Témoignages de vos agents pastoraux laïcs

Témoignages de vos agents pastoraux laïcs

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Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), mai-juin 2020

Photos: Ldd

En ce temps de pandémie et d’une Eglise qui ne peut pas fonctionner normalement, nous avons demandé à des membres de votre équipe pastorale d’exprimer leur sentiment sur la manière dont ils/elles vivent cette situation.

Mireille Duc : une grosse frustration mais aussi du positif !

De mon point de vue, une crise offre toujours des opportunités et je préfère relever les points positifs de cette pandémie. Celle-ci me pousse à me questionner sur ma façon de vivre, notamment la fréquence de mes déplacements et l’équilibre que j’ai instauré entre ma vie privée et ma vie professionnelle.

Durant cette période inédite, je mets mes ressources personnelles au service des autres. J’essaie par téléphone de réconforter les personnes qui sont seules, malades, endeuillées et je constate que nous avons tous besoin de communiquer, d’être rassurés et que les liens ne sont pas détruits par la séparation physique.

Je prie et médite plus que d’habitude et je participe au groupe de travail chargé d’envoyer chaque semaine aux enfants catéchisés et aux servants de messe l’Evangile du dimanche avec l’explication du message, prière et jeux afin de rester en contact avec les enfants, les jeunes et les parents.

Par contre, nous regrettons, mon mari et moi, comme la plupart des grands-parents, de ne plus voir nos petits-enfants et leur famille. Le contact est maintenu par visioconférence, en faisant des « skype apéros » mais on ressent le besoin de les serrer dans nos bras ces petits. Nous faisons preuve de patience, nous savons que l’épidémie va prendre fin un jour car comme le dit l’Ecclésiaste (livre de la bible hébraïque) : « Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le soleil. Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant, un temps pour tuer et un temps pour soigner les blessures, un temps pour démolir et un temps pour construire. Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser… »

Restons confiants et espérons. Dieu nous rejoint dans nos blessures et Jésus nous guérit en nous révélant le visage de tendresse de son Père. Et c’est bien de la tendresse dont nous avons besoin aujourd’hui.

Marianne Berset : vivre autrement en se rendant utile

Vivre autrement… L’annonce de la pandémie m’a beaucoup touchée et déstabilisée dans les premières heures…

Puis, cette situation particulière, je l’ai confiée au Seigneur… et rapidement j’ai trouvé des pistes. Ma première attitude fut de rester « cloîtrée ». Là, dans un cadre magnifique sous un soleil superbe, il fallait que je vive ma mission de baptisé. Je trouvais important de donner la possibilité aux enfants de continuer à les aider
à connaître Jésus, à entrer en dialogue avec lui. 

Aujourd’hui, nous avons également la chance de bénéficier de moyens de communication qui nous permettent d’entrer facilement en relation avec les collègues, les paroissiens et les catéchistes et aussi avec les familles… Au début de l’année scolaire, nous avions décidé de transmettre les infos aux familles par WhatsApp ou e-mail… comme si l’Esprit Saint nous avait soufflé une autre manière de communiquer. Je rends grâce aussi car mon âge m’a permis de maintenir le contact avec mes enfants et ma petite-fille. 

De plus, la Parole de Dieu a beaucoup de place et je ne voulais pas qu’elle ne soit que des mots, je souhaitais qu’elle soit aussi des gestes. De ce fait, je me suis inscrite comme bénévole pour l’Hôpital cantonal… A la suite d’une formation à laquelle j’ai été convoquée, je sais que je serai affectée au service de télémédecine dès qu’il sera fonctionnel et nécessaire face à l’évolution de la pandémie.

Demandons au Christ Ressuscité de soutenir et de garder chacun et chacune.

