchanté et retour sur soi (et par tant d’autres aspects encore) ce texte de l’évangile de Luc n’a pas fini de faire résonner en nous questions et réflexions… à moins que ce ne soient les premières notes de musique de la fête !

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