La famille Madarati originaire d’Alep en Syrie est arrivée en Suisse en 2014. Voici Mahasen, la maman; Kamal, le papa; Mohamad et Aisl, frère et sœur de 20 et 14 ans. Après un voyage ahurissant qui les a conduis, comme de nombreux autres migrants en Libye, puis à travers la Méditerranée jusqu’en Sicile où ils trouvent bon accueil, ils parviennent aux frontières de la Suisse à Vallorbe, qui ne sera – encore – qu’une étape… Insérés dans un univers totalement nouveau sur tous les plans, ils estiment mener une vie normale… Ils nous en parlent.
Propos recueillis par Pascal Tornay
Photo: famille MadaratiC’est tout sourire que la famille nous accueille, le chanoine Benoît Vouilloz, qui les connaît et les accompagne depuis leur arrivée à Martigny et moi-même. Le jeune Mohamad s’explique :
« Nous pensions être arrivés lorsqu’on a débarqué à Vallorbe… Nous y sommes restés un mois. Puis nous sommes partis pour Saint-Gingolph, puis pour Vernamiège toujours dans des centres pour requérants d’asile. Par la suite, l’Etat nous a trouvé un appartement à Saxon où nous avons séjourné neuf mois. Actuellement, cela fait deux ans que nous vivons à Martigny. »
« Le Valais est un canton très familial et nos voisins sont très sympas. Nous avons beaucoup de chance de vivre ici », déclare Mahasen. « Malheureusement, le permis de séjour F dont nous disposons ne nous autorise à quitter le Valais que 3 jours au maximum et ne permet pas de quitter le territoire national », affirme Kamal. « Cela nous rend triste car des membres de notre famille – qui ont fuit la Syrie en ordre dispersé – se trouvent aujourd’hui aux quatre coins de l’Europe sans que nous ayons la permission de les rejoindre pour les vacances par exemple », reprend
la maman.
Je pose la question de leurs regrets… Tous, évidemment, ont parfois le mal du pays… Malgré une insertion sociale satisfaisante, les images de destruction massive qui leur parviennent par la télévision les font frémir. De son côté, Kamal doit faire le deuil d’une belle trajectoire professionnelle dans le domaine de l’orfèvrerie. Un patron bâlois l’aurait volontiers employé et bien payé, mais la distance… Il est actuellement en stage longue durée dans un garage où il s’emploie à du nettoyage, à la petite mécanique. « Disons que je m’y fais petit à petit ! », s’exclame Kamal. Son fils Mohamad suit l’école des métiers et envisage de faire un apprentissage d’automaticien, tandis qu’Aisl est en troisième année au CO et s’intéresse au domaine de la pharmacie. Mahasen, elle, s’est rendue disponible comme maman de jour. L’expérience lui a permis de s’ouvrir à d’autres personnes et de tisser plusieurs belles amitiés. C’est surtout la vie en famille élargie qui leur manque. Malgré ces regrets, tous estiment avoir eu beaucoup de chance et pouvoir vivre une vie assez « normale »… Pour guérir les blessures, la famille a ses stratégies… Mohamad apprécie le camping, la marche en montagne et la musique. Il aime être occupé constamment, c’est une manière de ne plus trop penser au passé. Kamal avoue qu’il fait des pic de diabète, rien que de revenir à ces épisodes douloureux… Pour Mahasen, pleurer fait du bien. Elle laisse déborder son cœur au cours d’une balade, seule…
Sur le plan culinaire et à la simple évocation de la « raclette », les sourires reviennent ! « C’est tellement bon, la raclette. On a acheté la machine à racler dès qu’on a pu ! Nous avons découvert le vin chaud, cela nous a bien plu aussi ! » Sur le plan religieux, Kamal et Mahasen sont des musulmans pratiquants, tandis que leurs enfants ne le sont pas. Mohamad questionne ses parents en arabe à ce sujet et me répond, les yeux rieurs : « Mes parents prient deux fois par jours et pratiquent un Ramadan allégé… »
Fraternels, accueillants et ouverts : tels sont les mots qui pourraient résumer le climat qui a baigné notre petite rencontre. Bon courage à eux pour la suite !
