Notre rubrique « Vu d’ailleurs » vous propose régulièrement de petites réflexions à partir d’un fait de vie. Aujourd’hui, un matou et une chatonne en viennent « aux griffes » dans le jardin où la famille Pianta est réunie… Mais où cette histoire va bien pouvoir mener ?
PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTO : PIXABAY
Avec l’arrivée du printemps, la douceur de l’air et la caresse des rayons du soleil qui viennent réveiller les fleurs assoupies, je me pose dehors et j’écoute le bruissement du vent, les mélodies enjouées des oiseaux… Déjà quelques insectes volants se précipitent pour me taquiner. Petits et grands jouissent goulûment de cette liberté retrouvée dans un décor bucolique où tout semble respirer le calme et la sérénité du retour de la Vie… Résurrection de la nature qui s’accorde si bien avec la résurrection du Christ qui vient nous hisser hors de nos tombeaux hivernaux, froids et sombres. Tout va presque bien si on se laisse porter par cette Vie qui l’emporte toujours, si l’on fait confiance, malgré l’hiver, à cette certitude que Jésus est sorti du tombeau. Presque bien… Presque, car voilà qu’éclate un rugissement suivi d’un long grondement, ponctué à nouveaux de rugissements, puis de grondements ! Et soudain un bond, qui suffit à déclencher une bagarre ! Ce n’est ni la première, ni la dernière.
Nous nous regardons tous, distraits de notre douce sérénité, les petits interloqués et interrompus dans leurs rires et dans leurs chamailleries territoriales et possessives. Ma petite chatonne vient de se faire coincer par le matou des voisins qui ne cesse de la harceler, de la traquer, de pénétrer sur son territoire ! Et c’est ainsi trois fois par jour. La petite chatonne défend âprement son territoire – et sa peau – sans mâcher ses miaulements, pas prête du tout à céder, à renoncer. Nous nous regardons.
Dans ma tête, je transpose. Je vois s’inscrire en grosses lettres « GUERRE EN UKRAINE » : fraternité déchirée depuis la nuit des temps, domination géographique, physique, psychologique. Entre ma chatonne et le matou – toujours transposant – je vois se dessiner à gros traits toute cette obsession de l’être vivant qui est animé par ce désir violent d’écraser son semblable, de lui voler son territoire, ses biens matériels et psychologiques. L’être humain est-il donc aussi « animal » pour commettre autant de crimes et d’exactions qui laissent les autres mutilés dans leur corps comme dans leur âme, exsangues ?
Depuis les chats, en passant par les fraternités, puis les dictateurs, les abuseurs et les victimes, je réalise en contemplant les petits enfants qui nous entourent, à quel point il y a quelque chose à transformer dans l’ADN de l’être vivant, pour qu’il puisse s’élever au-dessus de l’instinct animal, jusqu’au rang d’homme. J’ai toujours cru que l’humanité était quelque chose d’inné en l’homme ! Mais depuis quelque temps je ne cesse de tomber de mon petit nuage avec un rude atterrissage, dans le pré, au milieu de la chatonne et du gros matou qui ne la lâche pas, des enfants toujours prêts à se bagarrer autour de ce qu’ils peuvent usurper à l’autre et des discussions amères sur la guerre. Pourtant je veux croire en cette humanité malgré tout, car je sais qu’elle porte en elle l’empreinte de Dieu. Et il nous revient de faire pousser cette humanité déposée en nos enfants comme une graine précieuse, d’élever, au sens propre comme au figuré, ces petits hommes créés à l’image de Dieu. Jardiniers de nos vies, c’est à nous de cultiver avec amour et tendresse chaque petite pousse de vie, de générosité, chaque progrès, chaque réussite, chaque effort, s’émerveiller devant les sourires, la spontanéité… Etre l’eau et le soleil pour nos petits afin que germe cette graine de Dieu déposée en chacun. Prendre soin de la vie pour que celle-ci ne soit pas gâchée ou endommagée par ce désir de posséder, de dominer, d’écraser l’autre, et ainsi de développer l’écologie de l’âme et du cœur plutôt que la sauvagerie animale, c’est la mission d’un jardinier.
Evidemment, je ris en regardant le matou et la chatonne ! Mais de tout cœur, je nous souhaite à tous d’œuvrer pour dépasser ce stade de comportement et révéler d’autres aspects de la vraie nature humaine…
