Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), avril 2021
Dans la brochure de la Campagne de Carême, cette phrase, tirée de l’encyclique « Laudato si’ » du pape François, m’a interpellée… Prendre soin ? Notre terre : une maison ? « Commune » qui plus est… Qu’est-ce à dire ?
PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTO : PIXABAY
Les premiers mots d’abord : « prendre soin ». On prend soin de quelque chose de fragile, de précieux ou de quelqu’un de malade, de quelqu’un dont l’état de santé est préoccupant… (voir photo
de couverture). Notre planète, bien sûr, correspond à tout cela, fragile, précieuse et malade, mais c’est tellement difficile de nous en rendre compte, quand nous avons sous nos yeux, hormis la problématique des glaciers qui fondent et dont la surface se modifie à vue d’œil, une nature relativement saine, des arbres qui s’agitent au vent, des rouges-gorges qui nous enchantent,
des fleurs devant nos maisons, au long de nos parcours de randonnées, dans nos jardins… Il me semble qu’une des difficultés de cette invitation, est qu’elle peut nous paraître infondée… Pour en avoir une vision proche de la réalité, il nous faut accepter
de voir et d’entendre des informations déplaisantes… Que ce soit par le calendrier de Carême ou par d’autres biais.
Notre terre serait-elle une maison ? Métaphore à apprivoiser… Un propriétaire qui en a les moyens et le temps, sera peut-être attentif à prévenir toute usure potentielle, à changer ce qui doit l’être avant la panne ou le dégât. Cela dépendra aussi de son
attachement à cette maison, nos vies s’enracinent dans des espaces qui nous deviennent chers et nous prenons soin des lieux car ils sont l’écrin de notre histoire, les témoins de ceux qui
y ont vécu avant nous… Et notre planète dans tout cela ? Pour en prendre bien soin, comme d’une précieuse maison, il serait bon d’interroger nos attachements… Du côté du cœur, la génération suivante peut nous aider à faire les bons choix : prenons soin de cette « planète-maison », en posant le plus souvent possible les bons gestes, parce que des petits enfants y commencent leur vie. Ceux que vous voyez s’élancer sur la balançoire, courir le long d’un bisse, vous offrir gravement une poignée de pissenlits ont besoin de notre vigilance pour pouvoir vivre – et vivre bien – dans ces « murs » lorsque nous ne serons plus là…
Et dans mon salon ? L’aspect communautaire de l’invitation du pape François est peut-être la prise de conscience la plus difficile… Il me semble en avoir une illustration à longueur de semaine : pour quelques heures par jour, les murs de l’école nous sont communs, les sols aussi… Et devant les déchets mal triés
et les papiers qui traînent, je me dis : « Font-ils comme ça dans leur salon ? » Non, bien sûr ! Vous voyez le défi ? Considérer notre planète comme un espace dont nous prenons soin personnellement, alors qu’il devient déjà difficile de maintenir un minimum de vigilance dans un espace collectif qui nous est familier !
Un geste tout simple. Le calendrier de Carême propose un partage de biens qui permet des changements salutaires dans des parties de cette maison où nous ne vivons pas, cet argent, dans certaines situations, sera le remède bienvenu pour une amélioration concrète. Pour ma part, je vous propose un geste tout simple, à faire comme une prière, comme si on posait notre main fraîche sur le front fiévreux de notre monde : se pencher, ramasser, emporter et jeter tous les masques qui se trouvent sur nos chemins… Et quand il n’y aura plus de masques, nous aviserons !
