PAR KLAUS SARBACH | PHOTO : DR
En mai 1968, je suis entré au Séminaire de Martigny sans aucune expérience de vie avec des personnes handicapées. Un jour, deux éducatrices de l’Ecole La Bruyère m’ont dit : « Vous devez venir faire le catéchisme chez nous ! » Après la première leçon, dans trois classes un enfant trisomique m’a dit : « Nicolas, ça va la tête toi ? » J’avais réussi « mon examen d’entrée » !
Peu après, une catéchiste de Sion me téléphone : « Vous devez fonder des communautés Foi et Lumière ! » Je viens de fêter 40 ans d’un ministère merveilleux auprès des personnes handicapées mentales, de leur parents et amis dans une dizaine de pays.
Quand je me trouve devant des personnes handicapées, je me demande : « Que puis-je faire pour elles ? Que puis-je leur donner ? » Et je rentre à la maison en disant : « En fait, je reçois beaucoup plus que ce que je donne ! »
Dans le monde du handicap, « savoir » ou se demander « que puis-je faire pour… », ça ne compte pas. Le moteur de la vie vient plutôt d’un « être avec de cœur et d’âme ».
Les personnes handicapées mentales ont un flair très puissant pour deviner – dans toutes les langues du monde – ce que nous « sentons » pour elles. Leur amitié est profonde et fidèle et ce qui la fait vibrer, c’est la joie. Elles ont une grande mémoire pour les événements vécus en communauté. Leur esprit est ouvert à tout ce qui concerne Jésus et la foi.
Le prêtre devient « l’homme du cœur ». A travers ce que le prêtre est, à travers ce qu’il dit et ce qu’il fait, les membres de la communauté devraient pouvoir « sentir » comment est le Cœur de Jésus qui les aime, les guérit, les relève et veut en faire une belle communauté.
« L’ami-prêtre » vit avec un cœur blessé et compatissant, un cœur qui écoute et relève ; un cœur qui tire et qui pousse ; un cœur qui se fatigue et qui se relève ; un cœur qui se vide et qui se laisse remplir ; un cœur qui sait rire et pleurer ; un cœur qui « se laisse attacher » et qui sait « laisser partir » ; un cœur de chair qui partage l’humanité pauvre et merveilleuse ; un cœur d’esprit transformé par l’Esprit ; un cœur qui connaît ses limites et reconnaît qu’il a besoin des autres ; un cœur qui donne, s’enrichit et s’épanouit et qui rayonne, non pas par ses capacités, mais parce qu’il bat au rythme du Cœur de Jésus à la place que le Pasteur lui a confiée dans la communauté. Un tel aumônier reçoit cent fois plus que ce qu’il donne !
