Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), mai 2020
Par Pascal Tornay | Photo: Ldd
Ah ce virus ! Il en aura fait parler à toutes les sauces. Et ça continue, puisque j’écris encore à ce sujet… En marge des alertes, des pleurs et des drames par milliers, il y aura eu, plus silencieusement, ce que tant d’esprits (saints ?) demandaient avec ferveur depuis longtemps : un ralentissement de la course folle, un retournement vers davantage de sobriété, de simplicité, un retour à ce – et surtout à ceux – qui se trouvent autour de soi…Englué qu’il est dans le superficiel, la course à la possession matérielle et au salut par l’argent et le pouvoir, le genre humain seul serait-il, seul, parvenu à un tel résultat planétaire ? Il aura fallu qu’un être vivant microscopique – pour ne pas dire invisible – fasse le sale boulot : tout faire cesser ! Il ne faudrait pas qu’elle nous lâche trop tôt, cette petite bête, car nous repartirions tous autant que nous sommes dans la course infernale… aussi vite que nous avons plongé dans l’immobilité. A propos d’immobilité : les données GPS montrent de stupéfiantes baisses de trafic sur l’autoroute entre Lausanne et Genève par exemple !Nous voici donc dans une certaine statique qui, chez certains, provoque l’anxiété, chez d’autres, la sérénité… Deux camps ! En effet, l’hystérie de certains montrent, d’une part, combien notre peur de manquer est grande et d’autre part en quoi (ou en qui) nous avons placé notre confiance. Le temps des c(e)rises est une loupe sociologique puissante : il manifeste clairement où nous en sommes avec nous-mêmes, avec les autres et avec le Seigneur ! Cela me rappelle la parabole des brebis et des boucs que le Christ place à sa droite et à sa gauche dans l’Evangile. (Mt 25, 33) Deux camps ! En fait, cette frontière ténue passe à l’intérieur de chacun d’entre nous. Nous avons tous affaire à nos démons. Ces temps si particuliers les feront ressortir. Il faudra leur faire face. Si c’est pour qu’ils nous quittent définitivement, ce sera une excellente chose.
Quelle n’a pas été ma surprise de voir les rayons des supermarchés de Sembrancher où j’approvisionne ma famille, être dévalisés comme en temps de guerre. J’imaginais cette hystérie avoir lieu seulement dans les grandes villes de Suisse romande… Dans cette situation sans précédent, je nous exhorte à rester dans la paix et la confiance dans le Seigneur et, en toutes circonstances à (ré)agir comme des chrétiens, c’est-à-dire rester à l’écoute de la Parole de Dieu, fidèles à la prière, attentifs aux besoins des plus proches et être prompts à l’action solidaire. Et le dernier mot revient au psalmiste : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Ps 130, 1-2)
