Son métier : plâtrier-peintre, patron de sa petite entreprise. Sa passion : l’orgue. Qu’il pratique depuis son adolescence. Combien de fois est-il monté à la tribune de la collégiale d’Estavayer pour jouer de son instrument : des milliers de fois… Car cela fait 30 ans qu’il en est l’organiste titulaire. Trente ans ! Deux milliers de messes et fêtes religieuses et six cents enterrements plus tard, il affiche le même enthousiasme. Un musicien heureux de se mettre au service de la liturgie et de l’art sacré. Rencontre pleine de notes joyeuses !

Par Claude Jenny | Photos : Georges Losey
« On ne me voit que de dos. Mais on m’entend ! Et ça me va très bien » dit ce musicien modeste. Si l’organiste est par nature un peu solitaire derrière ses claviers, Philippe Marchello n’en est pas moins un homme chaleureux. La journée, vous pouvez le croiser dans la rue ou sur un chantier avec sa salopette blanche. « Ah c’est lui, l’organiste… » Une remarque qui le touche encore lorsque des gens sont surpris que ce soit un travailleur manuel qui, le dimanche, officie à l’orgue. Une belle preuve qu’il n’y a pas besoin d’être un pro pour briller ! Lui se dit clairement amateur. Eclairé dirons-nous ! Imaginez l’expérience acquise en trois décennies de pratique !
Un « virus » dès l’adolescence
Le « virus de l’orgue » lui est venu très tôt. « Je viens d’une famille d’origine italienne pieuse. Enfant, j’ai été à la messe presque tous les jours. Et mes parents étaient membres du chœur mixte local. Je montais donc à la tribune avec eux et je voyais l’organiste. » Et très vite il eut envie de jouer de cet instrument. Ses parents l’inscrivent au conservatoire et « j’ai eu de la chance : durant mon apprentissage de plâtrier-peintre, mon patron – qui était mon papa – me donnait un demi-jour de congé chaque semaine pour m’entraîner ». Philippe Marchello en profita pour piocher ses partitions, obtenir son diplôme d’organiste et être engagé pour jouer en semaine aux enterrements à Estavayer.
Il ne quitta plus la collégiale. Et depuis 1993, il en est l’organiste titulaire. Depuis 30 ans, il fait équipe avec un autre personnage de la vie musicale locale : Jean-Pierre Chollet, directeur du chœur mixte également depuis 30 ans ! Poste qu’il quittera cet été. L’organiste, lui, va continuer avec un nouveau directeur, Jean-Louis Raemy.
A 50 ans, l’enthousiasme de Philippe Marchello est intact même s’il se montre quelque peu circonspect concernant l’évolution de la musique sacrée à l’honneur aujourd’hui. « Je suis là pour servir la liturgie. Pour aider l’assemblée à prier. Et que l’on veuille faire chanter l’assemblée, c’est bien. Reste que dans ce qui s’écrit aujourd’hui, il n’y a pas que de la qualité… » constate-t-il. Lui accompagne le chœur mixte et « se lâche » dans les moments de la messe où l’orgue est à l’honneur. « J’aime bien jouer une œuvre conséquente juste avant le début de la célébration plutôt qu’à la fin de la messe. L’assemblée sort vite et n’écoute plus. »
Il adore Bach
Il se dit volontiers fan de Bach ! Un compositeur prolixe puisqu’il a écrit plus de 200 œuvres pour le « roi des instruments ». Philippe Marchello s’en délecte. Il affectionne moins les compositeurs modernes. Et il aime l’improvisation : il s’y est formé et apprécie ces moments où il peut laisser libre cours à son envie du jour ! Même si l’orgue d’Estavayer n’est pas « un must », Philippe Marchello le connaît suffisamment pour en tirer le meilleur.
Il s’entraîne à la maison !
En cette année jubilaire, Philippe Marchello prévoit « quelques surprises » qu’il mijote sans doute déjà ! Peut-être va-t-il rejouer la spectaculaire pièce « Orage » de Jacques Vogt qu’il avait interprétée il y a plus de 10 ans. Il s’exerce beaucoup mais… chez lui à Frasses ! « Je m’exerce en moyenne une heure par jour mais souvent à la maison ! » Eh oui, la technique fait qu’il peut disposer à son domicile d’un instrument qui est un orgue numérique, petit bijou de technologie informatique qui donne un rendu exceptionnel des sons d’un orgue grandeur nature. L’astuce : les ingénieurs enregistrent les sons au sortir de chaque tuyau d’un orgue et arrive à le restituer fidèlement sur l’instrument format réduit. « C’est génial ! Je n’ai plus besoin d’aller chaque fois à l’église pour m’exercer. Dès que j’ai un moment, je peux profiter chez moi » raconte celui qui joue parfois au petit matin, en sourdine. Et lui peut vibrer des sons de l’orgue de Caen, en l’occurrence.
Philippe Marchello baigne dans la belle musique. Y compris chez lui puisque son épouse est musicienne. C’est ce qui s’appelle faire un bon ménage musical ! Il arrive qu’ils jouent ensemble, avec madame à la flûte traversière. Et peut-être formeront-ils un jour un trio avec leur enfant !


