Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs Monthey et Haut-Lac (VS), juin 2020
Par Yasmina Pot | Photo: Fabien Delavy, Lisa Pot, Yasmina Pot
A l’heure où le mot d’ordre est de protéger nos aînés à tout prix, Fabien Delavy, directeur de l’EMS Riond-Vert à Vouvry, nous parle des mesures extraordinaires mises en place dans le home dès le début de la pandémie. « La vieillesse est comparable à l’ascension d’une montagne. Plus vous montez, plus vous êtes fatigué et hors d’haleine, mais combien votre vision s’est élargie ! » Ces mots d’Ingmar Bergman, que l’on peut lire en première page du site internet de l’EMS Riond-Vert, évoquent une sagesse obtenue avec le recul du temps, privilège de l’âge. En ces temps d’épidémie, qui rappellent à certains résidents l’époque de la guerre, ceux-ci expriment des interrogations.Avant la pandémie de coronavirus, les journées étaient rythmées par des activités de groupe, permettant aux résidents d’avoir une vie sociale stimulante. Pour les moments religieux, la récitation du chapelet dans la salle d’animation, avec deux accompagnants, pouvait compter sur un public fidèle, participant activement, et un public préférant l’écoute. La messe à la chapelle le vendredi était suivie par de nombreux résidents. La pasteure, Nathalie Capò, animait une rencontre les mardis deux fois par mois et proposait de la lecture et un moment de partage selon la demande des résidents.
Un rythme de travail transformé
« Avec l’apparition de la pandémie, les visites et les animations ont été supprimées et le rythme de notre travail a été ralenti ; nous avons mis l’accent sur l’attention individuelle à chaque résident », explique Fabien Delavy, directeur de l’établissement ; il ajoute qu’il a fallu engager plus d’employés – infirmiers et accompagnants – pour pouvoir répondre aux besoins de chaque personne. Ce qui se faisait avant en groupe a été remplacé par un accompagnement individuel, apprécié par les résidents.
Dans la pratique : des repas apportés en chambre sur un plateau, une collation servie avec une attention toute particulière, où l’accompagnant prend un temps supplémentaire avec le résident, afin de marquer ce moment comme étant privilégié. « La télévision a été installée dans toutes les chambres », raconte le directeur. « Cela permet aux résidents d’avoir un support média, de suivre les messes et de se distraire. Pour les contacts avec les familles, les services de l’établissement ont à leur disposition des tablettes électroniques, qui permettent à nos pensionnaires de voir leur proches à distance. »
L’art-thérapie
L’activité d’Agnès Bénet, art-thérapeute à Riond-Vert, consiste à permettre aux personnes d’exprimer leurs émotions par des activités artistiques telles que le dessin, le chant, la poésie, la danse. « L’art-thérapie aide à accepter les événements difficiles de la vie en les transformant en quelque chose de positif. Dans ces temps de confinement, qui rappellent l’époque de la guerre à certains résidents, et où la solitude est fortement ressentie, un besoin de soutien accru se manifeste chez eux », confie la thérapeute. Son travail ainsi que celui des animateurs individuels offrent aux pensionnaires une écoute et la possibilité d’un dialogue.
Une approche spirituelle renforcée
Depuis l’apparition de la pandémie, la thérapeute a dû travailler différemment. Moins de matériel et un contact de personne à personne renforcé. « L’approche spirituelle, développée en temps normal à Riond-Vert, est accentuée en cette période difficile. Lorsque la personne le souhaite, la prière et les chants religieux sont pratiqués. Il s’agit aussi de permettre à ceux qui le souhaitent d’exprimer leurs craintes et de parler de la mort », explique la thérapeute.
Vivre la messe à distance
Une résidente en logement protégé de Riond-Vert, qui avait coutume d’assister les vendredis à la messe dans le home, nous a confié que communier spirituellement en regardant la messe sur France 2 lui convient bien. Sa fille et elle ont même trouvé une manière de se donner à distance le signe de la paix par le biais d’une brève sonnerie de téléphone le moment venu. « C’est notre façon de nous donner la paix du Christ », raconte-t-elle.
« Quant au confinement, je profite de cette période de repos forcé pour trier un grand nombre de photos et me mettre ainsi « en présence » des personnes que j’ai connues, en me remémorant de bons souvenirs. »
L’avenir
« Ce temps de lutte contre la diffusion de la pandémie au sein de notre établissement a été très intense. Il a nécessité un grand investissement de la part du personnel, qui s’est montré très engagé », confie le directeur avec reconnaissance. Il ajoute qu’à la fin du mois d’avril, l’EMS a connu un nombre stable de décès par rapport aux périodes non pandémiques.
Depuis fin avril, les résidents peuvent désormais sortir de leur chambre, accompagnés individuellement par un membre du personnel. Les rencontres en groupes sont toujours interdites. Le projet imminent de la direction est d’organiser les visites des proches des pensionnaires par écran plexiglas interposé.
De l’avis du directeur, cette épreuve suscite de nombreuses réflexions, notamment sur le rôle des contacts sociaux entre les individus.
(5 mai 2020)
