Sœur Anne-Sophie, nouvelle prieure du Monastère des dominicaines

Sœur Anne-Sophie, nouvelle prieure du Monastère des dominicaines
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), février 2020

Par Claude Jenny | Photo: Georges Losey

Depuis novembre dernier, Sœur Anne-Sophie est la nouvelle prieure du Monastère des Dominicaines à Estavayer. Rencontre avec celle qui a la lourde charge de succéder à Sœur Monique, arrivée au terme de son mandat.Le chapitre tenu en novembre dernier n’a laissé planer aucune surprise : c’est bien elle, la benjamine de la communauté que ses dix consœurs ont voulu pour assurer tout à la fois la poursuite de l’esprit instauré par Sœur Monique, mais aussi veiller sur l’avenir du Monastère. Et la nouvelle élue ne s’en cache pas : la mission que le Seigneur lui confie ne sera pas forcément simple ! Mais, confie-t-elle, « j’étais un peu effrayée avant à l’idée que je sois désignée. Mais maintenant que je suis en place, ça va ! » « Je n’y ai pas échappé… » dit avec un large sourire celle qui a vite plongé dans les mille et une tâches d’une prieure ! Elle, la flûtiste, découvre de nouvelles partitions organisationnelles et de représentation publique du Monastère dans la vie locale et régionale. 

Marcher ensemble dans la vie contemplative
Même si certains disent avec affection qu’elle est « l’intello du monastère », il n’est pas à craindre qu’elle attrape la grosse tête ! Car moniale elle est, et d’abord moniale elle restera ! « C’est et ce sera toujours ma préoccupation première : que nous continuions à marcher ensemble en donnant la priorité à notre vie contemplative, car telle est notre vocation. La prieure doit être la garante de cette priorité » commente-t-elle. 

Ne pas éluder l’avenir
Mais Sœur Anne-Sophie ne s’en cache pas : hors des temps de prière, elle aura à conduire avec ses consœurs une inévitable réflexion sur l’avenir du monastère. Car elles ne sont plus que 11 moniales aujourd’hui dans les murs staviacois, dont plusieurs sont entrées dans le quatrième âge. « Nous devons nous demander de quoi sera fait l’avenir du monastère et ne pas éluder la perspective de décisions qui interviendront un jour » analyse lucidement la nouvelle prieure. C’est à elle, la plus jeune de la communauté, qu’il appartient désormais de réfléchir à demain.

Son vœu est évidemment que le Monastère d’Estavayer survive à la désaffection des vocations qui frappe toutes les congrégations. Mais étant rattaché à la Fédération française des monastères de dominicaines, un regroupement n’est pas à exclure. « Mon souhait est à tout le moins que mes consœurs les plus âgées puissent rester ici jusqu’au terme de leur vie terrestre. Pour les plus jeunes, on ne sait pas… » confie-t-elle. Elle, la cadette, qui dit avoir trouvé en terre broyarde un climat et un cadre de vie que, en Savoyarde d’origine, elle affectionne, pourrait devoir un jour aller vivre dans une communauté par exemple provençale… Une perspective qui la fait frémir à  cause du climat !

« Ne pas vivre dans la peur »
« Le but est de rester ici dans une communauté de vie spirituelle très unie. Et nous ne devons pas vivre dans la peur ! » dit-elle avec la conviction de celle qui, en tant que prieure, va tout faire pour garder cette présence monastique à Estavayer.  Reste que la vie interne d’un monastère exige des forces pour accomplir en commun nombre de tâches, notamment domestiques. Elle entend veiller à trouver « un équilibre pour éviter un épuisement de mes consœurs ». Le monastère d’Estavayer bénéficie d’un rayonnement et d’un soutien précieux, notamment de l’Association des Amis du monastère. Reste qu’il est impératif aussi de trouver des recettes nouvelles. Ce qui, pour le Monastère d’Estavayer, passe par le lancement de nouveaux produits monastiques (lire ci-contre).

La nouvelle prieure passe allègrement du ton grave – lorsqu’elle évoque l’avenir – au visage rayonnant – lorsqu’elle salue l’énergie que mettent ses consœurs pour rester fidèles à leur mission qui est d’accueillir le Christ et d’évoluer pour continuer à bien l’accueillir !

