Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs Monthey et Haut-Lac (VS), mai 2020
Par Sandrine Mayoraz | Photos: Berna Lopez, evangile-et-peinture.org
Etre en quarantaine, ça vient du chiffre quarante. Quarante est aussi un chiffre biblique, récurrent et symbolique, qui a le sens d’un cycle de vie. Evidemment entre la quarantaine confinée et le Carême j’ai beaucoup réfléchi à ce chiffre et je partage avec vous quelques-unes de mes réflexions.
En transit
Voici quelques épisodes dans la Bible où j’ai rencontré ce chiffre. La liste n’est pas exhaustive : 40 jours de déluge, 40 jours pour Moïse sur le Sinaï, 40 ans dans le désert, 40 jours pour Elie dans le désert avant la théophanie au Mont Horeb, 40 jours où Goliath défie Israël avant l’arrivée du petit David, 40 jours annoncés par Jonas avant la destruction de Ninive.
Tous ces « quarante » m’inspirent un entre-deux. Des personnages en attente, entre deux mondes, entre deux promesses. Comme pour ces personnages, l’entre-deux engendre un inconfort, une insécurité matérielle, sociale, relationnelle, il suggère une durée indéterminée : des conditions qui ressemblent à notre quarantaine.
Attendre et vivre en même temps
Dans la Bible, « quarante » est un temps associé à la purification, à la conversion, à la croissance, notions auxquelles le Carême fait référence. Mais il s’agit aussi d’un temps de retrouvailles pour se réapproprier Dieu. Dieu n’attend pas, Il est là au présent.
Attendre et vivre, cela nous semble paradoxal. Et pourtant, comme en quarantaine, ils doivent parfois cohabiter. Je n’avais jamais pris conscience de cela jusqu’à ce que je vive 40 semaines de grossesse. Oui, dans ce cas, on attend un heureux événement et en même temps on vit en relation permanente avec l’enfant, au sens propre pour la maman.
Sera-t-on transformés ?
Il existe un autre passage qui nous parle de 40 jours. On le cite plus rarement et pourtant il occupe notre mois de mai… Les disciples aussi se sont confinés après la mort de Jésus, par peur des Juifs. Selon les Actes des Apôtres, « c’est à eux que Jésus s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. » (Ac 1, 3) Symboliquement, Jésus est resté quarante jours, un cycle de vie, après sa résurrection.
Confinés par peur ou parce qu’ils se sentaient comme perdus sans la présence de Jésus, les disciples ont attendu la force promise. A la Pentecôte, c’est le don de l’Esprit Saint descendant sur eux qui les pousse à proclamer la bonne nouvelle de Jésus, mort et ressuscité.
A leur exemple, nous pouvons aussi vivre ce confinement que nous n’avons pas choisi comme une préparation à retourner dans le monde comme des chrétiens profondément transformés par la présence de Jésus Ressuscité.
(6 avril 2020)
