Par Klaus Sarbach | Photo : DR
A Pâques, on célèbre la vie qui a vaincu la mort du corps. En réfléchissant sur les différentes sortes d’abus, on constate qu’ils peuvent provoquer des « morts » dans les cœurs et les esprits. Les abus commis par des chrétiens nous choquent. Nous devons reconnaître la vérité des faits et tout faire pour la justice (réparation des torts, indemnisation) et pour la « guérison » des victimes. Mais doit-on condamner pour toujours les coupables, brûler leurs écrits et démolir leurs œuvres de charité qui ont nourri tant de cœurs assoiffés ?
Après le repentir, au fils prodigue, le père redonne la clé de son coffre-fort et au bon larron la clé du paradis. Ne devrions-nous pas appliquer les paroles de Jésus : « Faites et observez tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas » ? (Mt 23, 3)
Je nous propose donc d’employer le « tamis de la miséricorde ». Dans le tamis on met le « tout-venant ». Le rôle du tamis est de trier et de séparer les choses. A cause d’un mal commis faut-il « enterrer » tout le bien que la personne a fait sur la terre ? On doit jeter ce qui est mal. Mais on garde les semences faites pour être semées, cultivées et pour porter des fruits.
En plus de 40 ans de pastorale auprès des personnes handicapées mentales, j’ai collaboré avec Jean Vanier, le cofondateur de l’Arche et de Foi et Lumière. Par ses livres, conférences, retraites et pèlerinages, il est devenu mon « maître » dans la pastorale avec les petits et les pauvres. Avec un cœur blessé nous admettons ses torts. Maintenant que Jean se tient devant Jésus qui est Justice et s’appelle Miséricorde, je ne vais jeter aucun livre ou texte de Jean. Je continue à partager les richesses des personnes handicapées et de leurs familles.
En ce temps de mort au péché et de vie nouvelle par le pardon, faisons nôtre ces réflexion de Gabrielle Nanchen : « Sans pardon, il n’est pas possible de vivre ensemble. Il faut que la vérité et la justice soient faites, mais après on doit tourner la page. Sans pardon, nous trimballons un cadavre dans notre sac à dos. »1
1 Gabrielle Nanchen dans « Le goût des autres », Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice, 2018.
