« On est croyant… mais jusqu’à un certain point »

« On est croyant…  mais jusqu’à un certain point »
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mars 2021

Prononcées en chambre d’hôpital, certaines paroles résonnent intensément en moi. Offerts en deux temps distincts car séparés par un silence, voici les mots d’une personne ne percevant aucune issue favorable face à sa maladie : « Vous savez, on est croyant… mais jusqu’à un certain point. » Une simple parole mais dont le silence intermédiaire s’apparente à un gouffre.

PAR JEAN-FRANÇOIS BOBILLIER | PHOTO : PIXABAY

Cette patiente m’a partagé quelques mots sur sa croyance, celle qui lui a été inculquée de l’extérieur, par son éducation ou « par ce qu’on nous apprenait et qu’il fallait croire ». S’approchant de la mort et souffrant dans son corps, au moment même où elle a tant besoin du Dieu Père et Jésus Sauveur dont elle a tant entendu parler et qu’elle a tant prié, voilà qu’elle en arrive à « ce point » où tout semble caduc, lointain, stérile, insignifiant. Se trouve-t-elle face à un point de rupture ? De bascule ? Quelle parole l’aumônier est-il appelé à poser ?

Les premiers mots de la Bible m’éclairent. Dieu crée ! C’est sa vocation, son job ! Magnifique ! Mais quelle est la matière première qu’Il va travailler, façonner, pétrir pour créer ? : « La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme. » (Gn 1, 2) In-croyable ! La création va éclore… du vide ! Il me semble que ce désert, pour cette patiente hospitalisée, a pour nom le doute, la peur, le sentiment d’abandon.

Maurice Zundel contribue aussi à ma réflexion en parlant d’un « point central où à la fois nous entrons en contact avec nous-mêmes, un nous-même tout neuf, un nous-même que nous ne connaissions pas ». Ce point de rupture est-il le lieu même d’une nouvelle naissance ? Devons-nous y accéder pour enfin faire notre propre connaissance ? Tout cela me paraît paradoxal et beau à la fois.

Je crois que cette dame vit l’expérience de l’abîme et que Dieu va se mettre à l’ouvrage. Je crois qu’elle est invitée à passer d’une certaine croyance à la foi. Je crois qu’elle est tellement proche de Jésus s’écriant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Je crois aussi que nous, chrétiens, avons à parler de Dieu comme d’une Expérience. Je crois que j’ai à habiter d’une présence, plus que de paroles, ces silences.

Je crois… Je crois… Ce dont je suis sûr, et c’est ma fonction d’aumônier qui me l’apprend chaque jour, c’est que tout ce en quoi ou en Qui je crois, parfois, ou par foi… j’en doute.

 

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