Bernadette von Niederhäusern : un Carême nouveau pour nous conduire à une Pâque nouvelle

Pour moi, ce confinement, c’est l’occasion de prendre le temps de se reposer et aussi de prier. Souvent dans la journée, je prie le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie ». Je prends le temps de téléphoner aux personnes âgées qui ne peuvent pas sortir. Je prends des nouvelles des amis. J’essaie de garder le lien via WhatsApp. Parfois, je vais faire une petite balade qui me permet de saluer des personnes sur mon chemin. C’est sûr, cette pandémie est l’occasion de s’arrêter et de se remettre en question. C’est un désert de contacts directs, c’est un Carême nouveau qui nous mènera, j’en suis sûre, vers une Pâques nouvelle ! La Pâque des retrouvailles ! Et si on fêtait Pâques à la fin de la pandémie ! Les retrouvailles pourraient être une vraie Résurrection ! En attendant : « Joyeuses Pâques. »

Gérard Dévaud : prendre et garder de bonnes résolutions !

Pour moi, confinement ne veut pas dire rester sans rien faire ! Bien au contraire, entre le courrier par internet, les vidéoconférences avec les collègues, les téléphones avec les paroissiens et les visites au home une fois par semaine, mes journées sont déjà bien occupées. Rajouter à cela des temps de prières à la maison ou chaque jour à l’église, le ménage, le jardin, les repas et la redécouverte de jeux de société avec mes garçons, pas le temps de m’ennuyer !

Malgré tout ça, c’est vrai que cette pandémie me préoccupe et m’oblige à réinventer mon quotidien ainsi que ma relation aux autres et à Dieu. Mais je vois plutôt ceci de manière positive, comme une chance de me renouveler, de me réinventer pour m’empêcher de tourner en rond dans mon train-train quotidien.

J’espère qu’à la fin du confinement (le plus tôt possible…), je saurai garder ces nouvelles résolutions et habitudes !

« Le confinement invite au déplacement vertical ! »

Par Sœur Anne-Sophie, op, prieure du Couvent des dominicaines à Estavayer

Période pleine de contrastes que celle que nous traversons : le monde a pour une grande part ralenti sa course effrénée ; d’autre part, certains – les soignants notamment – ont vu au contraire leur vie s’accélérer considérablement, parfois jusqu’à l’épuisement.

Au milieu de tout cela, qu’en est-il de nous, moniales ?

Ceux qui habitent à proximité du monastère entendent nos cloches qui continuent à sonner les heures de la prière, autre front de la lutte contre le Covid-19, autre poste de veille d’où nous remettons chacun, dans la foi et l’espérance, à la bonté de Dieu, à son Esprit de consolation et de force pour tous ceux qui vivent un deuil, la maladie, la solitude, la précarité, la peur pour demain. Nous sommes en communion avec beaucoup d’entre vous qui prient aux mêmes intentions. En signe de cette communion, pourquoi ne pas prier ensemble l’Angélus à 12h et 18h quand sonnent les cloches ?

On pourrait dire des moniales qu’elles sont des confinées par nature… ou plutôt par appel, et non par contrainte. On utilise alors plutôt le terme de « cloîtrées ». Vivre à la maison, cela nous connaît et tout est organisé pour cela au monastère. Quel sens cela a-t-il ? Le pape François soutient cette idée qui lui est chère : « Le temps est supérieur à l’espace » (La joie de l’Evangile no 222-225). Or, notre société depuis plusieurs décennies a fait l’option inverse : toujours plus d’espace en toujours moins de temps. L’espace invite à des déplacements horizontaux : on franchit des kilomètres, parfois un peu d’altitude aussi. Le temps, lui, invite à des déplacements verticaux, si l’on peut dire : en hauteur et en profondeur, sans bouger de sa place puisque le voyage s’effectue en soi ! 

Quand on est limité dans l’espace, et que cela dure, il faut puiser profond les ressources pour vivre. Et cela prend du temps ; mais cela vaut le déplacement ! C’est là le pari de la vie monastique… et peut-être bien le pari de ce confinement que l’on peut alors choisir comme « moyen de locomotion » pour un voyage intérieur avec et à la suite du Christ qui par sa passion, sa mort et sa résurrection nous mène des profondeurs de notre cœur jusqu’au sommet de la miséricorde : le cœur du Père. Bon chemin à tous !

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