Un orphelinat ukrainien au bord du lac

Rencontre avec deux enseignantes retraitées appelées à donner des cours de français aux enfants ukrainiens à l’Ecole des Missions.

Tout l’espoir d’un enfant (dessin d’enfant).

Par Nicolette Micheli 
Photos : DR

Evoquer Marioupol, c’est entrer dans la première ville martyre de l’Ukraine. Cette ville a fait preuve d’un héroïsme remarquable qui lui a valu des milliers de morts. Pour fuir la guerre, un orphelinat d’une centaine d’enfants a pu trouver refuge en Suisse avec sa directrice et tout le personnel d’encadrement.

Dès son arrivée, le groupe a dû être partagé pour des raisons de places disponibles. Certaines fratries également. Les petits ont été accueillis à Pompaples dans le canton de Vaud et les grands à l’Ecole des Missions, à Saint-Gingolph. Les Pères Spiritains ont mis à disposition de l’Etat du Valais, sous contrat, le bâtiment de leur ancien collège. Les locaux ont été réaménagés et équipés pour recevoir dignement adultes et enfants. C’est le service de l’Action Sociale, par le biais de l’Office de l’Asile et de son Chef de Service, M. Jérôme Favez, qui gère cette installation.

On peine à imaginer les drames qu’ont vécus ces enfants. Traumatisés par la guerre, privés de l’affection de leurs parents, déracinés de leur pays, les voilà accueillis chez nous, installés dans l’inconnu et pour certains, séparés de leurs frères et sœurs. Malgré tout, l’école doit reprendre. Il faut apprendre l’ukrainien d’abord, alors qu’ils parlent le russe, continuer leur parcours scolaire et se familiariser aussi avec le français. Heureusement, les enseignantes de français, qui interviennent  en matinée, ont  bénéficié de traductrices et d’aides à la vie scolaire. Elles ont dû sans cesse s’adapter durant l’année. Les enfants ont travaillé le mieux possible et ont progressé. Certains ont pu rejoindre les CO de la région, d’autres ont été intégrés dans des classes primaires de Saint-Gingolph. Certains, en fin de scolarité, continuent dans des classes d’accueil et d’intégration (SCAI) adaptées à leurs besoins. Ces départs ont allégé les groupes et ont permis, dès l’automne, un enseignement plus personnalisé.

Voilà quelques mois déjà, la Croix-Rouge a offert une belle surprise à ces enfants. Elle les a réunis pour une journée récréative. Quelle joie de retrouver soit leur frère, leur sœur ou leurs anciens camarades ! Quel bonheur de partager jeux et souvenirs !

Aux dernières nouvelles, les enfants progressent à grande vitesse, grâce aussi à tout ce qui leur a été proposé pour faciliter les échanges. Certains ont intégré des équipes de foot ou le Ski-Club. Quelques-uns ont profité d’un séjour en colonie de vacances ou d’activités au Passeport Vacances. Enfin les structures de loisirs telles que le Swiss Vapeur Parc ou l’Aquaparc font la joie des petits et des grands. 

Chaque jour, tous pensent à leur pays et entretiennent l’espoir de retrouver au plus vite leur terre natale. On le leur souhaite vivement. A l’approche des Fêtes, nous avons une pensée pour eux qui, pour la deuxième année, passeront Noël loin de leur famille et de leur pays.

Témoignage d’Angeline Borgeaud

Angeline Borgeaud.

Toujours passionnée par l’enseignement, j’accepte avec plaisir de travailler deux matinées par semaine.

Très vite, je découvre qu’il s’agit d’enseignement « spécialisé ».

Les enfants sont traumatisés, angoissés, perturbés par leur vécu, par les déménagements et par la situation de leur pays.

Ils ne sont pas motivés pour apprendre notre langue, car ils rêvent de retourner vite chez eux…

Je dois m’adapter, créer, imaginer, être patiente et surtout leur apporter mon affection.

Les entendre chanter en français est pour moi un grand bonheur.

Nous jouons au BINGO pour assurer les répétitions.

Vraiment, je me régale, quand j’entends cet élève farceur qui me dit : « Qu’est-ce qu’il y a Madame Angeline ? Vous cherchez la bagarre ? »

Au bilan, les enfants parlent un peu… mais ils comprennent beaucoup… 

Un enfant est toujours porteur d’espoir !

Témoignage de Françoise 

Françoise Ferrin.

Surprise de recevoir un appel du DIP, en juillet 2022, me demandant de donner des cours de français à des enfants ukrainiens installés à l’Ecole des Missions. 

J’ai dit « oui » car le sort de ces enfants m’avait fortement interpellée. 

Les premiers mois furent difficiles : langue et alphabet différents, enfants traumatisés et pas motivés à apprendre le français, crises fréquentes, violence verbale et physique. 

Exemples : 
– lorsque j’effaçais une faute dans une copie, l’enfant se mettait à pleurer ou à criser et ne voulait plus rien faire ;
– au loto, celui qui ne pouvait pas crier « Carton » se fâchait ;
– lors d’un changement d’activité, certains élèves jetaient par terre tout ce qui était sur leur table.

Au mois de janvier, j’ai vu une évolution positive dans leur comportement et leur intérêt pour le français. Bel encouragement !

On a chanté, fait de la gym, joué à « Jacques a dit » : manière ludique de retenir le vocabulaire appris !

La promenade d’école au Labyrinthe Aventure fut une magnifique journée.

De plus, ces enfants ont un grand besoin d’affection : chaque matin, à leur arrivée en classe et à leur départ, j’ai distribué et reçu, en tout, des milliers de câlins !

J’ai vécu une année scolaire étonnante, fatigante, mais ô combien enrichissante !

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