Son chemin en raccourci…

Née en Savoie, la nouvelle prieure a été institutrice avant de tâtonner un peu pour trouver sa voie spirituelle. C’est en fréquentant l’Ecole d’Evangile à Lourdes que le Seigneur lui a fait un signe clair. Restait à trouver la bonne communauté. Après un passage dans plusieurs monastères – dont la Maigrauge à Fribourg, elle a opté pour l’ordre dominicain qui lui offrait la possibilité de nourrir sa foi par l’étude. Un chemin de transmission de l’Evangile qu’elle n’a jamais regretté d’avoir choisi ! Arrivée à Estavayer en 2003, elle prononça ses vœux définitifs en 2006. Cadette du monastère, elle fêtera son demi-siècle en novembre prochain.

De nouveaux produits estampillés « Le Monastère »

Dans le courant du mois d’avril prochain, selon les prévisions, le magasin monastique des Dominicaines vous proposera de nouveaux produits qui seront vendus sous l’appellation « Le Monastère » ! Il s’agira de produits destinés aux soins du corps (savons, baumes, crème, etc.) qui sont présentement mijotés dans un atelier du couvent par deux sœurs qui s’investissent pour assurer le succès de cette petite entreprise, avec le concours de fournisseurs et de conseils d’entreprises de la région. Ces produits « Le Monastère » remplaceront les bouquets de Provence qui ne pourront plus être fabriqués faute du produit de base. « Ce doit être une source de revenus à notre échelle et exigeant un investissement modeste » explique Sœur Anne-Sophie.

Sœur Monique aura été prieure durant un quart de siècle !

Jurassienne devenue Broyarde, Sœur Monique a passé le relais à Sœur Anne-Sophie comme prieure du Monastère des Dominicaines. Elle aura occupé cette fonction à trois reprises et au total durant un quart de siècle ! L’occasion de s’entretenir quelques instants avec elle.

Par Claude Jenny

Infirmière de formation, cette sœur hospitalière a quitté Porrentruy pour devenir dominicaine à Estavayer en 1976. Et depuis lors, elle a été prieure du monastère une première fois de 1988 à 1999, puis de 2001 à 2010 et une troisième de 2013 à 2019 ! « Cette fois, promis, je rentre dans le rang » dit cette religieuse que tout le monde connaît dans la région et dont on apprécie toujours les bons mots, les plaisanteries, le sens du contact… Tout le contraire d’une nonne austère !

Et c’est peu dire qu’elle a mené sa barque en sachant conjuguer spiritualité, humanité, ouverture et audace !  Sous son règne, le monastère s’est beaucoup ouvert vers l’extérieur. « Les liens avec la commune, la paroisse, d’autres communautés se sont beaucoup renforcés au fil des ans » relève-t-elle. Ce dont elle se réjouit. Elle a aussi conduit de nombreux chantiers importants : l’ouverture de « La Source », l’année du Jubilé des 700 ans, le chantier de restauration de l’église, d’une partie des  façades, etc.

Comme une première de cordée
Mais ce à quoi elle a consacré le plus d’énergie, c’est sûrement à veiller sur ses consœurs ! « Etre prieure, c’est être au service de ses consœurs, comme une première de cordée en montagne, mais tout en respectant le chemin de chacune » tient-elle à souligner. Dit autrement : « savoir faire éclore ce qui est important chez l’autre ». « Une communauté comme la nôtre, dans laquelle nous vivons en permanence ensemble, est comme une grande famille. Et les familles des  sœurs deviennent aussi nos familles. C’est important de cultiver cet esprit » explique celle qui a veillé à toujours avoir le mot qu’il faut pour la bonne personne au bon moment ! « Je me suis efforcée de savoir être présente auprès de chacune lorsque je sentais un besoin » dit celle qui a aussi beaucoup œuvré comme infirmière de la communauté. Un privilège pour ses consœurs de disposer d’une personne possédant un tel bagage médical. Encore récemment, une des sœurs, grièvement malade, a bénéficié d’un encadrement médical par Sœur Monique mais aussi d’une belle présence fraternelle par toute la communauté. 

Sœur Monique cultive l’empathie et va continuer à la dispenser. Comme consœur, comme infirmière et comme sous-prieure. « J’ai vécu un temps riche et important » confie-t-elle. « Peut-être que je suis appelée à vivre autre chose. Car, dit-elle, plus on s’approche de Dieu, plus on est humain ! »

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