
Vivant en communauté, les sœurs bernardines du monastère de Collombey cherchent Dieu dans la prière, la simplicité, le silence, le travail et l’accueil des personnes qui viennent à elles. En ce début du mois de février, nous partons à la rencontre de Sœur Elisabeth qui nous parle de cette vie de prière et de silence.
Propos recueillis par Yasmina Pot
Photo : Abbé Valentin Roduit
En grimpant l’escalier jusqu’au monastère, on entend de moins en moins de bruit. On est à la fois loin de la plaine et tout proche d’elle. Les dernières marches longent l’hôtellerie et son jardinet. Puis c’est l’arrivée à la porte d’entrée. Sœur Elisabeth nous accueille au parloir en souriant.
Sœur Elisabeth, on le comprend en arrivant ici, la beauté du monastère et de la nature qui l’entoure est propice à une vie de prière.
Oui, c’est un environnement calme qui nous permet d’être attentives au Seigneur dans la prière et le silence.
Parlez-nous de l’importance du silence dans votre vie monastique.
Le silence est observé pendant presque toute la journée. Heureusement, sinon dans les grandes communautés, il y en aurait du bruit ! Pour notre vie de prière, le silence sert à rester avec le Seigneur, à se rapprocher de Lui. On est à l’église sept fois dans la journée, pour les différents offices. Si on avait beaucoup parlé pendant le jour, à la messe on « mijoterait » ce qu’on a entendu au lieu d’écouter la Parole et prier. On peut aussi rappeler que le silence permet de ne pas pécher par la parole.
Pendant nos heures de travail, on parle peu parce qu’on est séparées. Bien sûr, si on a quelque chose à demander on peut le faire. Avec le silence on parle à Dieu plutôt qu’aux gens. J’aime tout particulièrement l’oraison du soir, ce temps de recueillement silencieux à la fin de la journée, c’est un moment spécial. On parle à Dieu, on peut Lui confier ses joies et ses peines, et en sortant on se dit : « Tiens ! ça va mieux. »
Quels sont les souvenirs de vos premières années au monastère ?
Lorsque je suis entrée au monastère en 1951, à l’âge de 17 ½ ans, nous étions 21 sœurs. Aujourd’hui nous ne sommes plus que trois. Il y avait deux moments de récréation d’une demi-heure par jour : après le dîner et après le souper. Là on pouvait parler. Vu notre nombre, le respect du silence était beaucoup plus strict que maintenant. Si on nous entendait beaucoup parler, on nous reprenait. Le grand silence se faisait à partir de l’office des complies, à la tombée du jour.
Rappelez-nous ce qu’est le grand silence.
Le grand silence commence à partir de 20h, à peu près. Nous nous levons à 4h30 du matin pour l’office de 5h. Jusqu’à la fin de la messe du matin, à 9h, on n’entend plus parler. Les prêtres vivant ici font eux aussi silence. Et si on a quelque chose à dire, on le fait à voix basse.
Notre entretien avec sœur Elisabeth touche à sa fin. Mère Gilberte, prieure du monastère, se joint à nous. Elle nous parle aussi du grand silence : « Pour moi ce sont les plus belles heures. Cette prière de la nuit, ces moments où la nature est en silence. Et maintenant avec l’hiver c’est encore beaucoup plus frappant. Cela apporte la paix, l’harmonie ; l’harmonie avec soi-même en premier et avec les autres. Le grand silence c’est un peu comme un puits dont on tire nos ressources pour la journée. Ces heures du matin on ne les retrouve plus après, ce n’est plus le même silence. »
