Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), mai-juin 2020
Par Mgr Rémy Berchier, directeur du pèlerinage romand interdiocésain à Lourdes et aumônier dans les hôpitaux fribourgeois | Photo: LDD
Directeur des pèlerinages romands interdiocésains à Lourdes depuis tant d’années, Mgr Rémy Berchier s’est rendu déjà des dizaines de fois à Lourdes. Cette année, il n’a pu le faire pour le pèlerinage de printemps en raison du coronavirus. Nul mieux que lui ne peut parler de ce qui se vit à Lourdes à chaque pèlerinage. Bien sûr, les vrais miracles – les guérisons miraculeuses – sont rares. Mais de nombreux autres miracles – d’un autre ordre – se passent à Lourdes. Une belle méditation que nous offre celui qui œuvre aujourd’hui en tant qu’aumônier auprès des malades des hôpitaux fribourgeois.Toi qui es allé à Lourdes, combien de fois, en rentrant rayonnant, n’as-tu pas entendu des boutades sur les miracles ou, justement, les miracles qu’il n’y a pas eus ? La transformation intérieure que nous avons vécue durant la semaine nous laisse bien indifférents à ce genre d’humour.La Vierge est apparue, à Lourdes, en 1858. En 162 ans, il n’y a que 70 miracles reconnus officiellement par le bureau des miracles. Et il passe, à Lourdes, près de deux millions de pèlerins par année… Trouvez l’erreur !
Dans l’histoire des apparitions de la Vierge, en différents endroits, je n’ai jamais rencontré message plus simple, dépouillé et sobre qu’à Lourdes. En tout 7 paroles pour 18 apparitions du 11 février au 16 juillet 1858. Trois signes importants : le rocher, la source, la lumière.
Nous voilà dans les fondamentaux : le rocher, c’est Dieu, c’est le Christ et Marie apparaît dans le rocher. La source, c’est le Christ et sa Parole, et de la boue jaillit de l’eau pure et miraculeuse, le Christ fait de nos pauvretés de la beauté. La lumière, les cierges, c’est la Résurrection, c’est l’Esprit Saint. Marie nous renvoie à son Fils.
Sur l’arc du chœur de la Basilique du Rosaire, il est écrit : « A Jésus, par Marie ». Le 11 février, lors de la première apparition, la Dame fait le signe de la croix avec Bernadette. Lors de la dernière apparition, le 16 juillet, Marie fait le signe de la croix ! Elle nous dit la Trinité, le baptême, le 11 février, la croix, le calvaire que Bernadette vivra à Nevers, le 16 juillet mais aussi la Résurrection. Ne serait-ce pas notre premier signe de croix au baptême et notre dernier signe de croix sur notre corps au dernier A Dieu ? Et Marie choisit la plus pauvre du village. Bernadette disait : « Si Elle avait trouvé plus pauvre que moi, Elle l’aurait choisie. » Bernadette est illettrée, malade, sans avoir suivi le catéchisme, fille du meunier accusée de vol et dont la famille est logée au cachot du village. Ne serait-ce pas cela déjà le miracle de Lourdes et le message fabuleux de Marie au monde ?
De nombreuses formes de miracles
Un jour, un pèlerin italien vint à Lourdes. Il est aveugle et vient demander de retrouver la vue. Il repart sans avoir retrouvé la vue. Quelques années plus tard, il revient à Lourdes avec une grande statue le représentant, un genou à terre, un bandeau sur les yeux. Nous pouvons lire ce libellé sous la statue : « Je n’ai pas retrouvé la vue, mais j’ai retrouvé la foi ! »
Voilà Lourdes et les miracles ! Une journaliste me dit un jour : « Lourdes, ça ne se dit pas, ça se vit ! » Miracle !
Des miracles non reconnus, enfouis dans le cœur des pèlerins, il y en a des millions ! Ils ne seront jamais publiés, ils resteront le secret entre Dieu et le pèlerin. Souvent, on vient nous le dire sur le chemin du retour ou bien des années après. Chaque année, j’entends les malades qui me disent, eux qui auraient toutes les raisons de supplier une guérison corporelle, « Ah quel bonheur que cette semaine, j’ai rechargé les batteries jusqu’au pèlerinage de l’année prochaine ». Miracle !
Et puis ces deux sœurs qui ne s’étaient pas reparlé depuis 30 ans et qui, par hasard se sont inscrites au même pèlerinage sans le savoir. Elles se rencontrent, toujours par hasard, sur l’esplanade, ne pouvant s’éviter, elles tombent dans les bras l’une de l’autre, se demandent pardon, pleurent et vont fêter leurs retrouvailles. Miracle !
Son enterrement fut une fête !
Cette grand-maman qui, deux ans auparavant, apprenant le cancer de sa jeune petite-fille, demande secrètement à Notre Dame de Lourdes de pouvoir prendre sur elle le cancer de sa petite-fille. Elle se retrouve, deux ans après, avec un cancer en phase finale alors que sa petite-fille est guérie, aussi et entre autres, suite à un pèlerinage de dernier espoir à Lourdes. Elle vient à Lourdes pour remercier la Vierge et demande de mourir à Lourdes. Elle vit pleinement les deux premiers jours de pèlerinage et meurt dans la nuit du mercredi au jeudi. Son enterrement fut une fête ! Miracle !
Je me trouvais à Lourdes en février 2003 ou 2004, j’étais vicaire général et notre diocèse était déjà aux prises avec plusieurs affaires de prêtres pédophiles. Je n’en pouvais plus et me posais les questions les plus fondamentales. A minuit, je vais à la Grotte, il neigeait, une vieille femme, habillée tout en noir, surgit de je ne sais où, elle se précipite vers moi et posant son doigt sur mon manteau, me dit : « Toi, tu dois rester prêtre ! » Je me retourne et ne vois plus personne ! Miracle !
Et le fait que plus de 500 hospitaliers/ières soignent, aident, aiment nos malades lors de notre pèlerinage. Ils viennent de toute la Suisse romande, de toutes professions, allant d’un président d’un conseil d’Etat au simple ouvrier en passant par tous les métiers et ils se tutoient tous, s’entendent, prient, rient ensemble. Miracle !
Miracles du cœur de l’homme
Miracle de la Vie, Miracle de la Foi, Miracle de l’Amour.
Lors des premiers miracles, pendant les apparitions, les malades venaient vers Bernadette et la suppliaient de les guérir. Toujours, elle disait : « Allez à la Grotte, au fond, à la Source et lavez-vous, buvez de l’eau ! » Et les miracles s’accomplissent !
Les Miracles, c’est Dieu dans le cœur du pèlerin, du croyant, de l’homme !
Bonne méditation !
